Ils étaient des centaines, hier, à battre le pavé dans les rues d’Alger pour ce 54e mardi de mobilisation estudiantine pour réclamer le changement. La traditionnelle marche des étudiants a donc eu lieu à Alger et dans de nombreuses autres villes du pays. La détermination est toujours présente en quête de rupture totale. Une rupture pour la « démocratie et une justice indépendante », ont laissé entendre une nouvelle fois des étudiants sur une place publique qui, visiblement, a pris goût à les retrouver chaque mardi pour les regarder et écouter chanter leur leur rêve.
Les noms des détenus sont eux aussi de cette 54e manche d’un Hirak toujours tonitruant. D’ailleurs, les marcheurs n’ont cessé d’appeler à leur libération. Mais les slogans du Hirak sont aussi une marche qui s’inscrit dans la trajectoire politique et son évolution. Une adaptation ponctuelle. Hier, les étudiants, et ceux qui les accompagnent dans leur démonstration hebdomadaire ont décidé de réciter la Fatiha en hommage aux trois jeunes originaires de Guelma retrouvés morts sur le rivage de Bizerte, en Tunisie. S’en est suivi l’hymne national entonné en chœur par un cortège qui, comme le veut la tradition, s’est ébranlé de la place des Martyrs vers 10H55 pour emprunter la rue Bab Azzoune. Le «Dawla madania, machi askaria !» (Etat civil, pas militaire) est toujours d’actualité, à la une du répertoire. Au fil de l’itinéraire, des masses importantes rejoignent la marche, en particulier au niveau des rues Ali-Boumendjel et Larbi-Ben M’hidi, du boulevard Amirouche, mais aussi la place Audin.
Le coronavirus s’offre une place dans les morceaux choisis de ce 54e mardi de marche estudiantine. Mais pour faire dire aux marcheurs, « Ramenez le corona et la peste, notre indépendance on l’aura ». Benyoucef Mellouk est toujours là. Infatigable et fidèle au rendez-vous « sacré ». Il s’affiche toujours avec sa fameuse pancarte de coupures de presse retraçant son combat qu’il porte avec lui à chaque rendez-vous de mobilisation populaire. Virulent aussi à ses moments de forte colère et de douleur, il fustige les juges auxquels il reproche de
« brader la cause et de participer à une pièce théâtrale ». Les procès des détenus d’opinion planent aussi sur cette marche, à la veille de la comparution, aujourd’hui, de Karim Tabou, après plus de 4 mois de détention préventive. La libération de tous les détenus politiques est également une revendication qui se conjugue au temps et au ton de cette nouvelle marche des étudiants. Les portraits à l’effigie de Abdelouahab Fersaoui, président du Rassemblement Action Jeunesse (RAJ), et de Karim Tabbou sont toujours brandis. « Libérez nos enfants, ils n’ont pas vendu de cocaïne », en allusion également aux interpellations et arrestations qui touchent les manifestants à chaque rendez-vous de mobilisation populaire.
Inflexibles, les marcheurs d’hier et de tous les mardis et vendredis qui se sont suivis et ressemblés depuis plus d’une année promettent de « poursuivre le Hirak et le combat ».
Près de trois mois après son élection, le Président de la République, Abdelamdjid Tebboune, est toujours une cible privilégiée de ces marcheurs en force. Encore une fois, il aura son lot de critiques, avec la promesse d’un « nous allons poursuivre les manifestations » scandé en guise d’une journée de marche qui s’achève mais d’un Hirak qui se poursuit.