La commémoration des évènements du 8 mai 1945 intervient, encore une fois, dans un contexte politique particulier qui ne cesse de convoquer l’Histoire, ses faits, ses choix et ses dates.

PAR NAZIM BRAHIMI
Ce qui a donné lieu, depuis février 2019, à un chassé-croisé où s’entremêlent présent, histoire et crise politique.
L’une des observations à faire dans ce registre est que le mouvement populaire pour le changement a remis en scène des icônes et des symboles du mouvement national. Depuis février 2019 à aujourd’hui, les manifestants exhibent, aux quatre coins du pays, les portraits des héros de la guerre de libération auxquels on a rendu les hommages.
Parallèlement à cette réappropriation, des figures et symboles du mouvement national et des noms de la guerre de libération, nous avons assisté pendant la même période à un retour inattendu du sentiment anti-français qui a marqué certaines manifestations publiques. Lors de la manifestation du 13 avril dernier, des marcheurs ont scandé «la France est de retour, mais la révolution est toujours là», révélateur d’un fort ressentiment contre l’ancien colonisateur.
Pour cette 76e commémoration des évènements du 8 mai 1945, le Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ), association très engagée dans le mouvement populaire, propose la tenue d’une rencontre-halte pour capitaliser les acquis de la contestation et lui donner également un prolongement politique. «La date du 8 mai prochain, à l’occasion du 76e anniversaire des massacres du 8 Mai 1945 à Kherrata, peut, à ce titre, constituer une opportunité pour amorcer ce processus autour d’une première rencontre nationale de concertation. Personnellement, je ne doute pas de la capacité des citoyens de Kherrata à réussir ce rendez-vous rassembleur», a lancé le président de RAJ, Abdelouahab Fersaoui.
Exprimée en mi-avril, l’idée vise à «donner un nouveau souffle politique au mouvement populaire et l’inscrire dans la durée», a estimé le même animateur, lequel a noté que «la troisième année du Hirak doit être celle de la capitalisation des deux années précédentes», tout en faisant remarquer que «plusieurs initiatives louables ont eu lieu au niveau national et chez la diaspora, mais sans produire l’impact recherché dans la société». Dans son argumentaire, Fersaoui a souligné qu’il «est temps d’unir les forces du Hirak, de travailler pour créer des synergies et des jonctions entre les différentes dynamiques de la société, fidèles au Hirak. Il est temps de traduire le consensus populaire dans la rue en un consensus politique autour d’une feuille de route consensuelle consignant les préalables, les fondements et les mécanismes d’un véritable processus démocratique pour un changement politique et pacifique du régime».
De son côté, le militant politique, Djamel Zenati, a exprimé son point de vue dans une réflexion intitulée «le nécessaire bond qualitatif» dans laquelle il plaide pour une autre attitude et une démarche de mobilisation. «Jusque-là, le mouvement populaire est inscrit dans une démarche de rejet. Il s’est défini par le seul principe d’opposition. Si la mobilisation demeure otage de cette attitude, elle prend le risque de se voir subtilement intégrée dans une construction contraire à son idéal», a-t-il écrit. Pour lui, il ne fait point de doute que «cette formidable force matérielle ne saurait avoir comme unique horizon de marcher au rythme de l’agenda du pouvoir», estimant que cette force «doit désormais s’affirmer comme une force intelligente, capable de se penser, d’élaborer par elle-même et pour elle-même».