L’An II du mouvement populaire pour le changement a signé, hier, son premier vendredi de marche sur fond du maintien de la mobilisation. Une action qui intervient après une semaine très chargée et qui a été marquée par trois rendez-vous. Celui du vendredi dernier, le 53e depuis le déclenchement du mouvement, celui du lendemain, samedi, jour anniversaire du Hirak, et celui du mardi de la marche hebdomadaire qui voit les citoyens de la capitale rejoindre et renforcer la mobilisation des étudiants.

S’il était loisible de constater que la foule était moins nombreuse que celle de vendredi dernier, la mobilisation était encore au rendez-vous. Les citoyens, dès l’après-midi, ont commencé à se constituer notamment dans les périmètres de convergence pour faire entendre les mots d’ordre de la contestation populaire. Celui de la «primauté du civil sur le militaire» semble résister au temps qui passe. Mais cette fois, c’est la justice qui était au cœur des slogans de la marche. «Où est la justice promise», «qu’en est-il du respect de la loi ?», répétaient les manifestants qui brandissaient l’emblème national et l’étendard amazighe. Ce dernier ne semble plus être la cible des forces de l’ordre. Pour un nouveau vendredi, ses porteurs n’ont pas été inquiétés. Cela n’empêche pas la présence des portraits de détenus arrêtés pour avoir porté cet emblème. Cela n’empêche pas également d’entendre les manifestants réclamer la libération de ceux qui sont encore en taule.
Dans ce registre, ce sont davantage les noms du mouvement populaire qui sont cités, notamment Boumala, Tabbou. Leurs portraits sortaient du lot. Le verdict pour le premier est attendu pour demain et le second sera jugé mercredi.
Les figures de la révolution n’ont pas été oubliées par les marcheurs qui portaient des pancartes et des écriteaux à l’honneur des Abane Ramdane, Mohamed Boudiaf, Hocine Aït Ahmed, Didouche Mourad, Larbi Ben M’hidi… Leurs photos et leurs mots continuent de prendre place dans les artères de la capitale, ancrés dans l’imaginaire collectif. La pancarte reprenant la parole prophétique d’Aït Ahmed «un jour, la parole reviendra au peuple, même si la nuit semble longue, le jour et le soleil finiront par se lever», tend à devenir une image constante du mouvement.
Vers 14H45 et au niveau de la faculté centrale, cet autre lieu de convergence, c’est une procession importante qui arrive autour du président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD). Les manifestants expriment leur sympathie au parti «objet d’attaque d’un média cathodique aux ordres» et dont les attaques répétées «ne sont pas innocentes», s’offusque un militant du parti de Mohcine Belabbas.
Non loin, c’est un rassemblement improvisé par des féministes sous des chants «révolutionnaires» convoquant la période des luttes sous le règne du parti unique, contre «l’infamie du code de la famille». Du côté du boulevard Amirouche, ce sont d’autres processions qui arrivent qui, à partir d’El Harrach, arborant des banderoles à contenus hétéroclites, qui, à partir de Bab El Oued, scandant «Algérie, libre et démocratique» sous le regard vigilant des policiers dont le dispositif semblait allégé comparativement à celui de la semaine écoulée, où les restrictions étaient au rendez-vous au niveau de l’ensemble des accès aux artères principales de la ville.
Vers 16H15, les manifestants commençaient à rentrer pendant que d’autres continuaient à occuper les lieux avec la promesse d’être au prochain rendez-vous pour un énième vendredi de mobilisation qui plus que jamais s’inscrit dans la durée et l’endurance en dépit de ce que pourrait suggérer le léger recul en terme d’affluence.