Après un portrait au vitriol de la Pologne par Jerzy Skolimowski dans « Eo (Hi-han) », le roumain Cristian Mungiu manie le scalpel pour dénoncer les maux de son pays dans « M.N.R ».

Par Dominique Lorraine
Comme beaucoup de Roumains, Mathias est parti travailler en Allemagne. Quelques jours avant Noel, il rentre précipitamment dans son village de Transylvanie, car son fils est devenu muet suite à une frayeur survenue sur le chemin de l’école. Il veut le « soustraire aux jupes de sa mère et en faire un homme ».
Mathias retrouve aussi son propre père affaibli par l’âge et suite à un malaise, il le conduit à l’hôpital pour passer un scanner du cerveau. La population locale est en grande ébullition. En effet pour pallier le manque de main d’œuvre, la directrice d’une boulangerie industrielle et son assistante Csiolla décident de recruter des employés étrangers, deux ouvriers srilankais, qui seront mal accueillis hormis par quelques habitants plus ouverts. Quelques allumés feront donc monter la pression pour que ces « musulmans » (sic) (alors qu’ils sont… catholiques !) qui touchent « notre pain avec leurs mains impures » partent. Et c’est bientôt l’hallali, des propos racistes montent en volume, les Roumains s’en prennent à leurs voisins d’origine hongroise ou allemande. Ressurgit aussi leur haine contre les gitans « qu’on a chassé d’ici ». Le prêtre sollicité botte en touche. Les ouvriers étrangers doivent être exfiltrés. Mathias, en plein divorce et amoureux de Csilla, est pris entre deux feux car sa domination masculine se voit remise en question.
Cristian Mungiu a donc passé au scanner et sans fioritures la société roumaine victime de pulsions primitives et en dénonce les travers avec efficacité. Le cinéaste, qui n’est pas un inconnu à Cannes, a toujours diagnostiqué les maux de la société roumaine : Palme d’or 2007 avec « 4 mois, 3 semaines, 2 jours » sur les conséquences tragiques de la politique nataliste sous le règne de Ceausescu, « Au-delà des collines » 2012 sur la violence du pouvoir religieux et en 2026 « Baccalauréat » qui dénonce la corruption endémique. « R.M.N », aussi puissant que déprimant, devrait certainement plaire au président du jury Vincent Lindon dont on connaît les convictions universalistes.
NB. R.M.N. (Rezonanta Magnetica Nucleara) est l’acronyme local de l’IRM, (Imagerie par Résonance Magnétique).