La situation qui prévaut au Sahara Occidental et le droit inaliénable de son peuple à l’autodétermination et de tous les peuples des territoires non autonomes ont été soulignés hier par l’Algérie, dont la position reste immuable envers la question de décolonisation.

L’Algérie «dont l’histoire de la lutte glorieuse pour l’indépendance a fait d’elle un acteur essentiel dans le mouvement de libération des peuples, tient à réaffirmer sa solidarité avec tous les peuples des territoires non autonomes qui aspirent à exercer leur droit à disposer d’eux-mêmes dans des conditions de régularité, de liberté et de probité intentionnellement garanties», a indiqué, hier, le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué, à l’occasion de la célébration du 60e anniversaire de la résolution 1514 de l’Assemblée générale des Nations unies sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples colonisés.
Affirmant réitérer son «rejet catégorique de l’idéologie coloniale et sa profonde conviction que le parachèvement de la décolonisation est inéluctable partout dans le monde, le département de Sabri Boukadoum a tenu à rappeler qu’«en Afrique, le dernier reliquat du colonialisme, le Sahara Occidental, qui connait une escalade inquiétante de tensions armées, conjuguée à des tentatives désespérées de troc indigne, aux dépens des aspirations et droits légitimes du peuple sahraoui, est en droit d’attendre de la Communauté internationale un soutien plus ferme et une action plus résolue en vue de parachever son processus de décolonisation». C’est le deuxième communiqué des Affaires étrangères algériennes en quatre jours dans lequel il revient sur l’épineuse question du Sahara Occidental après ce qu’il a qualifié de «tentatives de troc indigne», à savoir une reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental contre sa normalisation avec Israël.
Dans sa première réaction officielle, le département de Sabri Boukadoum avait affirmé que la question du Sahara Occidentale est «une question de décolonisation qui ne peut être résolue qu’à travers l’application du droit international», estimant que la proclamation du 4 décembre, annoncée le 10, est «sans effet juridique, car elle contrevient à l’ensemble des résolutions des Nations Unies et notamment à celles du Conseil de sécurité sur la question du Sahara Occidental, la dernière étant la résolution 2548 du 30 octobre 2020, rédigées et défendues par le ‘’porte-plume’’ américain’’». La proclamation mise en cause pourrait, selon le ministère des Affaires étrangères, «porter atteinte aux efforts de désescalade déployés tous azimuts en vue de préparer le terrain au lancement d’un véritable processus politique et de convaincre les deux parties en conflit, le Royaume du Maroc et le Front Polisario, de la nécessité de s’engager, sans conditions, sur la voie du dialogue, sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies, appuyée par l’Union Africaine». Le deuxième communiqué des AE vient au lendemain de la déclaration du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, dans laquelle il a réaffirmé, en évoquant la situation politique dans la région, que «l’Algérie est inébranlable» et «plus forte que certains ne le pensent». «Quant aux récents développements, nous nous y attendions», a-t-il ajouté.
Les critiques de Christopher Ross
Toujours à propos de ce dossier qui traine en longueur depuis 1991, à savoir depuis la reconnaissance au peuple sahraoui son droit au référendum pour l’autodétermination, l’ancien émissaire de l’ONU pour le Sahara Occidental (2009-2017), Christopher Ross, a estimé que le Maroc a fait preuve d’un «manque de respect» et a entravé le travail des émissaires de l’ONU. Il a ajouté, sur sa page facebook, qu’Horst Kohler n’aurait pas démissionné de son poste de médiateur pour des raisons de santé mais plutôt «parce qu’il était dégoûté par le manque de respect du côté marocain et les efforts déployés pour entraver son travail comme cela a été le cas pour moi». Plusieurs émissaires de l’ONU ont été poussés à jeter l’éponge, a-t-il dit, citant James Baker qui a «démissionné en 2004 lorsque le Maroc avait annoncé qu’une solution impliquant un référendum pour l’autodétermination du peuple sahraoui était une atteinte à sa souveraineté supposée». Le Maroc avait pourtant accepté la solution du référendum en 1991, rappelle l’ancien diplomate américain. Il a, par ailleurs, critiqué l’annonce, par le président américain sortant, de la reconnaissance de la prétendue souveraineté marocaine sur le Sahara Occidental. «Cette décision insensée et irréfléchie va à l’encontre de l’engagement des Etats-Unis à l’égard des principes de l’annexion de territoires par la force et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, tous deux inscrits dans la Charte des Nations unies», a-t-il affirmé.
L’ONU est donc interpelée à jouer pleinement son rôle pour faire taire la voix des armes et rétablir dans leurs droits les peuples en quête de leur libération du colonialisme. C’est dans ce cadre que le ministère des Affaires étrangères a estimé, dans son communiqué, que «la commémoration, aujourd’hui, du 60e anniversaire de la résolution 1514 de l’Assemblée générale des Nations Unies portant déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux, intervient en ce 75e anniversaire de l’ONU, offre l’opportunité d’évaluer le chemin parcouru en matière de décolonisation et de prendre la mesure des défis qui restent pour achever cette œuvre partout dans le monde».
Alors que la «Troisième Décennie Internationale pour l’Elimination du Colonialisme (2011-2020) tire à sa fin, la responsabilité de l’ONU et de la communauté internationale dans son ensemble est fortement interpellées par les retards immenses accumulés en matière de parachèvement des processus de décolonisation dans les 17 territoires non autonomes inscrits sur la liste du Comité onusien spécial de la décolonisation», a conclu le MAE. <