Exploration et restitution des signes primitifs et du terroir auxquels il donne une forme transcendante et en mouvement, l’œuvre picturale de Denis Martinez est fortement marquée par ce thème de la quête de soi et des origines qui a façonné son itinéraire artistique.

«Toute sa gestuelle tend vers la recherche identitaire dans le signe mille fois éprouvé par l’ancêtre. Toute sa passion d’artiste vient de là (…)», écrit l’écrivain et journaliste Youcef Merrahi dans le texte de présentation de l’artiste, dont les signes exercent une fascination qui tient de la légende et des contes au coin du feu. Une fascination à laquelle ne peut échapper le visiteur attentif parcourant les allées du 9e salon Djurdjura des arts plastiques qui se tient du 22 au 26 novembre en cours et qui met à l’honneur l’univers pictural de Denis Martinez. «Sur le chemin de tajma3t», qui est l’intitulé de cet hommage qui est rendu à l’artiste par la direction de la culture de Tizi Ouzou, porte bien la patine de l’expérience artistique itinérante de l’enfant de Marsat El Hadjadj (Oranie) où il vit le jour en 1941. Ses toiles, près d’une vingtaine, exposées à la galerie Zemirli de la Maison de la culture Mouloud Mammeri, sont la restitution des interventions in situ qu’il a accomplies à l’occasion d’une série de rencontres et de visites dans les villages de Kabylie. «La fenêtre du vent» est le titre de l’une de ses performances réalisées sur les murs de tajma3t (La djemâa) de Taourirt El Hadjadj, à Aït Yenni. La rencontre donna le «la» au festival itinérant Raconte-Arts. Et depuis, l’aventure se poursuit pour Denis Martinez dont la découverte de la Kabylie, ses paysages, son terroir, ses gens et leurs vécus remontent aux années 80 du siècle dernier. Années où sa rencontre avec les potières de Maâtkas lui permit de repérer les signes primitifs qu’elles peignent sur leurs ustensiles fabriqués en terre cuite, nous confie l’artiste qui donne ainsi, se plait-il à rappeler, un prolongement à son ancrage esthétique des origines, à savoir la tradition plastique inaugurée par le groupe Aouchem, auquel Denis Martinez a contribué avec d’autres à la création en réaction au formalisme du courant artistique dominant durant les premières années de l’indépendance. Séquence émotion lors de la cérémonie d’ouverture qui s’est déroulée en sa présence, Denis Martinez a exprimé sa «joie et son émotion de se retrouver encore une fois en ce lieu (la maison de la culture)» où il était entouré de quelques-uns de ses anciens élèves devenus artistes reconnus. Il n’a pas manqué de rendre hommage à tous les artistes qui, dira-t-il «ont partagé avec moi l’expérience de terrain», à l’exemple de Smail Ouchene et Karim Sergoua. Dans son allocution d’ouverture, la directrice locale de la culture, Nabila Goumeziane, saluera «le parcours de l’homme et de l’artiste dont le destin comme l’œuvre sont liés viscéralement à l’Algérie.» Elle ajoutera que le salon demeure «un forum de rencontres et d’échanges entre artistes» et «revêt une importance particulière dans la mesure où il recherche à maintenir une dynamique permanente de création dans le domaine des arts plastiques au niveau de notre wilaya». On rappellera qu’une cinquantaine d’artistes plasticiens participent à cet événement. Des conférences, des tables rondes portant sur les arts plastiques, des ventes dédicaces de livres consacrés à Denis Martinez, une projection d’un film retraçant le parcours de l’artiste sont au menu des activités organisées en parallèle.n