Le nouveau coronavirus et la peur qu’il suscite depuis que le gouvernement a annoncé des mesures préventives contre la propagation de la maladie n’ont pas dissuadé les manifestants du Hirak. Au 56ème vendredi de la contestation populaire, ils sont sortis très nombreux à Alger pour braver cette peur et réaffirmer leur attachement au changement avec les mêmes revendications devenus des mots d’ordre de ralliement depuis un certain 22 février 2019 : « le départ du système », « oui à un Etat civil, non à un Etat militaire », ont à nouveau été scandés dans les grandes artères de la capitale. Avec, cette fois, des slogans de circonstance et sur un ton sarcastique sur le coronavirus : « jibou BRI, Zidou Corona manech habssin », le sens est qu’avec où sans pandémie  les marcheurs du Hirak ne s’arrêteront pas.  Le nouveau Coronavirus a été de la partie durant toute la manifestation, du milieu de la journée jusqu’à la fin de l’après-midi, suscitant de nouvelles combinaisons linguistiques et des cris de ralliement où l’humour renforce la détermination… Des manifestants n’ont pas hésité à sortir les masques alors que certains ont défilé avec la parfaite panoplie de lutte contre les risques de virus. D’autres,  des gens qui ont le sens du commerce, ont proposé du « gel antibactérien » , en vérité du gel hydroalcoolique qu’il ont réussi à vendre en quantité.

Dans le cortège, on a pu observer le carré de soutien à Karim Tabbou, figure politique qui devrait sortir de prison à la fin du mois en cours et qui a pu par sa verve et son engagement marquer le mouvement populaire pour le changement. On a pu constater et entendre également les slogans en hommage à Toufik Hassani, l’ancien policier arrêté durant la manifestation du samedi 7 mars et placé en détention provisoire depuis mardi 10 mars par le tribunal de Ténès où il a été transféré après une garde à vue de trois jours au commissariat Cavaignac à Alger-centre.  Le carré des féministes a, lui aussi, répondu présent avec des militantes qui n’ont pas cessé de réclamer une « Algérie démocratique, un véritable Etat de droit » et dénoncer, le « code de la famille » et de la « honte »,  les « atteintes aux droits des femmes ». Dans ce carré, on a pu apercevoir  Fadila Chitour et Dalila Lamarene-Djerbal.

Le milieu  de la journée, peut avant le début de la manifestation,  a été marqué par une tension entre des manifestants et des agents de l’ordre (notamment ceux en civil). Ces n’ont pas hésité à interpeller de nombreuses personnes et l’affrontement n’était pas loin quand des manifestants ont commencé à scander : « silmiya, silmiya, tous unis ».