Prendre le train tranquillement et lire en toute quiétude les titres de la presse nationale, c’est réellement la meilleure solution au stress de la voiture et du cauchemar de la conduite au milieu d’une jungle que l’on appelle l’autoroute. Prendre le train, c’est bien, encore faut-il que ces croisements de la discorde diminuent…

Mardi 3 avril, il est 5H45. Le jour ne s’est pas encore levé à Béjaïa. Le transport public est disponible à 20 DA le ticket. La gare est bien située, en plein centre-ville, un peu comme d’autres gares des villes d’Algérie, construites du temps de la colonisation. La gare de Béjaïa est belle. Située au beau milieu d’une allée bordée de palmiers centenaires. On y trouve, un kiosque, le café de la gare, plutôt deux, qui accueillent chaque jour, sauf le vendredi, les travailleurs du port qui viennent prendre leur café et des gâteaux. Les Béjaouis aiment bien les sucreries, cela donnent des forces. Les voyageurs arrivent, achètent leur billet et se dirigent vers le kiosque pour acheter quelques titres de la presse disponibles à cette heure de la journée. Il est 6H. Il fait beau et le jour s’est levé. Le fourgon qui achemine la presse depuis Alger n’est pas arrivé au grand dépit des usagers du train qui n’auront visiblement rien à lire aujourd’hui. Les plus optimistes disent qu’ils auront les journaux à la gare de Beni Mansour pour 50 centimes en plus pour chaque titre. 6H25, les retardataires se pressent, ils achèteront leur billet dans le train. A 6H30, heure du départ, l’autorail Béjaïa-Alger s’ébranle au grand bonheur des voyageurs encore gagnés par le sommeil. Dans le train, bien que les places soient numérotées, les voyageurs s’installent selon leur envie. Tant qu’il n’y a pas de réclamations, les agents de sécurité n’interviennent pas. En ce mardi, il y a peu de voyageurs.

Trente minutes de train et un arrêt déjà

Le train quitte la ville de Béjaïa à l’heure et fonce sur la première ville, El Kseur, à 20 kilomètres de la capitale des Hammadites. El Kseur, pour ceux qui ne connaissent pas cette localité, est sortie de l’anonymat grâce à sa fameuse plateforme « scellée et non négociable ». Formule qui fera rire notre ami journaliste et scénariste Boukhalfa Amazit. Comment dialoguer avec des revendications scellées et non négociables. Bref, c’était une parenthèse de l’histoire récente de l’Algérie avec, malheureusement, des morts, des réunions de triste mémoire et des coulisses qui n’ont pas encore dévoilé leurs secrets. El Kseur donc, et déjà une demi-heure d’attente pour céder le passage à un autre train de voyageurs en destination de Béjaïa. « Cela commence mal », murmure amèrement un vieux, visiblement habitué de ce moyen de transport. 7H30. L’autorail repart et alerte sans arrêt au moyen de son avertisseur des automobilistes ou des passants imprudents à l’approche de chaque passage à niveau, et il y en a beaucoup. Trente minutes après, nous sommes à Sidi Aïch, l’autorail vient de parcourir 50 kilomètres. L’oued Soummam longe la voie ferrée. Ighzer Amokrane, Ifri, lieu du Congès de la Soummam est la prochaine station. Akbou, gros bourg, il faut une heure pour traverser cette ville en voiture. Heureusement qu’un tronçon de la pénétrante vient d’être livrée, libérant ainsi le trafic routier de cette localité de l’agroalimentaire. Akbou, Tazmalt et, enfin, Beni Mansour, arrêt salutaire de la pause cigarette pour les inconditionnels de la nicotine. Beni Mansour, pas de présence de revendeurs de journaux. Destination El Adjiba et contre toute attente, une fois arrivé, l’autorail s’immobilise. Un autre croissement et il faut encore attendre. A l’intérieur du train, quelques voyageurs préfèrent dormir que de se lamenter. Un seul voyageur a un livre entre les mains. Quelques étudiants révisent quand d’autres voyageurs munis de leur Laptop regardent un film. Trente minutes d’arrêt non expliqué aux voyageurs. Nous nous rapprochons du chef du train. Gêné, il nous dira que c’est un croisement des plus normaux. Normal, c’est trop facile. C’est pourtant la triste vérité. L’autorail s’arrête presqu’à toutes les gares. Inauguré en 2009, le premier autorail reliant Alger à la ville de Béjaïa ne s’arrêtait qu’à neuf gares, contrairement à aujourd’hui, où le train impose un arrêt dans 13 gares. Des minutes de plus qui augmentent la durée du voyage qui était de quatre heures et qui est actuellement de cinq heures. Un conseil pour ceux qui doivent prendre un avion ou toute autre correspondance ou qui ont un rendez-vous important chez un spécialiste en médecine, évitez le train ou alors venez un jour à l’avance.

Pour les commodités,
il faudra repasser
Dans le train, point de commodités mais plutôt des désagréments. Doté de deux sanitaires pour trois voitures, le train ne dispose plus que d’un seul point pour que les usagers puissent se soulager. En panne depuis plus d’une année, un sanitaire reste fermé faute de réparation adéquate. Imaginé un train plein à craquer, c’est la galère. Les employés du train refusent de répondre à nos questions, se contentant de sourire en coin. Dans une voiture, un vendeur de café, enfin de dosettes de nescafé servies avec de l’eau chaude, propose aussi des gâteaux et des gaufrettes avec de l’eau minérale mais point de sandwichs. Dans un autorail, il y a le chef du train, un mécanicien, un contrôleur et un agent du patrimoine, c’est ainsi que l’on appelle un agent de sécurité à la SNTF. Bizarre mais bon. Le long du voyage, les usagers passent le temps comme ils peuvent et le temps, ils en ont à en revendre. Les heures passent et l’autorail peine à surmonter une pente du côté de Thenia. Cela fait sourire les voyageurs et certains se sont même proposés à pousser le train. Situation cocasse. Une voix féminine annonce : « C’est une panne technique indépendante de notre volonté ». Une annonce enregistrée vue qu’il n’y a aucune présence d’une employée de la SNTF. Une explication est toujours meilleure qu’un silence. L’obstacle franchi, il faut encore attendre avant d’atteindre Boumerdès dont la gare est bondée. Les prix pour Alger sont plus chers. Bizarre mais c’est ainsi. Certains voyageurs acceptent par dépit. Ils sont visiblement pressés. Boumerdès, il faut encore une heure de voyage mais il y a encore une autre attente, un autre croisement. 15 minutes et de nouveau l’autorail s’ébranle en direction d’Alger, le terminus. Réghaïa, Rouiba, Dar El Beïba, Oued Semar, El Harrach avec ses bidonvilles rasés défilent. Gare d’Agha annonce une voix dans le haut-parleur alors que le train est encore à El Harrach. C’est assurément à destination des voyageurs pressés. Dix minutes après, le train s’arrête à la gare d’Agha, le gros des usagers du train descend. Il y a ceux qui pressent le pas et ceux qui prennent le temps de griller une cigarette. Cinq minutes d’arrêt à la gare d’Agha, le terminus est au bout de quelques minutes pour un Béjaïa-Alger en autorail qui aura duré finalement 6 longues heures au lieu de 4H30 de trajet.