Après avoir suscité une vague d’indignations suite à ses déclarations sur les détenus d’opinion, l’avocate Fatima Zohra Benbraham est désormais poursuivie en justice pour les mêmes propos tenus sur un plateau de télévision. La plainte contre maître Benbraham a été déposée par l’avocat Mokrane Aït Larbi.
Dans un communiqué rendu public, Me Aït Larbi a indiqué qu’une plainte a été déposée mercredi au bureau du bâtonnier d’Alger et ce «à la demande de prisonniers d’opinion contre l’avocate», qui a nié l’existence de détenus d’opinion dans le pays et qualifié ceux du Hirak de «voleurs et de harceleurs».
Maître Benbraham, qui a rejoint l’Instance de médiation et de dialogue dirigée par Karim Younès, a tenu des propos «maladroits» à l’égard des détenus du Hirak, qu’elle considère dans leur majorité «impliqués dans diverses affaires de vol, d’agression, d’usage de violence contre les femmes et de harcèlement». Elle avait déclaré, faut-il le rappeler, qu’après avoir «pris connaissance du dossier, le concerné mérite plus que la prison au vu des lourdes accusations qui pèsent sur lui», dans ce qui a été qualifié de maladresse de communication.
Pour sa part, l’avocat Djamel Benyoub, par ailleurs membre dans les collectifs constitués pour la défense des détenus politiques et d’opinion, s’est dit «indigné» par les propos de Benbraham. «Les chefs d’inculpations présentés par Me Benbraham ne peuvent en aucun cas passer inaperçus et nous laisser indifférents», dit-il, dénonçant «rigoureusement ces graves diffamations» qu’il qualifie de «fallacieuses, d’infondées et surtout de dangereuses».

Le Procureur d’Alger interpellé pour «un non-lieu»
Par ailleurs, l’élan de solidarité agissante en faveur des porteurs du drapeau berbère emprisonnés ne s’arrête pas là. En effet, des intellectuels et militants des droits de l’Homme ont adressé une lettre au procureur général près la Cour d’Alger, Sid Ahmed Merrad, fraîchement installé à son poste, dans laquelle ils exigent de lui «la libération immédiate» des détenus de l’emblème amazigh. Dans la lettre signée entre autres par Amin Zaoui, Lazhari Labter, Brahim Tazaghart, il est rappelé que «les détenus de l’emblème amazigh croupissent en prison depuis longtemps sans que la justice ne se prononce sur leur condamnation ou leur libération». Une situation qualifiée de «préjudiciable» qui sanctionne «arbitrairement» les jeunes détenus tout en «portant atteinte à l’image de la justice dans notre pays».
Les signataires de la lettre recommandent «un non-lieu» pour les porteurs de l’étendard berbère. «La justice doit déclarer leur innocence et les libérer en leur restituant les emblèmes en leur possession au moment de leur arrestation», plaident-ils.