Pour lutter contre la propagation du Coronavirus, les pouvoirs publics ont pris une série de mesures qui entreront en vigueur dès aujourd’hui. Ainsi, tous les moyens de transport en commun publics et privés à l’intérieur des villes et inter-wilayas ainsi que le trafic ferroviaire seront suspendus. Les cafés et les restaurants baisseront rideau dans les grandes villes, alors que pas moins de 50% des employés devront être démobilisés, contre le maintien de ceux des services vitaux nécessaires ainsi que les femmes travailleuses ayant des enfants en bas âges. Mais est-ce suffisant lorsque dans les pays les plus développés et de surcroît dotés de systèmes de santé performants, des millions de citoyens sont contraints au confinement à domicile ? L’inquiétude des Algériens face à la légèreté de la gestion de la crise ne cesse d’augmenter. Seulement, la mobilisation pour stopper la propagation du Covid-19 n’est certainement pas la responsabilité exclusive de l’Etat. Les citoyens sont appelés plus que jamais à faire preuve de conscience et d’adhésion aux règles de prévention, afin de préserver la santé publique.
Hélas, jusqu’à hier encore, des comportements pour le moins « irresponsables » et dénués de tout sens de civisme continuaient à marquer la vie quotidienne dans différentes régions du pays. S’entêter à maintenir une fête de mariage, faire ses courses dans des marchés bondés, faire la queue devant les bureaux de poste… sont autant d’images qui reflètent une réalité difficile, du moins pour le moment, à changer. D’où les interrogations sur l’efficacité des mesures prises par le gouvernement à instaurer la discipline ?
Anarchie dans les bureaux de poste
L’exemple le plus édifiant a été, sans conteste, les bureaux de poste qui étaient au rendez-vous avec le versement des pensions de retraite. Des centaines de retraités et autres citoyens dans des files d’attentes sans respect des distances de un mètre au moins exigé par les normes de l’OMS, des salles d’attentes pleines et des entrées submergées, à Blida, Ouargla et Béjaïa entre autres, le constat est alarmant. « Normalement, ils devraient organiser l’opération de retrait en respectant la distance de sécurité, d’autant plus que l’épidémie prend de l’ampleur. On aurait aimé trouver des agents à l’entrée, une opération de retrait protégée par une vitre, des distributeurs automatiques en marche… », s’est alarmé, dans une vidéo, un citoyen à Ouargla.
Algérie Poste a cru avoir suffisamment fait avec la mise en place du système de procuration permettant aux retraités, qui ne souhaitent pas se déplacer dans les bureaux de poste, de faire retirer leur pension par une tierce personne.
Mais, aucune disposition ni règle de prévention n’a été prise sur place, ni pour limiter le nombre de clients à l’intérieur des bureaux ni devant le guichet, par exemple. Face à cette défaillance et au moment où la majorité de la population défient dangereusement le coronavirus, des citoyens se sont lancés dans l’auto-organisation. Comme dans la wilaya de Tizi-Ouzou où l’opération de retrait dans l’un des bureaux de poste a soigneusement été planifiée. Des chaises distanciées ont été posées à l’extérieur du bureau et des agents ont été placés à l’entrée. Une manière d’éviter tout contact entre deux personnes. Largement relayée sur facebook, l’initiative a été saluée et est appelée à être prise comme exemple.
Encore des fêtes
de mariages
L’inconscience de certains Algériens face au danger de propagation du coronavirus a poussé, par ailleurs, les forces de l’ordre à intervenir dans certains endroits. A Aïn Témouchent, la Gendarmerie nationale a dû intervenir vendredi pour confiner pas moins de 40 personnes dans le domicile familial où un mariage a été organisé dans la commune de Chaâbat El Leham. La famille a convié des invités venus de plusieurs wilayas du pays à l’instar de Blida, Mostaganem et Tlemcen pour assister à la fête.
Autre grand lieu de rassemblement, les marchés de fruits et légumes où aucune mesure de prévention n’est prise jusqu’à présent. Mis à part l’instruction du chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, de réguler le marché pour lutter contre les pénuries en assurant la disponibilité de tous les produits alimentaires de première nécessité, les techniques d’organisation et de distance à l’intérieur des espaces autorisés sont inexistantes. A qui incombe donc la responsabilité ? Si certains citoyens continuent par leur « incivisme » de défier le danger de l’épidémie, il n’en demeure pas moins que les autorités ne semblent pas avoir pris assez de mesures pour limiter le contact entre citoyens.
Des exemples
à suivre
Mais tout n’est pas noir, dans d’autres secteurs, les responsables ont pris des mesures à même de faciliter la prestation. C’est l’exemple du ministère du Travail, qui a appelé les citoyens à éviter les déplacements aux sièges et aux agences relevant de son domaine (Cnas, Casnos, Cacobatph). Des applications ont été mises à la disposition des citoyens en vue de bénéficier à distance de différentes prestations tous les jours et 24H/24. Même la validité de la carte Chifa, qui devrait expirer le 31 mars, sera désormais valable jusqu’à fin avril 2020. De son côté, le ministère de l’Energie a décidé de ne pas procéder à la coupure de l’électricité en cas de non-paiement par les clients en cette période. C’est dire qu’il ne reste aux citoyens que le respect des règles du confinement et de ne sortir que pour des urgences, tout en évitant tout contact et en respectant la distance de sécurité. En l’absence d’une décision ferme de l’Etat quant à la sanction des plus récalcitrants ou tout simplement l’interdiction des sorties sans justificatif valable, la menace du Covid-19, qui prend de jour en jour de l’ampleur, reste réelle.<