Le Cercle des lumières pour la pensée libre (CLPL) a organisé sa 55e conférence, à Alger, autour du thème «Lecture dans le projet de Yval Noah Harari», animée par Ismail Mehnana, professeur en philosophie occidentale moderne à l’université de Constantine. Yuval Noah Harari est un historien, considéré comme le penseur le plus influent dans le monde actuellement et auteur du best-seller « Sapiens, Homo deus », vendu à plus de six millions d’exemplaires dans le monde.
Le principe du projet de Harari repose sur l’idée de l’évolution, qui n’est pas la même de Charles Darwin qui est purement biologique. Mais il s’agit d’une évolution interdisciplinaire qui s’intéresse à la biologie, l’anthropologie et bien d’autres disciplines. Pour cet historien, l’espèce humaine qui a réussi à résister et à survivre était celle qui avait réussi à communiquer (en développant le langage) et à travailler en collaboration avec d’autres communautés.
Le conférencier ajoute que l’imagination chez l’être humain lui a aussi permis de faire de grands pas pour vivre et communiquer avec l’autre. Cette imagination lui permet aussi de « créer les religions, Dieu, les couleurs, les sons, etc. qui sont des représentations abstraites, dont le but était de susciter la confiance entre les nations à des fins commerciales, principalement», estime-t-il.
Autrement dit, les hommes avaient ainsi besoin de croire dans les mêmes principes pour pouvoir avancer, se sentir en paix et en confiance, avec eux-mêmes et avec les autres. Il poursuit à ce propos que «plus on instaure des religions monothéistes, des croyances communes, plus on suscite la confiance, plus on facilite la circulation des gens, des marchandises, etc. ».
Le professeur Ismail Mehnana, se basant sur les travaux de l’historien, estime ainsi que «c’est à partir de là que les hommes ont créé l’argent, Dieu ou l’Etat, trois notions vers lesquelles convergent les êtres humains depuis la nuit des temps. Notons à titre d’exemple, la citation inscrite sur le dollar américain « In God we trust», qui veut dire « Nous croyons en Dieu».
Evoquant la question de liberté et de ce qu’on appelle « le libre arbitre », le professeur de l’université de Constantine dira que cette croyance n’existe pas en réalité et qu’il s’agit d’une illusion. «La liberté est liée à nos actes précédents, qui sont, à leur tour, liés au cerveau, donc, le principe de libre arbitre est une illusion », affirme-t-il. Il explique ses propos en soulignant qu’« en d’autres termes, nous ne trouvons pas les valeurs abstraites hors de l’imagination ou de la conception humaine ». Le conférencier met en exergue le fait que « la religion restera encore quelque temps, car, selon lui, l’homme aujourd’hui a encore besoin d’illusions». Concernant la question de l’identité, l’orateur affirme à ce sujet qu’«en vérité, c’est un mécanisme de défense. L’homme, tout au long de l’histoire, essaie d’élargir sa zone de pensée pour dominer et pour éloigner l’ennemi, -celui qui ne partage pas la même idéologie».
Dans le sillage de l’œuvre de Harari et abordant les défis que doit relever l’humanité, le conférencier affirme que l’un des plus grands défis de la médecine, aujourd’hui, est «de créer des êtres immortels, avec des capacités supérieures ». Ainsi est « le but de Homo deus, (l’Homme Dieu) » ceci «loin du sens théologien du terme, car l’Homme vaincra la mort un jour, grâce à l’intelligence artificielle, qui chamboulera totalement le mode de vie de la pensée humaine d’aujourd’hui», affirme-t-il.
Pour le conférencier, les grandes tendances traditionnelles (fascisme, communisme, libéralisme) finiront logiquement par chuter et disparaître et ce, grâce à l’intelligence artificielle. Vers la fin de la conférence, Ismail Mahnana assure aux présents que d’«ici l’année 2030, l’humanité vérifiera les hypothèses de ce renommé auteur sur le trans-humanisme qui était le premier à s’intéresser à l’histoire de la dynamique profonde de l’évolution humaine». n