“Don’t forget, you’re unfortunately a journalist” (Daoud à Amel, chap.1)

“It doesn’t matter whether it’s right or wrong, you and I can’t do otherwise. I’ve got to marry you tomorrow…So just get ready” (Daoud à Amel, chap.13).

Par Arezki Ighemat, Ph.D en économie Master of Francophone Literature (Purdue University, USA)
Les Algériens n’oublieront jamais ce qui s’est passé pendant la période récente de l’histoire de l’Algérie, connue sous l’appellation de « décennie noire » ou « décennie rouge ». Il y a ceux d’entre nous qui ont vécu personnellement cette période sombre et douloureuse de notre histoire. Et il y a ceux – la génération 2000 – qui ne l’ont pas vécue, mais qui l’ont lue dans des ouvrages ou articles de chercheurs ou journalistes ou vue dans des reportages télévisés. Plusieurs écrivains algériens et étrangers ont également écrit sur cette période sous forme de fiction pour la présenter sous un angle moins violent et virulent qu’elle n’est en réalité, mais non sans rappeler toutefois le « background » (le contexte) dans lequel ces récits fictionnels sont racontés et dans lequel leurs personnages ont évolué. C’est ce qu’a voulu faire Mustapha Bensadi dans « A Birthday in Hell » (Un anniversaire en enfer), publié en 2012 par les éditions El Amel, mais qui, relu aujourd’hui, nous remet totalement dans « l’ambiance » qui régnait à cette époque des années 1990. Ce roman – donc un récit fictionnel – nous raconte la vie d’une journaliste pendant cette période où les journalistes, et les intellectuels en général, vivaient le danger au quotidien et où un certain nombre d’entre eux, trop nombreux pour être listés ici, ne sont malheureusement plus avec nous aujourd’hui, ou assassinés ou exilés.
Pour les amoureux de la littérature, et en particulier de la « fiction-réalité », le roman de Mustapha Bensadi est un « must read ». Comme il a été écrit dans la langue de Shakespeare que, malheureusement, beaucoup de nos concitoyens ne comprennent pas, histoire oblige, nous avons tenu à en présenter, dans la langue de Molière, le « gist » (l’essentiel) dans le présent article, après avoir présenté brièvement l’auteur du roman.

Qui est Mustapha Bensadi et quelles sont ses principales publications ?
Mustapha Bensadi, 75 ans, est aujourd’hui retraité de l’enseignement et réside dans sa coquette et historique ville de Béjaïa. Dans les années 70-80, il était étudiant au Département de lettres de l’Université d’Alger, section Lettres anglaises. Il est titulaire d’une licence en lettres, d’un CES en philologie et linguistique générale. Depuis, il a enseigné, comme Maître-Assistant, à l’université Abderrahmane-Mira de Béjaïa la civilisation britannique et l’expression orale et écrite. Il a aussi exercé des activités dans d’autres secteurs, comme par exemple à l’ex-Institut national des prix, où il était chargé du service des archives et où il a enseigné l’anglais pendant quelques années.
Mustapha Bensadi est aussi l’auteur de plusieurs romans, nouvelles et recueils de poèmes. Ses principaux romans (1) le Nombril miraculé ou la Résurrection du trèfle (éditions Talantikit, Béjaïa), (2) l’Arc de Triomphe, la Tour Eiffel et les Parasols de Hammamet (éditions Edilivre, France), (3) Skizoo (en voie d’édition), (4) Cœurs-volcans (en voie d’édition). L’auteur a aussi écrit une « novella » en anglais (éditions El Amel, Tizi-Ouzou) et un recueil de plus de cent poèmes (en voie d’édition).

