C’est demain que les écoliers du cycle primaire rejoindront les bancs des classes dans un contexte tout à fait exceptionnel
en raison de la pandémie de coronavirus.

Devant la situation épidémique de l’Algérie où le nombre de cas confirmés de Covid-19 joue au yoyo ces derniers jours après avoir dépassé largement la barre de 200 cas quotidiens, la première question qui se pose est d’abord si on peut dire et garantir que toutes les conditions sont réunies afin de ne faire prendre aucun risque de contamination au sein des établissements scolaires. L’enjeu est de réussir non seulement la rentrée d’abord, mais ensuite toute la période scolaire tant que le virus est encore là. Il s’agit de faire face et de relever le défi sanitaire, outre le volet strictement pédagogique exceptionnel lui aussi. Cependant, les mesures notamment d’hygiène ne sont pas toutes appliquées sur le terrain, de l’avis des syndicalistes qui relèvent que «toutes les écoles n’ont pas les mêmes moyens» de même que certaines communes n’ont pas encore assumé totalement leur rôle dans la prise en charge de ces mesures dans les écoles.
A partir de demain donc, les écoles accueilleront un afflux important d’enfants qui étaient jusque-là en confinement et qui vont se retrouver dans les classes qui sont des endroits clos où il y a risque de contamination. Pour éviter une situation de crise dans les établissements scolaires, un protocole sanitaire a été proposé par le ministère de l’Education nationale et validé par le Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie. Le protocole sanitaire a été établi en fonction du nombre de classes et du nombre d’élèves par établissement. Il comprend de nombreuses mesures et définit les précautions à prendre, à savoir moins d’élèves par classes avec la répartition par groupes en double ou triple vacation, un seul élève par table, distanciation physique, marquage au sol, mise à disposition de l’eau et du savon pour le lavage des mains ou encore du gel hydro-alcoolique pour les écoles qui en ont les moyens, etc.
Théoriquement, les choses sont bien prises en charge. Il restera l’application stricte sur le terrain. C’est cela qui pourrait poser problème car les écoles ne sont pas toutes les mêmes et ne disposent pas toutes des mêmes moyens. La répartition par groupes, la distanciation dans les classes et un élève par table est faisable, mais ce sont plus les autres mesures qui font ou peuvent faire défaut.
«Cela dépend d’une commune à une autre car les écoles sont prises en charge par les APC, notamment en matière d’entretien et d’hygiène. Certains établissements n’ont pas encore reçu de moyens d’hygiène et n’ont pas encore été nettoyés ou désinfectés», a déclaré le coordinateur du Syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Snapest), Meziane Meriane. «J’ai discuté avec certains directeurs d’écoles, ils disent qu’ils n’ont pas encore reçu les moyens pour le nettoyage comme les détergents, etc.», a-t-il ajouté, soulignant qu’il ne parle pas des établissements se trouvant dans les chefs-lieux de wilayas ou dans les grandes agglomérations qui sont, en général, mieux nanties que les autres.

Disparités
«Il faut voir les écoles qui sont dans les zones reculées, dans l’Algérie profonde. Là, ça diffère d’une commune à une autre. Il y a des communes qui ont bien pris en charge les écoles, d’autres qui n’ont pas de budget pour cela. Voilà la réalité sur le terrain», a argumenté Meziane Meriane, relevant également que d’autres communes encore «n’ont pas pris en charge correctement l’application du protocole» dans le volet hygiène qui les concerne.
Le syndicaliste insiste que certaines APC n’ont pas encore pris en compte qu’il y a des écoles qui n’ont même pas d’eau, notamment celles se trouvant dans «les endroits reculés, au fin fond des montagnes…». Il explique qu’«il est rare que l’eau coule dans les robinets de certaines écoles dans ces zones-là, peut-être deux ou trois fois par semaine» et qu’il faudra donc «penser à les alimenter avec des citernes». «C’est le travail des communes», a-t-il encore soutenu.
C’est un avis partagé par le porte-parole de l’Union nationale du personnel de l’éducation et de la formation (UNPEF), selon Abdelouahab Lamri Zeggar. «Les APC doivent fournir l’eau aux écoles qui n’en ont pas, ça relève de leurs prérogatives. Ne peuvent-elles pas mettre à leur disposition des citernes ? Elles devraient pouvoir le faire, surtout que le protocole sanitaire a été annoncé il y a plusieurs jours», a-t-il estimé. C’est une mesure qui fait défaut et qui peut être à l’origine de la propagation du coronavirus, sachant que le lavage récurrent des mains est préconisé et que les enfants peuvent être contaminés et contaminer. Ce sont des porteurs sains qui peuvent véhiculer le Covid-19. «Il faut prémunir le corps enseignant et les parents d’élèves», ont à maintes reprises alerté les professionnels de la santé. Il a fait savoir, par ailleurs, qu’il a été accordé à certains établissements de «puiser dans le budget de l’école pour l’année scolaire afin de financer leurs besoins en produits d’hygiène et autres». Les écoles pourront également acquérir avec ce budget «des thermomètres frontaux pour relever la température et détecter un éventuel cas Covid au sein de l’établissement».
Pour le reste du protocole sanitaire, les syndicalistes s’accordent à dire qu’il est correct et bien pensé, notamment dans son volet «distanciation physique» qui reste «un élément très important», avec l’organisation des cours par groupes et la mesure d’un seul élève par table. Il y a des établissements qui ont déjà affiché les horaires et les listes des groupes d’élèves afin que ceux-ci ne rentrent pas tous en même temps, a fait savoir Meziane Meriane. <