Par Dominique L.
Neuf ans après le stupéfiant «Holy Motors» présenté en compétition, Leos Carax dévoilera à Cannes son nouveau film, le premier en langue anglaise, attendu avec impatience par les cinéphiles du monde entier, «Annette», qui ouvrira le 74e Festival International du film, le mardi 6 juillet.
«Annette», dont l’intrigue se déroule de nos jours à Los Angeles, raconte l’histoire d’Henry, un comédien de stand-up à l’humour féroce, et d’Ann, une cantatrice de renommée internationale. Sous le feu des projecteurs, ils forment un couple épanoui et glamour. La naissance de leur premier enfant, Annette, une fillette mystérieuse au destin exceptionnel, va bouleverser leur vie.
Produit par Charles Gillibert, le sixième long-métrage du réalisateur, sur une idée originale et une musique des Sparks, qui réunit Marion Cotillard, Adam Driver et Simon Helberg, sera projeté en avant-première mondiale, et en compétition, à la suite de la cérémonie d’ouverture qui se tiendra au Grand Théâtre Lumière du Palais des festivals de Cannes.
Visionnaire et énigmatique, Leos Carax a signé quelques-unes des plus belles scènes du cinéma français de ces 35 dernières années, à travers une filmographie qui n’a cessé de montrer sa maîtrise de la mise en scène. Génie poétique à l’imagination débordante, «l’enfant terrible du cinéma français» a l’habitude de renverser les codes et les genres pour inventer un monde peuplé de visions et de fantômes.
Alors qu’il n’a que 24 ans, son œuvre débute avec une trilogie d’où jaillit la beauté urbaine et nocturne dans un Paris magique. Tourné en noir et blanc, «Boy Meets Girl» (1984) est un hommage au cinéma muet, à l’univers de Cocteau et aux films de Godard. Avec «Mauvais sang» (1986), éloge de la vitesse et de l’amour avec Denis Lavant, Juliette Binoche et Michel Piccoli, Leos Carax impose son style d’écorché vif et rencontre un succès international. Dominé par un univers esthétique affirmé et un lyrisme revendiqué, ce polar expressionniste constitue une expérience visuelle inédite. En 1991, le réalisateur se lance dans un projet ambitieux, «Les Amants du Pont-Neuf», la reconstitution totale d’un quartier parisien et le tournage fleuve de trois ans offrent à cette ode à l’amour fou une stature légendaire dans le cinéma français.
Après huit ans de silence, «Pola X» (1999) marque le retour de Carax en Compétition au Festival de Cannes. Suite à cette adaptation de «Pierre ou les ambiguïtés» de Melville, il revient sur la Croisette avec «Merde», un court-métrage extrait d’une fantaisie collective en trois mouvements, «Tokyo !», coréalisée avec Michel Gondry et Bong Joon-ho et présentée à Un Certain Regard en 2008.
En 2012 enfin, Leos Carax revient en compétition à Cannes avec «Holy Motors», une déambulation qui met de la magie dans la réalité et du quotidien dans le fantastique, dans une nouvelle déclaration d’amour au cinéma, avec Edith Scob, échappée des «Yeux sans visage» de Georges Franju.
«Chaque film de Leos Carax est un événement. Et celui-ci tient toutes ses promesses ! Annette est un cadeau espéré par les amoureux de cinéma, de musique et de culture, de ceux qui nous ont tant manqué depuis un an», indique Pierre Lescure, président du Festival de Cannes.
«Nous n’aurions pu rêver de plus belles retrouvailles avec le cinéma et le grand écran, dans ce Palais des festivals où les films viennent affirmer leur splendeur, conclut Thierry Frémaux, Délégué général. Le cinéma de Carax relève de ces gestes puissants et de ces alchimies mystérieuses qui font le secret de la modernité et de l’éternité du cinéma.»
Le Jury de la Compétition présidé par le réalisateur américain Spike Lee remettra son palmarès lors de la cérémonie de clôture le samedi 17 juillet.
La composition de la Sélection officielle sera annoncée à la fin du mois de mai 2021. n