Le quotidien El Watan est absent des kiosques aujourd’hui suite au mouvement de grève déclenché par ses travailleurs, qui n’ont pas touché leurs salaires depuis près de 5 mois à cause de la crise financière que vit la SPA, éditrice du journal.
El Watan ne paraîtra pas également jeudi. Son éclipse pendant ces deux journées fait craindre le scénario de la disparition du journal trois mois seulement après la fermeture de Liberté, le 14 avril dernier, décidée par son propriétaire Issad Rebrab, patron du groupe Cevital.
Dans sa parution d’hier, El Watan annonçait à ses lecteurs, dans un communiqué signé de son Conseil d’administration, une grève observée par les journalistes et les employés évoquant «le non-paiement des salaires durant quatre mois» et «une situation sociale devenue critique». «Les travailleurs de la SPA El Watan, sous l’égide de leur syndicat UGTA, ont décidé d’un mouvement de grève de deux jours afin de protester contre le non-paiement de leurs salaires durant quatre mois», lit-on dans le communiqué du Conseil d’administration d’El Watan où siègent les actionnaires de la SPA.
«Pour les 150 journalistes et employés, la situation sociale est devenue critique et a dépassé le seuil de tolérance, d’autant que les horizons sont bouchés pour espérer une issue à l’étranglement financier que subit la société», ont souligné les signataires du communiqué, pour qui ce mouvement de grève «se veut un appel pour trouver rapidement une solution».
Relevant que la direction du titre «s’attelle, depuis plusieurs mois, à trouver des solutions avec l’administration fiscale et la banque principale de la SPA, le Crédit populaire d’Algérie (CPA) qui lui ont bloqué tous les comptes financiers», le CA a indiqué que «les nombreux appels en direction des pouvoirs publics sont restés vains». Les rédacteurs du communiqué considèrent que «seule une issue rapide mettra un terme aux souffrances des travailleurs et rétablira la gestion d’El Watan dans son fonctionnement normal». Ajoutant qu’El Watan, «ne bénéficie pas de la publicité de l’Anep».
La direction d’ El Watan qui dit prendre «acte de ce mouvement social», a promis qu’elle «continuera de tenter d’user de tous les moyens pour pérenniser un journal qui a vécu tant de souffrances et rapporté en toute objectivité et conscience l’actualité nationale et le vécu des Algériens tel qu’il l’a fait au cours de ces trente dernières années». De son côté, la section syndicale de l’entreprise n’a pas eu de mots doux envers la direction du journal, coupable, aux yeux des travailleurs, de ne proposer aucun plan de sortie de crise et de n’engager un dialogue avec le syndicat de l’entreprise.
«Ne voyant rien venir et devant l’impossibilité de continuer à porter seuls le fardeau, les salariés d’El Watan, réunis dans le cadre du syndicat de l’entreprise, se voient dans l’obligation de réagir conformément à la loi et selon ce que leur impose le bon sens», peut-on lire dans le communiqué de la section syndicale qui peut être lu comme une réaction à celui de la direction du journal.
«Après de longs débats, ils ont décidé d’observer une grève cyclique à compter d’aujourd’hui pour interpeller la Direction de la SPA El Watan sur la situation intenable qu’ils subissent», a relevé la section syndicale, laquelle a estimé que cette décision «s’impose d’autant qu’aucun plan de règlement de la crise n’a été soumis au partenaire social».
Les salariés de la SPA El Watan disent, par ailleurs, constater «avec regret qu’en plus de son incapacité à trouver une issue à la crise, la Direction ne propose aucun dialogue sérieux au partenaire social», considérant avoir prouvé leur «engagement à pérenniser l’entreprise».