De quoi s’agit-il dans « A Birthday in Hell » ?
Nous devons, tout d’abord, faire remarquer que le titre du roman peut a priori paraître à la fois confus et paradoxal et en même temps donner «a hint » (une idée) de ce dont parle l’auteur. En effet, le titre est composé de deux mots apparemment contradictoires, « a Birthday » (un anniversaire) et « in Hell » (en enfer). Il est donc tout à fait légitime de se poser la question que vient faire un anniversaire (un évènement heureux) en enfer (endroit où personne ne souhaite se trouver). Ce n’est qu’après avoir lu le roman que le lecteur peut le savoir. Il faut aussi souligner que le roman —qui comprend 14 chapitres relativement courts— ne peut pas être résumé en quelques lignes. Nous n’en donnerons donc que les éléments clefs pour donner au lecteur l’envie de le lire.
Le roman est l’histoire d’une journaliste (Amel) qui, après avoir entendu une rafale de tirs dans la rue (en 1993), alors qu’elle faisait du shopping pour préparer son anniversaire, se réfugie dans un magasin de chaussures tenu par le nommé Si Djaber. Prise de peur, de panique, Amel demande au propriétaire du magasin l’autorisation de demeurer dans son magasin jusqu’à ce que les choses s’éclaircissent. Si Djaber accepte et Amel est donc autorisée à rester dans le magasin jusqu’à la fermeture de ce dernier le soir. Pendant qu’elle se trouvait au magasin, un coup de téléphone sonne et Si Djaber répond : « Venez vite, la deuxième chaussure est là », répondit Si Djaber. Quelques minutes après, deux personnes se présentent au magasin de Si Djaber et frappent à la porte. Une fois à l’intérieur, ils embarquent Amel dans une Renault 4 et l’emmènent aux « Headquarters » (Quartier Général) du groupe dont font partie les kidnappers, endroit situé dans la région de Palestro, au lieu-dit Zbarbar exactement, « where there is no civilization » (selon l’auteur) et la conduisent dans la cave où elle fera connaissance avec Daoud, l’émir du groupe. Les kidnappeurs ont attaché les mains, les pieds d’Amel et fermé sa bouche avec un ruban en plastique. « Assieds-toi et arrête de trembler », lui ordonna Daoud, l’émir. « Ce n’est pas un monstre qui est en face de toi, mais un homme qui a une philosophie, des principes et, avant tout, une religion, la seule qui vaille la peine d’être pratiquée et respectée… M’entends-tu ? Ce à quoi Amel répondit : « Oui, mais je suis musulmane, moi aussi ». « Tais-toi, répondit Daoud, tu ne l’es pas. Tu ne l’as jamais été et tu ne le seras jamais, sale…». L’émir de poursuivre : « Si je ne me trompe pas, on s’était rencontrés avant, n’est-ce pas ? […] J’étais tombé amoureux de toi il y a 2 ans. Mais aujourd’hui les choses ont changé. Celui qui n’est pas avec nous est contre nous ». Il ajoutera encore : « Ainsi donc tu es journaliste. Et bien sûr, vous nous détestez. » L’émir continue sa diatribe : « Tu es en Lettres françaises, n’est-ce pas ? Crois-tu en Dieu ? ». Amel réagit alors, disant : « Oui, j’y crois ».
Ce à quoi l’émir répond : « Mais à quel Dieu ? Le Directeur du journal ? Le Président de la République ? Le Pape ? Le Directeur des télévisions occidentales ? ». Amel fut ensuite emmenée par un membre du groupe (du nom de Abou Hamza) dans la forêt où elle subit un harcèlement psychologique. Après un moment de marche dans la forêt, Amel demande : « Pourquoi allons-nous vite ? ». La réponse de Abou Hamza ne s’est pas faite attendre : « Ferme-là ! Je ne supporte pas les voix de femmes comme la tienne ! ». Et Amel réagit en disant : « Je suis innocente et je suis musulmane moi aussi ». « Toi, musulmane ? s’écria Abou Hamza, Laisse-moi rire ! Tu es condamnée à cause de tes écrits, tes articles au sujet de ce que vous appelez le « terrorisme islamique ».
Nous sommes des combattants courageux et responsables qui avons la bénédiction de Dieu ». Après plusieurs interrogatoires et harcèlements psychologiques que les kidnappeurs ont fait subir à Amel, celle-ci a entendu dire et pense avoir compris que si elle voulait être sauvée, elle devait se marier avec l’émir. Ce projet se précise, en effet, lorsque Daoud demande à ses co-combattants de lui ramener Amel. Se trouvant maintenant face à Amel, Daoud dira : « Que ce soit juste ou faux, je ne peux pas faire autrement. Je dois me marier avec toi demain. Il ne te reste donc qu’à te préparer. Tu peux partir maintenant, mais fais attention, car il fait atrocement froid dehors. J’ai un meeting avec mes co-combattants, mais je reviendrai dans environ une demi-heure ». Pendant que Daoud était au meeting, deux autres membres du groupe, les nommés Salimou et Grizesh, sont partis réveiller Amel qui s’était assoupie sous les harcèlements psychologiques subis, l’ont emmenée dans la Renault 4 qui avait servi pour le kidnapping, et l’ont conduite chez elle à Alger. Sa famille, bien sûr, l’a accueillie à bras ouverts, heureuse de savoir qu’Amel est sain et sauve. Amel est donc désormais libre et peut maintenant célébrer l’anniversaire pour lequel elle était sortie faire du « shopping » avant que la fusillade ne se produise.

Conclusion
Comme nous l’avons indiqué plus haut, le roman de Mustapha Bensadi comprend plusieurs épisodes intermédiaires, comme par exemple, l’enquête parallèle menée par la police pour retrouver Amel, que nous n’avons pas racontée ici parce qu’elle aurait allongé inutilement cet article et aussi pour garder le suspense et donner au lecteur le goût de lire le roman. Nous espérons que le bref mais synthétique aperçu que nous avons donné ici du roman permettra au lecteur de mieux comprendre le paradoxe invoqué ci-dessus dans le titre du roman « A Birthday in Hell ». Pour éviter ce paradoxe, l’auteur aurait pu titrer son roman « A Birthday After Hell » (Un anniversaire après l’Enfer) car c’est effectivement après l’enfer dans lequel elle se trouvait, la fusillade, le kidnapping, le harcèlement, puis le projet de mariage forcé, que Amel a pu célébrer son anniversaire dans le « Paradis » familial, avec ses parents et ses amis.