Les revendications du secteur de l’éducation nationale, notamment pour ce qui a trait aux conditions socio-professionnelles et à l’exercice du droit syndical, ont été au centre du 6e congrès de l’Union nationale des personnels de l’éducation et de la formation (UNPEF), tenu, hier, à Alger.

PAR INES DALI
L’UNPEF ne compte pas céder un pouce de ce qu’elle qualifie de «droits de tous les travailleurs du secteur» et pas seulement ceux qui appartiennent à cette formation syndicale. Elle plaide également pour le multi syndicalisme considérant que la conjugaison des efforts de tous est un plus pour le pays et pour le développement du secteur de l’éducation nationale. Notant que le congrès se tient dans une «conjoncture sociale difficile», le président de l’UNPEF, Sadek Dziri, a estimé que cela est «le résultat de la régression du pouvoir d’achat et de la flambée des prix». Pour y remédier, «il est devenu nécessaire d’ouvrir le dossier des salaires et indemnités afin de préserver la dignité des travailleurs», a-t-il affirmé dans son allocution d’ouverture des travaux du congrès tenu sous le slogan «L’UNPEF, 32 ans de militantisme responsable». La révision des salaires est donc la première revendication qu’a mentionnée le président de l’UNPEF, en présence de plusieurs autres représentations syndicales de la Fonction publique, ainsi que des représentants du ministère de l’Education nationale et de celui du Travail, outre des invités appartenant au secteur de l’éducation du Sahara Occidental et de la Turquie.
L’UNPEF, consciente que le développement de l’école algérienne et de l’enseignement implique le développement de la société, estime que ce sont des raisons suffisantes pour que l’éducation nationale soit au centre de l’intérêt de l’Etat. «Il faut faire de l’enseignement une profession incitative et attractive pour les compétences qui sortent des universités algériennes. Il faut aussi rendre à l’enseignant son rang naturel, notamment en l’associant à la prise de décision pour ne pas faire de lui un simple exécutant des décisions venant d’en haut», a plaidé M. Dziri, ajoutant que l’enseignant a besoin de «conditions de travail, sur les plan moral et matériel, qui font qu’il puisse se consacrer pleinement à sa mission d’enseignement». Son appel aux autorités est qu’elles accordent «un grand intérêt à l’école publique et aux programmes enseignés», a-t-il dit, après avoir salué l’introduction de l’anglais dans le cycle primaire, indiquant que cela est «une revendication de l’UNPEF depuis des années, cette langue étant celle de la science et de la technologie».
Le président de l’UNPEF écarte tout sectarisme et affirme croire au multi syndicalisme qualitatif et à la concurrence loyale. «En tant que syndicat sectoriel, nous continuerons à militer pour tous les travailleurs de l’éducation nationale dans toutes ses composantes, sans distinction», a-t-il soutenu, allusion aux autres corps de syndicats avec lesquels ils veulent constituer une organisation syndicale forte et à laquelle se joignent également des syndicats d’autres secteurs, notamment ceux de la santé.
Pour lui, ce congrès est «une occasion pour donner un nouveau souffle au champ syndical après la trêve forcée due à la pandémie de Covid-19». M. Dziri n’a pas mâché ses mots en relevant l’appréhension des différentes organisations de défense des droits des travailleurs quant aux libertés syndicales. «Nous avons milité pour le multi syndicalisme depuis le début des années 1990 à la faveur de la Constitution de 1989 qui nous est parue démocratique, mais c’est devenu un justificatif pour encadrer le dialogue social, et avec le gouvernement, sous prétexte qu’il y a beaucoup de syndicats et pas suffisamment de temps», a-t-il dénoncé, avant d’évoquer «les intimidations et la régression des libertés syndicales d’une façon générale». Néanmoins, ne voulant point céder au fatalisme, il soutient qu’il «reste l’espoir de trouver des mécanismes clairs pour la représentation syndicale, notamment en créant des fédérations et des confédérations selon la loi, comme l’a déclaré récemment le ministre du Travail». Ce qui devrait «donner un nouveau souffle au champ syndical», a-t-il estimé, tout en insistant sur la poursuite du militantisme car «les droits ne se donnent pas».
A propos de la constitution de fédérations, unions ou confédérations, il y a lieu de rappeler les nouvelles conditions annoncées par le ministère du Travail qui exige, dans le cadre des nouveaux textes de loi, que les intéressés doivent déposer un nouveau dossier au niveau de la direction concernée relevant du même département ministériel.
C’est ce à quoi devrait se soumettre, à titre d’exemple, la Coordination des syndicats autonomes (CSA) qui a déposé un dossier avant les amendements à la loi sur l’exercice du droit syndical. Le Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP) est l’un des membres fondateurs et était convié au congrès de l’UNPEF. Son président Lyès Merabet a déclaré à propos des nouvelles modalités : «Nous sommes déçus car on s’attendait que le dossier que nous avons déposé le 10 novembre 2018 allait être pris en considération. Mais au niveau du ministère du Travail, personne ne s’est manifesté en tant que responsable pour nous répondre même si nous leur avons adressé des courriers.»
Lyès Merabet a indiqué que l’actuel ministre et celui qui était avant lui ont été saisis et des demandes d’audience ont été envoyées, mais sont restées sans suite. L’inspecteur général du ministère du Travail, présent au congrès de l’UNPEF en tant que représentant du ministère, a donc dû prendre note de cette question qui a été clairement évoquée par Sadek Dziri. <