Un buzz qui fait un flop ? Ce serait peut-être le cas de «Benedetta», de Paul Verhoven (en compétition).

De notre correspondante, Dominique Lorraine
Déjà sélectionné en 2020, son producteur Saïd Ben Saïd a préféré attendre l’édition 2021 et la pression de plus belle. «Benedetta» serait un film sulfureux, un véritable brûlot, adapté du livre «Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne» de l’historienne Judith C. Brown. Force est de constater que n’est pas tout à fait cela.

Benedetta, une femme libre
Issue d’une riche famille toscane, Benedetta Carlini entre au couvent de Pescia en 1599, à 9 ans, alors que la peste commence à sévir en Italie. Des années plus tard, sœur Benedetta (Virginie Efira) ne tardera pas à perturber la communauté par ses crises mystiques ou supposées telles. Une jeune novice, Bartoloma (Daphné Patakia excellente), nouvellement arrivée, la séduit et l’entraîne dans des jeux saphiques. Sœur Benedetta continue à avoir des accès de violence avec des visions sanglantes et des mutilations identiques aux stigmates du Christ, son front saigne et ses pieds et ses mains sont ensanglantés. Supercherie ? Miracle ? La question reste en suspens.
La Mère supérieure Felicita (Charlotte Rampling) évincée au profit de Benedetta se convertit pour la circonstance en… voyeuse, qui s’en ira par la suite à Florence, les dénoncer auprès du Nonce (Christophe Lambert), ambassadeur tout-puissant du Saint-Siège. S’en suit une suite de situations aussi rocambolesques avec, à la clé, procès, scènes de tortures, bûcher, révolte des habitants de Pescia et assassinat du Nonce, atteint à son tour de la peste. Mise à l’index, Benedetta finira ses jours enfermée dans son couvent Religion, condition féminine, sexualité, perversité, thèmes récurrents de Paul Verhoven se retrouvent dans son dernier opus, sans que la sauce ne prenne vraiment. Kitch impayable qui laisserait d’un marbre aussi froid que l’accueil que lui a réservé une partie de la presse, pendant que l’autre s’est rangée dans le rôle des afficionados du cinéaste flamand.
Virginie Efira, Charlotte Rampling, Daphné Patakia, Lambert Wilson, ne suffisent pas à sauver «Benedetta» par un quelconque miracle, fusse-t-il cinématographique.

Amina, une battante
Autre déception «Lingui» (en compétition) du Tchadien Mahamat-Saleh Haroun, avec Achouackh Abakar, Rihane Khalil Alio, qu’on a connu plus inspiré avec «Un homme qui crie» Prix du jury à Cannes en 2010.
Amina, qui vit dans les faubourgs de N’djaména, est une mère célibataire qui lutte pour sa survie et sa dignité. Quand elle apprend que Maria, sa fille unique de quinze ans, est tombée enceinte (violée par un voisin âgé et ami de sa mère), elle panique. Pas question d’avortement contraire à la religion. Mais Amina ne veut pas que Maria subisse ce qu’elle a subi, rejet de sa famille et ragots malveillants. Elle accepte finalement qu’elle mette fin à sa grossesse et se chargera de réunir la (grosse) somme exigée par une faiseuse d’anges, comme on appelait dans le passé ces matrones dont les connaissances en matière d’avortement sont plus qu’approximatives.
Le scénario mal ficelé et la mise en scène, basique, ne sont pas à la hauteur de son propos. Mais on saura gré à Mahamat-Saleh Haroun de parler de la situation peu enviable des femmes au Tchad et par extension de toutes celles qui subissent le diktat d’un patriarcat endémique.

Nora, une digne femme
«Bonne mère» (Un Certain regard) deuxième film d’Hafsia Herzi -comédienne découverte par Abdel Kechiche- est un beau portrait de mère.
Nora (Halima Benhamed), femme de ménage d’une cinquantaine d’années, habite dans une cité délabrée dans les fameux quartiers nord de Marseille. C’est cette mère Courage qui fait bouillir la marmite avec une double journée de travail pénible, nettoyant les avions le matin et assistant une dame âgée l’après-midi. A sa charge, un fils flemmard, une fille sans travail et sa petite-fille, une belle-fille et son jeune fils. Le père du garçon attend son procès en prison, ce qui préoccupe Nora qui doit réunir l’argent des honoraires de son avocate. Elle renonce à ses soins dentaires et vend ses bijoux.
Nora est à bout mais qui s’en rend compte ? Seuls ses collègues de travail, une autre famille, de cœur celle-là, plus attentive, lui apportent du réconfort.
«C’est une histoire que j’ai toujours voulu écrire. J’ai commencé le scénario en 2007. Ce personnage de mère-courage me fascine depuis que je suis petite. J’ai grandi seule avec ma mère qui était femme de ménage. J’ai perdu mon père très jeune. J’ai beaucoup d’admiration pour cette femme qui, quand on se réveillait le matin, avait déjà tout préparé pour nous, avant de partir travailler. Je voulais faire un film sur elle et sur ces femmes-là, qui s’oublient complètement pour leurs enfants, quelles que soient leurs origines», a expliqué Hafsia Herzi, qui réalise un beau portrait de femme, tout en retenue, de celle qui porte tout sur leurs épaules. La comédienne Halima Benhamed, dont le visage est souvent filmé en gros plan, incarne à merveille cette mater dolorosa.D. L.