Encore un nouveau pic de contamination avec 811 nouveaux cas ! Mais pas seulement, le pays a également enregistré un record de 16 décès durant les dernières vingt-quatre heures. Ces niveaux jamais atteints en près de neuf mois de pandémie devraient être maitrisés durant le reconfinement en cours depuis mardi afin de ne pas voir la reconduction des mêmes mesures, voire la prise de mesures encore plus dissuasives.

C’est à une vitesse grand V que le coronavirus se propage en Algérie et la question que tout un chacun se pose est comment agir pour réduire la transmission à défaut de pouvoir la stopper pour différentes raisons. Les records successifs et d’hier et d’avant-hier sont venus confirmer les craintes exprimées par de nombreux professionnels de la santé qui, du reste, ont estimé les résultats actuels «prévisibles» au vu du «relâchement observé parmi la population», s’accordent-ils à dire.
La recrudescence de la pandémie de Covid-19 se fait fortement ressentir surtout dans les grandes villes, ces dernières connaissant une importante densité, d’où le virus y est «plus actif» et la «transmission plus grande». Si la vigilance est de mise pour toute la population sur l’ensemble du territoire nationale, elle devrait être encore plus accrue dans les wilayas comme «Alger, Blida, Oran, Constantine, Sétif, Béjaïa, Jijel, Batna, Tizi Ouzou, Annaba qui sont parmi les wilayas les plus touchées avec un grand nombre de cas», avons-nous appris auprès du Dr Mohamed Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus. Dans ce sens, il faut savoir que sur le record de 753 cas confirmés mardi, la capitale comptait, à elle seule, 176 nouveaux cas.
Ce sont plus les grandes villes aussi qui subissent une plus forte recrudescence des cas et une plus forte pression avec des hôpitaux saturés et des médecins qui ne cessent de crier toute leur détresse face au flux presqu’incontrôlable du nombre de malades. C’est qu’ils sont à bout de souffle et appréhendent de ne plus pouvoir répondre à la demande grandissante des malades plus nombreux chaque jour et qui, de surcroit, présentent des complications. Car les patients qui présentent des formes bénignes de la maladie sont hospitalisés en ambulatoire, c’est-à-dire à domicile, et les hôpitaux ne peuvent retenir, en général, que ceux qui nécessitent vraiment une hospitalisation.
Il se trouve, en effet, qu’il y a de «plus en plus de cas graves dans les établissements hospitaliers», nous a indiqué Dr Bekkat Berkani, qui confirme, à son tour, qu’«il s’agit bien d’une deuxième vague» de la pandémie qui est «due à l’inobservance des mesures de prévention de nos concitoyens, notamment le port du masque et la distanciation physique», a-t-il indiqué, tout en écartant une virulence plus accrue du virus. Le fait est, selon lui, qu’il y a «une augmentation des cas en général après à la rentrée sociale» qui s’est poursuivie progressivement depuis septembre. «Avec une augmentation des cas, il y a forcément une augmentation des cas graves qui nécessitent une prise en charge de réanimation médicale», a ajouté notre interlocuteur. A la question de savoir s’il n’y avait un risque de se retrouver face à un manque d’oxygène, il répond qu’en réalité «ce n’est pas l’oxygène qui manque», mais qu’il pourrait y avoir plutôt une demande plus importante sur «les postes d’oxygène».

Nécessité d’une «riposte à plusieurs niveaux»
Mais que faut-il faire après le constat d’une situation de plus en plus préoccupante ayant conduit au reconfinement et, surtout, après la hausse record des cas ? Pour le Dr Bekkat Berkani, «la riposte est à plusieurs niveaux. Il faut un raffermissement des sanctions à l’encontre des contrevenants. Il y a bien une loi dont il faut tenir compte et appliquer rigoureusement», dit-il, tout en adhérant à l’idée de diminuer le montant de l’amende pour non-port du masque qui reste lourde pour le simple citoyen. L’autre riposte doit se faire sentir au niveau de «l’information», cette dernière n’étant pas à la hauteur de la situation que vit le pays actuellement. «L’information vis-à-vis des citoyens pour une plus grande sensibilisation doit être plus présente, plus visible, et avec l’implication d’un plus grand nombre d’acteurs», a-t-il estimé, notant qu’il n’y a «pratiquement que les médecins qui sont présents et qui font dans la sensibilisation à travers les plateaux de télévision, à la radio, mais ce n’est pas suffisant». Ce volet d’une plus grande sensibilisation a été abordé et intégré dans le plan d’action d’urgence adopté lors de la dernière réunion du gouvernement jeudi dernier mais il n’a pas encore eu de visibilité sur le terrain. Selon le membre du Comité scientifique, la sensibilisation peut aussi être prise en charge – outre les médecins – par d’autres canaux comme le secteur de la communication, les associations, les comité de quartiers et l’ensemble de la société civile. En somme, «c’est la conjugaison des efforts de tous comme nous sommes, médecins, simples citoyens, société civile avec toutes leurs sensibilités, gouvernement, forces de l’ordre qui pourra donner des résultats positifs dans cette lutte contre la pandémie, voire dans cette guerre» que mène l’Algérie et le monde entier contre le coronavirus. Par ailleurs, Dr Bekkat Berkani revient encore une fois sur le rôle des walis dans la prise de décision, sachant qu’ils ont la latitude d’intervenir pour «confiner des villes, communes ou quartiers où il y a des foyers» de pandémie en se basant sur «les enquêtes épidémiologiques». Il relèvera toutefois que ces dernières «piétinent» en quelque sorte «pour différentes raisons».
Encore un décès parmi le personnel médical
Le secteur de la santé continue de perdre des vies parmi les siens suite à une contamination au coronavirus. Le dernier à avoir effectué son dernier voyage est le Dr M’hamed Melbouci, cardiologue et enseignant à la faculté de médecine de Tizi Ouzou. La maladie l’a emporté après une dizaine de jours hospitalisation. Les personnels du secteur de la santé, tous corps confondus, comptent déjà plus de cent morts et sept mille contaminés.
Le Pr Kamel Bouzid, chef de service d’oncologie au Centre Pierre et Marie-Curie (CPMC) du Centre hospitalo-universitaire (CHU) Mustapha-Bacha, a encore une fois tiré la sonnette d’alarme. Le nombre de cas parmi le personnel médical et paramédical du CPMC a enregistré une hausse «très importante» des cas confirmés «depuis le 5 novembre dernier». «Actuellement, nous avons cinq infirmiers qui sont confinés et douze médecins atteints. Parmi ces médecins, il y a un cas gravement atteint qui est hospitalisé depuis une semaine», a-t-il indiqué. <