Le mouvement populaire a été, hier, au rendez-vous malgré un temps froid et la menace induite par l’épidémie mondiale de coronavirus. Pour ce 55e vendredi, les manifestants ont tenu à marquer leur présence de cette action politique hebdomadaire devenue coutumière.
Des milliers de manifestants ont battu le pavé exprimant les revendications habituelles pour un véritable changement et critiquant les figures du pouvoir. Actualité oblige, à côté du désormais célèbre slogan «Etat civil et non militaire», on pouvait lire sur une pancarte «plutôt le Corona que vous», à l’adresse des dirigeants politiques, fustigés depuis plus d’un an par le mouvement populaire. «Le régime qui nous gouverne est plus dangereux que le virus corona», note également une autre pancarte. Les principaux lieux de convergence au centre de la capitale ont vu le déferlement des habituelles processions scandant des slogans pour le changement et le rejet de l’actuel système. Comme d’habitude, le drapeau national a flotté et de nombreux manifestants ont arboré des portraits des héros de la révolution algérienne. L’emblème amazigh, qui a suscité durant des semaines moult controverses et la cause d’emprisonnement de centaine de personnes, semble ne plus susciter la réaction sévère des services d’ordre. Ces derniers installés dans des dispositifs devenus désormais systématiques, notamment sur certains lieux stratégiques, paraissaient plus détendus. Le slogan devenu célèbre au début du Hirak «yetanahaw ga3 !» a refait sa réapparition, les manifestants reprenant un mot d’ordre qui aura marqué la contestation populaire lors des premières semaines. C’est devenu désormais une habitude, les processions venant du quartier populaire de Bab-El-Oued sont les plus intenses. Les plus colorées aussi. Benyoucef Melouk, autre figure du Hirak, est porté sur les épaules. Celui qui avait dénoncé en d’autres temps les «magistrats faussaires» reste fidèle au rendez-vous dénonçant le système dont il a été lui-même victime.

«Libérez Tabbou !»
Comme pour les vendredis précédents, Karim Tabbou aura été au cœur des slogans et sur les banderoles. C’est la personnalité politique montante au sein du Hirak. Comme attendu, les manifestants ont exigé sa libération à coup de slogans et autres affiches montrant l’effigie devenue notoire de l’homme politique. Le procès de ce dernier, qui a tenu récemment en haleine les observateurs, aura été un moment fort durant lequel il s’est montré comme une figure importante du mouvement de contestation. «Alors que j’étais isolé dans ma cellule, loin de mes deux enfants et malgré tout, j’ai fait le serment de rester fidèle à mon engagement et à mon combat pour l’Algérie», a-t-il dit à la clôture du procès. Une peine de quatre ans de prison ferme assortie d’une amende de 200 000 DA a été requise par le Parquet au tribunal de
Sidi M’hamed. Karim Tabbou dont le sort sera connu le 11 mars prochain reste probablement la figure toujours emprisonnée la plus marquante du Hirak. Au niveau de la rue Didouche-Mourad beaucoup de banderoles et autres affiches exigent la libération des détenus d’opinion dont les photos de certains sont mises en évidence. «Il n’y aura pas d’avenir pour ce pays tant que des détenus innocents sont en prison», déclarent certains manifestants, pancartes bien mises en évidence et se laissant volontiers photographier. Malgré le léger recul en termes d’affluence, la mobilisation reste forte. Les manifestants sont opiniâtres, insistant sur des revendications devenues ordinaires, la libération de ce qui reste de détenus mais aussi un véritable changement et pas seulement un ravalement cosmétique. n