Par Feriel Nourine
La tension que subi le marché pétrolier ces dernières semaines, sous l’impact de la guerre en Ukraine, ne devrait pas faire changer d’avis à l’Opep+ dans la démarche qu’elle adopte pour l’assouplissement de son programme de réduction.
Aux démarches entreprises par plusieurs hauts responsables de pays occidentaux pour obtenir plus de brut chez les producteurs, notamment du côté des pays du Golfe, la réponse est toujours la même, surtout du côté des membres de l’alliance, composée des 13 pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et leurs dix partenaires, dont la Russie.
A l’approche de la réunion mensuelle de l’Opep+, qui se tiendra jeudi, la cohésion entre ces pays se confirme, et les éléments qui se dégagent des rencontres entre responsables occidentaux et leurs homologues des Etats démarchés laissent déjà entrevoir le même scénario que celui des réunions précédentes, qui fait valoir la prudence et, donc, l’augmentation progressif de la production, soit 400 000 barils par jours.
Quand bien même l’alliance l’Opep serait disposée à augmenter ce supplément mensuel qu’elle injecte à son offre depuis août dernier, la conjoncture n’est pas du tout indiquée pour qu’elle décide de le faire lors de sa prochaine réunion. En effet, ce que demandent actuellement les pays consommateurs est une opération qui se ferait au détriment de la Russie, alors que ce pays, en sa qualité de chef de file des pays non-Opep dans l’alliance, a considérablement œuvré pour que le marché renaisse de l’effondrement dans lequel l’avait plongé la pandémie de covid-19, il y a deux années.
En plus d’adhérer rapidement au projet de l’Opep+, en 2016, Moscou a drainé d’autres pays dans l’alliance, tandis que le gouvernement russe subissait des pressions internes de ses majors pétroliers pour libérer leur production des quotas auxquels la production du pays devait se conformer dans le cadre de l’accord d’avril 2020.
C’est dire que si les pays consommateurs veulent bénéficier de plus de pétrole des 23 pays de l’Opep+, ils devront attendre d’autres échéances plus propices pour ce type de démarche.
C’est en tous les cas, dans cette logique que s’est exprimé, hier, le ministre émirati de l’Energie Suhail al-Mazrouei, lors du forum mondial de l’énergie de l’Atlantic Council, à Dubaï, appelant les Occidentaux à être «raisonnable» dans leurs attentes, et réaffirmant l’attachement de son pays à Opep+.
L’alliance nouée par l’Opep avec d’autres grands pays producteurs, dont la Russie, est «là pour rester», a-t-il déclaré.
M. Mazrouei, dont le pays est un important producteur de l’Opep, a affirmé que les pays du Golfe étaient décidés à ne pas laisser «la politique» miner l’organisation.
«A moins que quelqu’un ne soit prêt à fournir 10 millions de barils par jour, on ne peut pas remplacer les Russes» sur le marché, a-t-il poursuivi.
«Lors de la COP 26 (sur le climat), tous les pays producteurs se sont sentis indésirables. Aujourd’hui, parce qu’ils veulent qu’on augmente notre production, on est à nouveau des supers héros. Mais ça ne marche pas comme ça», poursuivi le ministre émirati.
Il a également mis en garde contre l’impact de la guerre en Ukraine sur les prix de toutes les matières premières, et pas seulement l’énergie, en appelant à un règlement «diplomatique» du conflit.
Côté marché, l’or noir entamait hier la semaine en forte baisse, lesté par des confinements en Chine, notamment à Shanghai, capitale économique du pays.
Vers 15H20 GMT, le baril de Brent de la mer du nord pour livraison en mai, cédait 6,52% à 112,78 dollars.
Le baril de West Texas Intermediate (WTI) pour livraison le même mois chutait quant à lui de 6,80% à 106,15 dollars.
«La chute des prix d’aujourd’hui s’explique avant tout par les inquiétudes concernant la demande, maintenant que la ville de Shanghai, métropole chinoise, est entrée dans une phase de confinement partiel», commentaient des analystes.
«La nouvelle du verrouillage du centre financier de Shanghai a secoué les marchés avec des perspectives de nouveaux ralentissements économiques et des problèmes de chaîne d’approvisionnement», ont-ils expliqué.