Pandémie oblige, Olivier Py, toujours très combatif, a dévoilé comme prévu, par visio-conférence, le menu de la 75e édition du Festival d’Avignon prévue du 5 au 25 juillet 2021. «On est porté par l’énergie de l’espoir », a-t-il martelé, précisant que ce sera une programmation «exceptionnelle» de relance et de combat après une année 2020 annulée. Avec un mot d’ordre « se souvenir de l’avenir » qui répond à la situation actuelle, avec «des utopies, des dystopies et des spectacles post-apocalyptiques», a-t-il encore précisé.

De notre correspondante
Dominique Lorraine

Seront à l’affiche, 46 spectacles de théâtre, mais aussi de danse et de performance dont 39 créations et 29 productions ou coproductions, venues du monde entier. Soit 131 500 places proposées à la billetterie début juin, sans compter les 40 000 entrées libres pour les lectures et autres rencontres proposées. Mais en raison des incertitudes sanitaires qui planent encore, l’équipe du festival travaille pourtant sur trois scénarios de jauge. Dans la prestigieuse Cour d’honneur du palais des Papes, totalement rénovée, avec de nouveaux fauteuils, « la Cerisaie » de Tchekhov sera mise en scène par le Portugais Tiago Rodrigues, « lanceur de ponts entre villes et entre pays, hôte et promoteur d’un théâtre vivant » avec en tête d’affiche Isabelle Huppert. Mais la particularité sera une édition résolument féministe, puisque le programme compte pour la première fois 46,5% de femmes invitées. Parmi lesquelles la metteuse en scène brésilienne engagée Christiane Jatahy qui s’est inspirée du film du danois Lars Von trier « Dogville » pour tisser une trame autour d’une femme fuyant le fascisme « Entre chien et loup ». La Belge Anne-Cécile Vandalem explorera avec « Kingdom » un monde en train de disparaître et que les plus jeunes devront réinventer. Tandis que l’artiste espagnole Angélica Liddell offrira une pièce « Tandis que l’odeur du sang ne me quittera pas des yeux » sur le légendaire matador Juan Belmonte, créateur de la « molinete belmontino ». Sans oublier « Fraternité, conte fantastique », mis en scène par Caroline Guiela Nguyen, « Mur invisible » de Lola Lafon et Chloé Dabert, et « Penthésilé•e•s » de Marie Dilasser qui invoque le temps des amazones contemporaines. Côté continent noir, la Sud-Africaine Dada Masilo, connue pour ses interprétations uniques et innovantes de ballets classiques, présentera «Le Sacrifice». Son compatriote Brett Bailey transpose, dans « Samson » le mythe de Samson (celui de Dalila) au cœur d’une époque contemporaine rongée par la haine et la violence. Grande première pour le comédien Omar Sy qui fera la lecture, le 10 juillet, d’un texte issu du roman «Frère d’âme » de David Diop. Il prêtera ainsi sa voix au profil tragique d’Alfa, jeune paysan africain, enrôlé comme «tirailleur sénégalais » et envoyé dans les tranchées de la Grande guerre. On est très curieux du spectacle de Eva Doumbia qui a fondé le festival pluridisciplinaire Afropea qui valorise les créateurs afro-européens. « Autophagies (Histoires de bananes, riz, tomates, cacahuètes, palmiers) » est conçu comme « une eucharistie documentaire qui vise à s’interroger sur la dimension politique des nourritures ».

Un vent algérien sur la cité des Papes
D’abord avec « Royan », un texte de Marie N’Diaye dans une mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia qui confie à sa mère, Nicole Garcia, le soin de mettre des mots sur des maux de Gabrielle, une femme aux prises avec ses souvenirs dramatiques d’adolescente et ses choix qui la conduisirent d’Oran où elle est née à Royan sur la côte atlantique française. Très attendus, le Sénégalais Felwine Sarr et le Rwandais Dorcy Rugamba avec « Liberté, j’aurai habité ton rêve jusqu’au dernier soir », d’après les écrits de Frantz Fanon, fortement impliqué dans la lutte pour l’indépendance de l’Algérie, et René Char, poète, ami d’Albert Camus. Et aussi avec l’Avignonnais Baptiste Amann qui, après la Révolution française et la Commune de Paris, interroge la Révolution algérienne et la possibilité d’une réconciliation avec « Des Territoires, Et tout sera pardonné ». Bashar Murkus, membre fondateur et directeur artistique de l’Ensemble et du Théâtre Khashabi, théâtre palestinien basé à Haïfa, mettra en scène « Le Musée » pour évoquer les dernières heures d’un terroriste condamné à mort. L’enfant de la Cité antique des mamelouks sera pour la première fois l’invité de la Cité des Papes pour sa soixante-quinzième édition de son Festival international de théâtre. « Et si la Culture n’était pas la recherche du temps perdu, mais la recherche du temps à venir ? Et si nous pouvions, par le poème et la réunion des bonnes volontés, changer ce qui a été, en lui donnant d’autres conséquences ? Ce dont l’homme a le plus besoin, c’est de destin, et la politique est poétique quand elle ouvre pour tous des possibilités nouvelles, particulièrement pour ceux dont le destin a été nié. » C’est avec cette déclaration qu’Olivier Py, directeur du festival mais aussi metteur en scène, a choisi d’ouvrir l’édito du festival, qui proposera également un feuilleton théâtral « Hamlet à l’impératif », le plus connu des drames shakespeariens, qui pose une question centrale : «Que peut le théâtre ? » Réponse à Avignon, en juillet si, bien sûr, la situation sanitaire le permettrait.