A une semaine seulement de la tenue de la tripartite, le flou entoure toujours la présence ou non des syndicats autonomes de différents secteurs aux côtés de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), seule jusqu’à présent à avoir pris part à toutes les réunions précédentes.

Dans cette atmosphère, l’Intersyndicale autonome de la Fonction publique, qui regroupe un peu plus d’une dizaine de syndicats, a fait une véritable démonstration de force lors d’une marche organisée avant-hier à Tizi Ouzou.
L’action a drainé des milliers de travailleurs venus d’une trentaine de wilayas. Un message au gouvernement avant la 20e tripartite qui se tiendra le 6 mars dans la wilaya d’Annaba. Contactés par nos soins, les responsables syndicaux affirment n’avoir rien reçu jusqu’à maintenant. « Nous sommes dans le flou et rien d’officiel ne nous est parvenu pour l’instant », explique Boualem Amoura. Le secrétaire général du Syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation (Satef) avertit que « si le gouvernement s’attend à ce que les syndicats acceptent de participer à la dernière minute en tant qu’observateurs, il a tort ».
Lors de la marche de Tizi Ouzou, tous les travailleurs, d’une seule voix, ont réclamé la participation effective des syndicats autonomes aux différentes réunions consacrées à l’avenir de la classe ouvrière.
Par leur démonstration et forte mobilisation de terrain, ils ont prouvé que l’ère de l’UGTA en tant que seul partenaire et représentant des travailleurs était révolue. Le gouvernement, qui avait promis, par la voix de son ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Mohamed El Ghazi, de « faire du dialogue une politique et un choix stratégique pour le règlement des problèmes posés avec les partenaires sociaux », tiendra-t-il parole du moins en prévision de la prochaine tripartite ? D’où la confiance qui se trouve encore brisée à la veille de ce rendez-vous. Le coordinateur du Syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Snapest), Meziane Meriane ne va pas par quatre chemins. Il estime qu’« entre le discours qu’entretiennent les autorités et la pratique, un grand écart existe ».
Se montrant « sceptique» quant à l’intention du gouvernement de faire participer les syndicats autonomes, il dira que « si volonté il y a, on aurait déjà envoyé les dossiers sur lesquels on va travailler ». Notre interlocuteur dénonce « le gouvernement qui ne veut pas avoir en face de lui des syndicats revendicatifs ». « On préfère toujours une organisation acquise qui se contente d’approuver sans la moindre suggestion », critique-t-il encore dans une allusion à la centrale syndicale UGTA.
Plus virulent, Messaoud Boudiba, du Conseil national autonome du personnel enseignant des secteurs ternaires de l’éducation (Cnapeste), met en garde contre toute démarche visant à décider de l’avenir des travailleurs en l’absence de leurs représentants légitimes. « Les travailleurs ne reconnaîtront jamais les décisions qui découleront d’une tripartite où ils ne sont pas représentés », avertit le porte-parole du Cnapeste. « Plus jamais, nous ne laisserons quiconque trancher des dossiers nous concernant en notre absence », indique-t-il. Et d’inviter le gouvernement à « tirer des leçons de la suppression de la retraite proportionnelle et sans condition d’âge, décidée lors de la 19e tripartite et le mouvement de protestation qui s’en est suivi ». Rien ne va plus dans la relation gouvernement-syndicats autonomes et tous les signaux sont au rouge à quelques jours seulement de la 20e réunion qui regroupera le gouvernement, le patronat et la centrale syndicale UGTA. A moins d’une présence d’une quatrième partie !