Récurrent et désappointant pour les consommateurs. Le prix du poulet n’a pas échappé à la règle d’une surenchère comme à chaque veille de fête religieuse. C’est devenu systématique, les prix flambent. Tout un chacun se demande si cela est dû à la faiblesse de l’offre par rapport à une subite demande ou bien purement provoqué par des détaillants sans scrupule à la recherche du gros gain et rapidement ?

Il faut dire que de toutes les mesures prises par les ministres du Commerce qui se sont relayés ces dernières années n’ont pas réussi à faire disparaître cette tendance de hausse des prix du poulet sur les étals que ce soit à l’approche de la célébration du 27e jour du Ramadhan, d’El Moharem, de Achoura et oucenre du Mawled En Nabaoui qui sera célébré le 29 octobre cette année. Consommateurs, en général, et ménages, en particulier, s’étant habitués à cet épiphénomène. En effet, toutes les personnes approchées par Reporters ces derniers jours, lors de son passage dans divers marchés de proximité de la capitale, se rejoignent à dire : «Nous nous attendions à cette surenchère tellement cela est devenue chose courante.» Certains n’ont pas mâché leurs mots. «C’est pratiquement le même scénario qui revient lorsqu’une fête religieuse approche, mais pour ce qui concerne la prochaine célébration du Mawled, non seulement l’envolée a débuté plus tôt que d’habitude, mais elle a dépassé tout entendement. Et pour preuve, le poulet de chair est affiché à partir de 350 DA/kg, voire par endroit frôlant les 400 DA/kg», s’offusquent des pères de famille. Ce qui d’ailleurs révolte les associations de consommateurs.

Les détaillants se lavent les mains
Pour en savoir un peu plus sur les véritables raisons de la hausse subite des prix de la viande blanche sur les étals des détaillants, certains de ces derniers interrogés par nos soins lâchent à l’unanimité : «Nous rendre responsables de la flambée des prix de ces derniers jours et lors des fêtes précédentes n’est que pure allégation sans fondement. C’est plutôt du côté des grossistes ou plus précisément des patrons d’abattoirs que la question doit être posée. Certains argumentent que les producteurs de poulets de chair le font en petites quantités sous prétexte que dans leurs batteries d’élevage les sujets n’ont pas encore atteint le stade d’être commercialisés. «Du coup nous sommes devant une faiblesse de l’offre par rapport à une demande en nette croissance en prévision de la fête du Mawled, période où le poulet est prisé par les ménages.»
En somme, on peut déduire qu’il y a un déséquilibre entre l’offre et la demande. Une situation vite mise à profit par les spéculateurs occasionnels qui ont fait main basse sur les batteries d’élevage où les sujets sont d’un poids pouvant être vendus, c’est-à-dire prêts à l’abattage. Du côté des éleveurs, on attribue la cherté du poulet qu’ils produisent au prix élevé des aliments nécessaires à une bonne et rapide croissance des sujets.

Le marché en proie à une dérégulation qui ouvre les portes à la spéculation
A propos du déséquilibre dans le marché de l’offre et la demande, des aviculteurs contactés par Reporters ont un autre son de cloche. Pour eux, «l’enfièvrement du marché de la volaille n’est que l’arbre qui cache la forêt. C’est surtout dû au fait que la filière avicole continue d’être mal structurée et donc en proie à l’absence d’une stratégie de production claire et pérenne. «Le marché du poulet est investi par une kyrielle d’éleveurs clandestins et ces innombrables points d’abattages qui échappent au recensement pèsent de tout leur poids et ne permettent pas de se faire une idée exacte du potentiel de production nationale. Ce qui fausse les données nécessaires à la mise en place d’une véritable stratégie de production à même de réguler le marché de la volaille», a confié à Reporters le président de la filière avicole Kali Moumen. D’autres membres de la filière avicole soulignent qu’«à la déréglementation du marché, entretenue par l’absence de toute politique volontariste visant à réguler le marché, s’ajoute la spéculation qui fait main basse sur le marché et du coup influe grandement sur les cours des prix et agit de concert à chaque fois où la demande est pressante, c’est-à-dire la veille des fêtes religieuses» A partir de ces éléments de réponse, il devient facile de comprendre pourquoi la récurrence de cette hausse des prix sur les étals à l’approche de chaque fête religieuse en dépit des actions de mettre sur le marché des volumes importants de poulets congelés auxquels les ménages tournent souvent le dos.

Les associations de défense des consommateurs fulminent
L’Apoce et la FAC, consultées par Reporters sur la question de l’envolée des prix du poulet de chair, ne cachent pas leur indignation. «Ce qui est tout à fait déplorable c’est que cette surenchère vient encore plus égrener le budget des ménages déjà laminés par la cherté de la vie et les dépenses imprévues incontournables. Que dire des ménages à faible revenu dont le poulet est la seule protéine qu’ils consomment. Leur équilibre nutritif va prendre un sérieux coup au grand détriment de leur santé», confie Mohamed Toumi, président de la Fédération algérienne des consommateurs (FAC). Du côté de l’Apoce, on estime qu’il est temps que le consommateur se fasse entendre pour tout au moins barrer la route à la spéculation dont il est la principale victime.

Enième tentative pour réguler le marché sans effet
Comme annoncé précédemment dans ses mêmes colonnes, l’Office national de l’aliment du bétail (Onab) a procédé depuis le 19 octobre dernier, sur instruction du ministère du Commerce, à la commercialisation progressive de près de 48 000 tonnes de poulets stockées au niveau national. C’est ce qu’avait annoncé le Directeur général de l’Onab, Mohamed Betraoui à l’APS. Ce dernier a en outre rapporté que cette opération se poursuivra progressivement au niveau national avec un prix fixé à 250 DA/kg. Le Directeur général a, par ailleurs, expliqué que le but recherché à travers cette opération est de barrer la route à toute tentative de spéculation à la veille du Mawled Ennabaoui Echarif, devenu synonyme chez les acteurs du marché de la volaille de gros bénéfices. Comme il a révélé que la décision de mettre sur le marché 48 000 tonnes de poulets stockées a été prise «après avoir constaté récemment une hausse des prix sur les étals des vendeurs de volailles qui, par endroit, a atteint 360 DA/kg». Force est de constater que sur le terrain, le résultat escompté n’a eu lieu. <