Les événements du 11 décembre 1960 ont été un tournant dans le cours de la révolution sonnant à la fois la détermination du peuple algérien à arracher la libération de son pays du joug colonial et le basculement de l’opinion internationale en faveur de la cause algérienne.

PAR NAZIM B.
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a indiqué hier que les manifestations du 11 décembre 1960 ont été un indice inéluctable de la fin du colonialisme.
Dans son message à l’occasion du 61e anniversaire des manifestations du 11 décembre 1960, le Président a souligné que ces évènements «ont été, du point de vue organisationnel, une preuve édifiante de la force de notre glorieuse Révolution et un indice inéluctable de la fin du colonialisme».
Sur le plan diplomatique et médiatique, ces manifestations ont «conforté les positions du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) et donné de l’espoir aux peuples opprimés, après l’adoption par l’Assemblée générale des Nations unies, lors de sa 15e session, d’une résolution appelant à la décolonisation et déclarant que la sujétion des peuples à une domination et à une exploitation étrangère constitue un déni des droits fondamentaux de l’homme, et est contraire à la Charte des Nations unies et compromet la cause de la paix et de la coopération mondiales», a-t-il ajouté.
Pour l’historien Fouad Soufi, les manifestations du 11 décembre 1960 ont «brisé net» la conviction des «ultras» de l’Algérie française, mettant en évidence «l’impact positif» de ces événements dans l’adhésion internationale à la cause libératrice du peuple algérien. «Les manifestations du 11 décembre 1960 ont brisé net une conviction bien ancrée dans l’opinion des ultras de l’Algérie française, à savoir que les villes étaient calmes parce qu’elles étaient sous contrôle», a-t-il indiqué dans une déclaration à l’APS à la veille de la commémoration du 61e anniversaire de ce tournant de la glorieuse révolution algérienne.
Pour les faits, l’historien a souligné que les Algériens étaient sortis, ce jour-là, «manifester pacifiquement dans des quartiers de la capitale et d’autres villes pour réaffirmer le principe d’autodétermination alors que le général Charles de Gaulle effectuait une visite en Algérie du 9 au 12 décembre.
Il a rappelé, à ce propos, que quelques mois plus tôt, en juillet de la même année, le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) avait appelé à une «grande grève» en réaction aux projets de «partition» de l’Algérie par l’ancienne puissance coloniale, une action qui, précisera-t-il, avait «renforcé l’unité nationale et convaincu les pays indécis de la justesse du combat du GPRA».
Ces «manifestations urbaines ont convaincu les observateurs internationaux de l’adhésion du peuple algérien aux mots d’ordre du GPRA», a expliqué l’historien, avant de revenir sur les contextes national et international ayant conduit à ces événements, à savoir, sur le plan interne, l’offensive militaire française qui se poursuivait contre l’Armée de Libération nationale (ALN).
De même qu’il évoquera les «Pourparlers de Melun», ayant réuni des représentants du GPRA avec des délégations du gouvernement français, mais qui s’étaient soldés par un échec, la partie algérienne ne voulant rien céder sur ses revendications d’indépendance totale du pays.
«L’évocation même d’une «Algérie algérienne» par le président français ayant provoqué les violentes réactions de la population européenne», lesquelles avaient conduit à «toute une série d’affrontements», a souligné M. Soufi citant «l’émeute» à laquelle avait abouti, le 8 décembre, la grève générale déclenchée par les Européens hostiles à la politique de De Gaulle en Algérie et à la perspective du référendum sur l’autodétermination des Algériens.
M. Soufi a relevé, dans ce sens, que «si ces manifestations étaient, à l’origine, spontanées, les militants des cellules de base du Front de Libération nationale (FLN) en ont, assez vite, pris le contrôle, le 9 décembre à Ain-Temouchent, puis le 10 à Oran et à Alger (le soir) avant qu’elles ne culminent, dans la capitale, le lendemain», rappelant les dizaines de martyrs dénombrés, ce jour-là.
Ce chapitre de la révolution algérienne a été également «précédé d’un contexte international marqué par «la solidarité active» de pays arabes et musulmans ainsi que par l’appui d’une majorité de pays de l’Organisation des Nations-Unies (ONU)», selon l’historien.
Ce dernier a salué le soutien et l’aide dont avait bénéficié le GPRA de la part des pays socialistes d’Europe et d’Asie ainsi que la solidarité des pays africains nouvellement indépendants, anglophones à travers, notamment l’apparition déjà, dès 1958, d’un mouvement «critique» à l’endroit de la France coloniale aux Etats-Unis.
A souligner que M. Daho Djerbal avait relevé, dans le dernier numéro de la revue Naqd, que «tout comme les manifestations du 11 décembre 1960 en Algérie, celle du 17 octobre 1961 sont entrés dans l’histoire de la lutte de libération du peuple algérien en constituant de façon remarquable un effet de bascule et un tournant politique capital dans le rapport de forces entre la stratégie de guerre contre-insurrectionnelle de l’Etat colonial français d’un côté, et a résistance dirigée par la Fédération de France du FLN de l’autre «.
Estimant que les deux manifestations ont eu la même portée politique sur le dénouement de la guerre proprement dite «, M. Djerbal a souligné cependant que «beaucoup d’écrits et de témoignage ont été publiés pour rendre compte de cet évènement mais très peu, pour en comprendre les ressorts, ont été de l’inscrire dans une perspective historique de moyenne année». n