La commémoration du cinquième anniversaire de la disparition d’Abdelhamid Mehri a fait l’objet d’une rencontre-témoignage permettant à quelques personnalités qui l’ont côtoyé d’évoquer l’homme politique qu’il fut de son vivant.

La rencontre initiée par l’association Machaâl Echahid a porté essentiellement sur « le rôle politique joué par Mehri dans l’unification des pays du Maghreb durant la guerre contre le colonialisme français ». Le Docteur en histoire et enseignant à l’université d’Alger, Mohamed Belkacem, qui avait côtoyé l’ex-secrétaire général du FLN, s’est penché sur le rôle joué par Abdelhamdi Mehri dans le Congrès de Tanger en avril 1958. Mohamed Belkacem a rappelé qu’Abdelhamid Mehri avait présidé le congrès : « Présider un tel événement n’était pas évident devant la présence de militants politiques influents du parti marocain Istiqlal et du Parti constitutionnel tunisien. » Avant d’ajouter : « Grâce à son talent de négociateur, Mehri a pu avoir le consentement des participants pour présider cet événement historique qui devait aboutir à la proclamation d’un Etat fédéral de l’ensemble du Maghreb.
La naissance d’un Maghreb uni n’a pas été annoncée pour la simple raison qu’Abdelhamid Mehri a préféré annoncer cette union lorsque l’Algérie obtiendrait son Indépendance. » Il faut dire que selon les historiens, juste avant la tenue du congrès, un incident irritant s’est produit au point où l’ex-secrétaire général du FLN a décidé d’annuler le congrès. L’invité du Forum est revenu sur cet incident. « Quelques jours avant l’ouverture des travaux du Congrès de Tanger, Abdehamid Mehri a découvert une carte géographique du Maghreb qui circulait chez des officiels marocains.
Dans cette ébauche, l’Algérie était réduite à un petit territoire, contre une grande superficie pour le Maroc, annexant une grande partie de l’Algérie et de la Mauritanie jusqu’au Sénégal », a révélé Mohamed Belkacem. Cette « découverte » a provoqué l’ire des représentants algériens à tel point qu’Abdelhamid Mehri voulait annoncer l’annulation du Congrès de Tanger. Pour sa part, le sénateur Boudjemaâ Souileh, collaborateur alors de l’ex-secrétaire général du parti unique, a fait un récit sur le rôle qu’avait joué Mehri dans la transition démocratique après octobre 1988. Il a témoigné de l’engagement de cet homme politique de premier ordre dans le processus du démantèlement de l’appareil FLN et son emprise sur les institutions publiques. C’est-à-dire la séparation de l’Etat et le Parti unique. « C’est moi-même qui avait étudié le volet juridique de cette décision, sur instruction de Mehri », a reconnu Boudjemâa Souileh. Reconnaissant « une vision politique hors-pair chez Abdelhamid » qui s’est engagé totalement pour « le processus démocratique et le multipartisme en Algérie au lendemain des événements d’octobre 1988 ».
L’ancien membre du Conseil national de transition (CNT) est revenu sur la période de l’arrêt du processus électoral de 1992 et le rôle qu’avait joué Mehri durant cette période. «Abdelhamid Mehri était contre l’arrêt du processus électoral, malgré 173 recours introduits pour les dépassements enregistrés dans les bureaux de vote par les éléments de l’ex-FIS. Mehri n’a pas voulu l’effusion de sang des Algériens.
Il a rapidement pris attache avec les dirigeants de l’ex-FIS pour les convaincre d’éviter la violence et le recours à la violence. C’est ce qui l’a poussé justement à aller à Saint-Egidio car, en Algérie, la décision de l’arrêt du processus a été prise et les négociations en Algérie avec le FIS n’étaient pas possible », se rappelle Boudjemaâ Souileh.