Le 55e mardi de la contestation estudiantine à Alger a fait, hier, l’effet d’une marée montante.

Au commencement, en début de matinée à la place des Martyrs, les marcheurs et les marcheuses se comptaient par petites dizaines. Ils ont fini leur parcours à la place Audin par milliers et la «promesse» de battre à nouveau le pavé la semaine prochaine, selon le témoignage, entre deux slogans, d’une étudiante convaincue qu’elle et ses camarades «seront encore là pour demander un véritable changement» dans le pays. La procession des manifestants s’est ébranlée aux alentours de 11 heures à proximité de la bouche du métro «place
des Martyrs» pour prendre fin vers 13H50 à la place Audin après avoir transité par les rues Bab-Azzoun, Ali-Boumendjel, Ben M’hidi, le boulevard Pasteur, la rue du 19-Mai jouxtant la «Fac» centrale, boulevard Amirouche puis, place Maurice-Audin.
La marche des étudiants, parmi lesquels de nombreux manifestants venus à la rescousse pour réclamer comme chaque mardi l’avènement d’une «Algérie libre et démocratique», a commencé avec l’hymne national, avant que d’autres mots d’ordre ne se fassent entendre. Les plus entendus à ce moment de la manifestation ont concerné la presse et la justice : «Libérez la presse», «libérez la justice», «presse libre», «justice indépendante», a-t-on entendu alors que la manifestation grossissait au fur et à mesure qu’elle s’engouffrait dans la rue Bab Azzoun. Un étudiant sortira du lot pour demander aux manifestants de «ne pas insulter les corps de sécurité». «Nous n’avons pas de problèmes avec ces corps ni avec les institutions, nous en avons avec le système en place». Une consigne qui sera vite suivie du slogan «Dawla madania, machi askaria !» (Etat civil, non militaire), créant une réelle euphorie au cours de la marche et surchauffant l’atmosphère.
Les murs des bâtiments de la rue Bab Azzoun ont résonné des clameurs juvéniles, des voix féminines qui ont fait vibrer l’air dans ce vieux couloir urbain. « Pacifique, pacifique, nos revendications sont légitimes» ou encore « libérez, libérez le champ médiatique, libérez la justice». Silence, au moment où les manifestants reprenaient leur souffle, on entendait distinctement le bruit des pas, des commentaires pour rire sur le coronavirus «qui serait moins dangereux…» (phrase inachevée entendue dans la bouche d’un étudiant), le petit vent des pancartes vigoureusement agitées au-dessus des têtes parfois. A la jonction entre la rue Bab Azzoun et le square Port-Saïd, le flot humain devient plus consistant pour escalader la petite remontée jusqu’à la rue Ali-Boumendjel. Nouveau slogan : «vous voulez une nouvelle constitution mais vous ne respectez pas les lois».
«Le Hirak
se poursuivra»
En plein cœur de la rue Larbi-Ben M’hidi, peu avant la place Emir Abdelkader, l’affluence se fait encore plus consistante ouvrant la voie à de nouveaux cris de ralliement. On appelle à la «libération des détenus d’opinion», on réclame la «libération de Karim Tabbou» dont l’effigie est soudain brandie par des bras déterminés. «Prisonnier ne t’inquiète pas, le Hirak se poursuivra». Vers 12 heures, les marcheurs arpentent le boulevard Pasteur sous l’œil d’un cordon de sécurité plus important cette fois mais qui ne bronche pas. «Silmiya, silmiya», crient des manifestants avant de se diriger vers la rue du 19-Mai.
Il est presque midi trente, et une partie de la procession prend déjà le chemin vers le boulevard Amirouche qui fera le plein. Vers 13 heures, la manifestation culmine devant la «fac» centrale. Là, non loin de la Grande-Poste, la foule est invitée à entonner à nouveau «Qassaman». Et les manifestants se dispersent sans incident. Certains, a-t-on appris sur place, accourrent vers la rue Abane-Ramdane pour apporter leur soutien au journaliste Khaled Drareni et aux activistes, Samir Benlarbi,
Slimane Hamitouche et Toufik Hassani placés en garde à vue pour «attroupement non armé» et «atteinte à l’intégrité nationale». n