Une sélection en Compétition officielle, à la Quinzaine des Réalisateurs ou à la Semaine de la Critique, têtes chercheuses de nouveaux talents, est en soi une reconnaissance pour les jeunes réalisateurs. Elle confirme, également, des cinéastes plus expérimentés.

De notre correspondante : Dominique Lorraine
Neuf premiers films sur vingt-trois longs-métrages composent cette éclectique sélection. On y trouve deux films tunisiens qui prouvent, encore plus, la vitalité du septième art au pays de Nouri Bouzid, l’actuel doyen du cinéma tunisien. Cheminant ainsi sur les pas, tout frais, de de Kaouther Ben Hania -par ailleurs présidente du jury de la Semaine-, Medhi Barsaoui, Mohamed Ben Attia, Alla Eddine Slim, entre autres, «Ashkal» de Youssef Chebbi, un polar qui explore l’envers du décor, ici macabre, du nouveau quartier des Jardins de Carthage.

La 54e Quinzaine : prometteuse
«Sous les figues» d’Erige Sehiri, explore les sentiments qui lient des jeunes, femmes et hommes, réunis le temps de la récolte annuelle des figues.
Du Liban, c’est le plasticien Ali Cherri qui franchira le pas avec «Le Barrage» : une chronique ayant pour cadre les bords du Nil, à proximité du barrage de Merowe, dans une briqueterie artisanale où travaille Maher, en butte aux revendications de ses compagnons de labeur et de peine. Encore plus à l’Est, en Ukraine plus exactement, «Pamfir », est une proposition de Dmytro Sukholytkyy-Sobchuk de pister un ouvrier prêt à toutes les élucubrations, illicites surtout, pour gagner plus d’argent. Philippe Faucon sera présent et pour la troisième fois («Amin» 2018 et «Fatima» 2015) avec «Les harkis» (tourné l’automne dernier au Maroc) qui se penche sur le parcours de supplétifs, d’origine algérienne, qui avaient choisi de collaborer avec l’armée française, pendant la guerre d’Algérie.
Après «Augustine», en 2012, sélectionné à la Semaine de la Critique, Alice Winocour rejoint la Quinzaine avec «Revoir Paris», la talentueuse Virginie Efira (aux côtés de Benoît Magimel et Grégoire Colin) y interprète une journaliste américaine se trouvant à Paris au moment d’une attaque terroriste.
«L’Envol», de l’Italien Pietro Marcello, conte populaire, musical et historique, librement inspiré de l’ouvrage «Les Voiles écarlates» (1923), d’Alexandre Grine, fera l’ouverture de cette 54e Quinzaine des Réalisateurs. La dernière programmée par son actuel directeur artistique Paolo Moretti, puisque remercié par la Société des réalisateurs de films (SRF) dont dépend cette historique section.
Le Français Nicolas Pariser, auteur du délicieux «Alice et le Maire» (2019), sera à la clôture avec «Le Parfum vert», un thriller sur fond d’assassinat… d’un acteur de la Comédie Française, avec Vincent Lacoste (magistral en Fernand Yveton, dans «De nos frères blessés», d’Hélier Cisterne) et Sandrine Kiberlain.

Une Semaine de la Critique, audacieuse
Au menu de cette 61e Semaine internationale de la Critique (SIC) dont, la critique Ava Cohen a pris les rênes cette année, on relève, en compétition, sept (premiers ou deuxièmes) films : «Tasavor» (Imagine), un huis-clos iranien d’Ali Behrad, mettant en scène un chauffeur de taxi, tombé amoureux de sa passagère. Commence alors un jeu de séduction mêlant mystère et fantaisie qui durera une nuit entière. «Jaura » du Colombien Andrés Ramírez Pulido, un périple, au cœur de la forêt tropicale, dans un centre expérimental pour mineurs, où est incarcéré́ un garçon de la campagne pour un crime qu’il a commis.
Plus de grands espaces (et de froid) dans une tragi-comédie qui interroge sur le sens de la vie : «Woodcutter Story», du Finlandais Mikko Myllylahti.
En séance spéciale, «Goutte d’Or» du Français Clément Cogitore, dans lequel Ramsès, habile manipulateur et un peu poète (l’excellent Karim Leklou), tient un cabinet de voyance à la Goutte d’Or à Paris, cabinet dont le train-train va être bouleversé par l’arrivée inattendue d’enfants harragas venus des rues de Tanger.
On retrouvera aussi et avec plaisir Juliane Moore (oscarisée en 2015 pour «Still Alice») dans «When You Finish Saving the World», une comédie riche en émotions, premier film de l’acteur américain de Jesse Eisenberg (plusieurs fois nommé aux Oscars) en ouverture des festivités de la Semaine.
Et en clôture, le choix a été porté sur la Coréenne Jung July, avec «Next Sohee» où l’on retrouvera l’actrice fétiche des réalisateurs Hirokazu Kore-eda, Park Chan-wook et BongJoon-ho, la délicieuse Bae Doo-naqui se débat dans l’univers oppressant d’un call-center.

Quinzaine des Réalisateurs
L’envol, de Pietro Marcello (film d’ouverture)
El agua (The water), d’Elena Lopez Riera
1976, de Manuela Martelli (premier film chilien)
Le Barrage, d’Ali Cherri
Les Années Super 8, d’Annie Ernaux et David Ernaux-Briot (premier film français)
Ashkal, de Youssef Chebbi
Les Cinq Diables, de Léa Mysius
De Humani Corporis Fabrica, de Véréna Paravel
et Lucien Chastaing-Taylor
La Dérive des continents (au sud), de Lionel Baier (Suisse)
Enys Men, de Mark Jenkin (Grande-Bretagne)
Falcon Lake, de Charlotte Le Bon (premier film – France)
Fogo-Fatuo, de Joao Pedro Rodrigues
Funny Pages, d’Owen Kline (USA)
God’s Creatures, d’Anna Rose Holmer et Saela Davis
Les Harkis, de Philippe Faucon (France)
Men, d’Alex Garland (Séance spéciale)
La Montagne, de Thomas Salvador (France)
Pamfir, de Dmytro Sukholytkyy-Scobchuk
Revoir Paris, d’Alice Winocour (France)
Sous les figues, d’ErigeSehiri (premier film)
Un beau matin, de Mia Hansen Love (France)
Un Varon, de Fabian Hernandez (premier film)
Le Parfum Vert, de Nicolas Pariser (film de clôture)
SEMAINE DE LA CRITIQUE
Aftersun, de Charlotte Wells
(Grande-Bretagne – USA)
Alma Viva, de Cristèle Alves Meira
(France – Portugal)
Dalva, d’Emmanuelle Nicot (Belgique – France)
La Jauria, d’Andrès Ramirez Pulido (Colombie)
Nos Cérémonies, de Simon Rieth (France)
Tasavor, d’Ali Behrad (Iran)
Metsurintarina, de Mikko Myllylahti
(Finlande – Danemark)