Par Dominique Lorraine
La Semaine de la Critique et la Quinzaine des Réalisateurs, sections parallèles du Festival de Cannes, ont dévoilé leurs sélections qui réservent une place de choix aux jeunes cinéastes.
D’abord, la Semaine de la Critique, véritable tête chercheuse qui ne sélectionne que les premiers et deuxièmes films. Sous la houlette de son délégué général, le critique de cinéma Charles Tesson, cette section très courue propose un menu alléchant.
En ouverture «Robuste» de Constance Meyer, avec un Gérard Depardieu en star vieillissante et désabusée, dont le bras droit est remplacé par une jeune et étonnante agente de sécurité, campée par Déborah Lukumuena, découverte à Cannes en 2016 dans «Divines» de Houda Benyamina.
Parmi les 7 films en Compétition (sur plus de 1 000 longs métrages visionnés), on découvrira «Piccolo Corpo», de l’Italienne Laura Samani, qui raconte, dans le Frioul de 1900, la quête initiatique et mystique d’une jeune mère meurtrie par la mort de son bébé, «Libertad» de l’Espagnole Clara Roquet, qui décrit l’amitié forte, le temps d’un été, de deux adolescentes que tout oppose, socialement parlant surtout. Ou encore «Amparo», premier long métrage du Colombien Simón Mesa Soto, qui plonge à travers le parcours d’une mère qui veut sauver son fils adolescent dans le conflit opposant l’armée et les Farc, cette guérilla d’extrême gauche essentiellement qui avait investi les maquis colombiens de 1964 à 2016. Aussi «La Femme du fossoyeur» de Khadar Ayderus Ahmed, cinéaste finlandais d’origine somalienne, qui nous propose une histoire de survie, une ode à l’amour, au cœur d’une ville rarement filmée de l’intérieur, Djibouti. Enfin, signalons le film quasi surréaliste de l’Egyptien Omar El Zohairy, «Feathers», une histoire délirante, celle d’un père de famille autoritaire qui, au hasard d’un tour de magie défavorable est soudain transformé, en… poulet ! «Une histoire d’amour et de désir» (la rencontre entre Ahmed, 18 ans, Français d’origine algérienne, et une jeune Tunisienne), «Farah», de Leyla Bouzid, cinéaste tunisienne découverte à Venise en 2015 avec «A peine j’ouvre les yeux», fera la clôture de cette prometteuse édition de la Semaine de la critique qui fête son 60e anniversaire.
Pour conclure, le jury de la 60e Semaine de la Critique sera présidé cette année par le cinéaste roumain Cristian Mungiu, récipiendaire de la Palme d’or en 2007, pour le puissant «4 mois, 3 semaines, 2 jours».

Une éclectique Quinzaine des Réalisateurs
Cette section, qui a jusque-là servi, et au gré des années, de vivier pour la plupart des cinéastes qui ont depuis figuré plus d’une fois dans la Sélection officielle du Festival de Cannes, et pour sa 57e édition, drivée par Paolo Moretti qui, avec son équipe auront visionné quelque 1 395 longs métrages pour en retenir 24 films, dont… 22 premières oeuvres auxquelles La Quinzaine des Réalisateurs va servir de réel tremplin.
Dans cet éclectique cru, on notera la présence de José Carpignano avec «A Chiara». Un de ses précédents films, «Mediterranea», avait été très applaudi au Festival d’Annaba du film méditerranéen (2015). Le jeune Français Yassine Qnia, qui s’était fait remarquer par ses courts métrages, débarque sur la Croisette avec un premier opus, «De bas étage» qui se propose de narrer les tribulations de Mehdi (Soufiane Guerrab), trente ans passés, qui tente de reconstruire son couple avec Sarah (Souheila Yacoub).
Par ailleurs, il faudra certainement compter avec Luana Bajrami qui s’était déjà imposée, en 2019, dans la Sélection officielle avec «Portrait de la jeune fille en feu» de Céline Sciamma, (César du meilleur espoir féminin, en 2020). La jeune comédienne revient donc à Cannes, après être passée, cette fois, derrière la caméra, pour tourner son premier film, dans son Kosovar natal, «La Colline où rugissent les lionnes». L’histoire d’un village isolé où trois jeunes femmes voient, inexorablement, étouffer leurs rêves et leurs ambitions. Sauf que dans leur avide quête d’indépendance, il est dit que rien ne pourra les arrêter. Et les collines de résonner de leurs rugissements…
Le libanais Ely Dagher (Palme d’or du court métrage en 2015) revient avec «Face à la mer». Chronique d’un retour soudain de Jana, à Beyrouth, après une longue absence, pour tenter de reprendre contact avec la vie familière mais étrange qu’elle avait quittée…
Enfin, last but not the least, on se réjouira de la sélection de «Europa» de l’Italo-irakien Haider Rashid, un cinéaste très prometteur, natif de Florence, qui nous proposera un road-movie, celui de Kamal, un jeune Irakien, qui traverse les frontières (turques et bulgares) en quête d’un avenir meilleur.
Signalons que la Société des réalisateurs de film, à qui l’on doit l’existence de la Quinzaine des Réalisateurs, a décidé de décerner sa distinction annuelle, le Carrosse d’or, à l’auteur de plus d’une cinquantaine de films, au grand maître du cinéma documentaire, l’américain Frederick Wiseman.