Le Secrétaire général de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), Mohammad Sanusi Barkindo, a appelé, hier, les pays de l’organisation et leurs alliés à renforcer la coopération dans l’intérêt de la «stabilité» du marché pétrolier.

Par Feriel Nourine
S’exprimant lors de la 62e réunion du Comité technique conjoint (JTC) de l’Opep+, tenue hier par visioconférence, Barkindo a évoqué les «incertitudes» actuelles liées aux développements géopolitiques et les conséquences possibles sur le marché pétrolier, a indiqué un communiqué publié sur le site web de l’Opep.
A cet effet, il a encouragé les pays signataires de la Déclaration de coopération (DoC) à continuer de coopérer à travers ce «cadre historique», et ce, «dans l’intérêt de la stabilité du marché pétrolier et de la croissance économique», a précisé le communiqué. «Il est vital que nous ayons des marchés de l’énergie stables, tant pour les producteurs que pour les consommateurs, comme cela a été le cas pendant la pandémie. A cet égard, nous exhortons les dirigeants mondiaux à continuer de soutenir le type de multilatéralisme présenté dans la Déclaration de coopération, afin d’assurer un flux d’énergie sans entrave, stable et sûr vers le monde entier», a-t-il souligné.
En prévision de cette 62e réunion de son JTC, l’Opep+ a préparé un rapport contenant des prévisions revues à la hausse pour l’excédent de l’offre pétrolière en 2022. Celui-ci sera de 1,9 million de barils par jour (bpj), soit 600 000 bpj de plus qu’une prévision précédente, indique l’alliance, composée de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses partenaires, dans un document qui a été présenté hier lors de la réunion de son comité technique conjoint, et cité par Reuters. L’Opep+ justifie sa révision par le contexte d’anticipations d’un ralentissement de la croissance de la demande cette année.
Contrairement aux réunions précédentes que précédaient des rapports établis par les pays consommateurs, à travers notamment l’Agence internationale de l’énergie (AIE), pour faire pression sur l’alliance et l’inciter à ouvrir plus généreusement ses vannes, ces retrouvailles entre les 13 pays de l’Opep et leurs 10 alliés dégagent un scénario inverse à la tradition. Cette fois, c’est l’Opep+ qui choisit de précéder les événements et les appels directs qui lui sont destinés pour annoncer une révision à la hausse de l’excédent de la production, signifiant qu’il y aura plus de pétrole sur le marché cette année, et que les pressions des pays gros consommateurs n’ont pas réellement de raison d’être.
Il y a deux semaines, l’Opep avait, de son côté, revu à la baisse ses prévisions de demande mondiale de brut pour l’année en cours. Laquelle devrait augmenter de 3,67 millions de bpj en 2022, soit une baisse de 480 000 bpj par rapport à ses prévisions précédentes, a fait savoir le cartel, citant l’impact de la guerre en Ukraine et la résurgence de la variante du coronavirus Omicron en Chine comme raisons de la révision.
Ainsi, à travers l’Opep, ou à travers l’Opep+, les pays producteurs de pétrole multiplient les sorties pour réitérer leur engagement face à l’évolution du marché de l’or noir, sans pour autant se sentir dans l’obligation de céder aux pressions de leurs clients qui réclament plus de pétrole dans l’offre et, partant, des prix moins élevés. Tout indique donc que la réunion d’aujourd’hui reconduira, une nouvelle fois, le statu quo qui verra l’alliance maintenir son programme de hausse progressive, portant sur 400 000 bpj depuis le mois d’août 2021. Sur le marché pétrolier, la réaction des cours avait, hier, un lien avec l’annonce par l’Union européenne d’un embargo progressif sur le pétrole russe. Les prix affichaient une hausse notable, avec des gains de plus de 3% pour les références de brut européenne et américaine
Vers 15H30, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juillet gagnait 3,69 % à 108,84 dollars, alors que le baril de West Texas Intermediate (WTI) américain pour livraison en juin montait quant à lui de 3,67% à 106,17 dollars.
Bruxelles propose d’arrêter d’ici six mois les importations européennes de pétrole russe et d’exclure la plus grosse banque russe, Sberbank, du système financier international Swift, a annoncé hier la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. En 2021, la Russie a fourni 30% du brut et 15% des produits pétroliers achetés par l’UE.
Cette mesure suscite, en effet, encore des réserves chez certains pays de l’UE, très dépendants des livraisons russes, ont indiqué à l’AFP plusieurs responsables et diplomates européens.