« Une image du monde ». C’est ainsi qu’Olivier Py, directeur du plus prestigieux festival de théâtre, lors de sa conférence de presse, a résumé cette 72e édition qui se tiendra du 6 au 24 juillet. Les spectacles, 47 au total, dont huit de danse et deux à destination du jeune public, feront écho à l’actualité, avec des propositions abordant le genre, la guerre, la surinformation ou encore les migrants.

Le monde arabe aura également une place de choix dans la Cité de papes. D’abord avec l’Algérie avec celui qui est né près d’Annaba, à Mondovi, l’enfant du pays Albert Camus. Lambert Wilson et Isabelle Yasmina Adjani liront la correspondance, ardente et passionnante, écrite à quatre mains par la comédienne Maria Casarès et l’écrivain. L’Egypte brillera de tous ses feux avec  «Mama », une pièce d’Ahmed el Attar, sur la manière dont les femmes dans ce pays reproduisent le système patriarcal à travers l’éducation de leurs fils. En musique, le groupe BNT el Masarwa interprètera des chansons qui donnent la parole aux Egyptiennes tandis qu’Abdullah Minlawy mélangera dans «Le Cri du Caire » le style soufi au rap. Le Liban sera présent avec  Ali Chahrour et sa chorégraphie  «May He Rise And Smell The Fragrance », qui dissèque le comportement des hommes dans le rituel funéraire chiite. Pour l’Iran, Amir Reza Koohestani avec «Summerless » fera émerger des histoires d’hommes et de femmes dans la société contemporaine iranienne. Au Français Thomas Jolly reviendra l’honneur d’ouvrir le festival dans la Cour d’honneur avec «Thyeste» de Sénèque. Dans cette pièce, «la plus sanglante du théâtre», selon les mots d’Olivier Py, qui relate la rivalité entre deux frères, il sera question de «l’enfance, de l’inquiétude pour l’enfance».
Fidèle à son habitude, son compatriote Julien Gosselin présentera une épopée de… huit heures : «Mao II, Joueurs, Les noms », qui se base sur trois romans de l’écrivain américain Don DeLillo traitant de la question du terrorisme dans les années 1970. Côté international, le Belge Ivo van Hove, dont on  n’oubliera pas «Les Damnés », puissant portrait d’une famille à l’heure de la montée du nazisme en Allemagne, proposera une nouvelle tragédie familiale avec «Les choses qui passent».  Oskaras Korsunovas, figure du théâtre balte, s’attaquera lui à un classique français «Tartuffe» présenté en lituanien. Au cours de sa présentation, Olivier Py a souligné le «souci d’un très grand nombre d’artistes de s’emparer du thème du genre ».
Et ce, en lien avec une période dominée par le débat mondial sur le harcèlement sexuel. Avec «Mesdames, Messieurs, et le reste du monde », le metteur en scène français David Bobée s’attèlera à la question de la discrimination liée au genre et à l’orientation sexuelle, dans le cadre d’un «feuilleton théâtral », présenté gratuitement au public chaque jour à midi. Avec «Trans (Més Enllà) », son collègue Didier Ruiz traitera de la transidentité à partir de témoignages, tandis que l’Iranien Gurshad Shaheman rappellera dans «Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du prophète »  la question des réfugiés forcés à l’exil à cause de leur genre ou de leur orientation sexuelle.
«Romances inciertos, un autre Orlando» de François Chaignaud et Nino Laisné, est aussi consacré à des personnages qui ont une transidentité dans la tradition espagnole, notamment la déesse Tarara, une femme déguisée en homme pour faire la guerre. Ces spectacles sont raccord avec l’étonnante affiche du festival réalisée par Claire Tabouret, figure montante de l’art contemporain, qui représente des enfants vêtus de camisoles blanches qui les lient les uns aux autres et aborde ainsi le thème de la permanence de l’identité dans le groupe. L’artiste exposera à l’Eglise des Célestins ses peintures qui abordent le genre à travers l’exploratrice Isabelle Eberhardt, liée intimement à l’Algérie. La couleur tendance de cette 72e édition est le mauve : «Mesdames, messieurs et tous ceux qui se définissent autrement, bonjour. Vous savez que le violet est la couleur des évêques, mais aussi celle du féminisme, notamment parce qu’elle mélange le rose, couleur attribuée aux filles, et le bleu, couleur attribuée aux garçons », avait  d’emblée lancé joyeusement Olivier Py. Voilà qui est dit…