Le mouvement populaire a fêté hier l’an I de contestation et de demande de changement. Né le 22 février 2019 avec comme point de mire la mise en échec du projet d’un cinquième mandat pour l’ancien président, le mouvement populaire continue de maintenir la pression. La mobilisation était intacte dans la capitale en dépit des mesures de coercition visiblement renforcées pour la circonstance.

Ce vendredi couronne, en effet, une série de manifestations publiques, inaugurées lundi par la marche avortée des enseignants grévistes du cycle primaire et suivie par la marche hebdomadaire des étudiants rejoints par d’autres citoyens. Le renforcement du dispositif de contrôle d’accès à la capitale, visible depuis la veille, n’a pas altéré la volonté des milliers de manifestants qui ont convergé, dès le début de la matinée vers Alger, pour marquer une année de mobilisation. Le tout sous un soleil printanier en plein mois de février de tradition froid et pluvieux.
Les premiers groupes de manifestants commençaient à se constituer au niveau de la Grande-Poste, point de convergence des manifestants aussi bien ceux venus des autres wilayas que ceux des quartiers avoisinants.
Le cordon de sécurité, fait de fourgons de la police, empêchant d’emprunter la rue Larbi-Ben M’hidi vers la place Emir Abdelkader, et ceux venant de la Casbah de parvenir au cœur de la manifestation, n’a pas échappé aux commentaires des marcheurs. « Cette esplanade de la Grande-Poste ne manque terriblement. Elle servait de point de rencontre pour l’ensemble des manifestants», note un manifestant à son compagnon. Ce dernier lui fait remarquer que « même les escaliers, mitoyens de l’hôtel Albert 1er et menant vers la salle Ibn Khaldoun et donc au Palais du Gouvernement, sont quadrillés». Passage interdit !
C’est vers 14H30 que la foule gagne en épaisseur et en nombre avec l’arrivée de manifestants venus de Bab El Oued dans une procession rythmée aux chants de
« dawla madania, machi askaria » (Etat civil et non militaire) « Klitou leblad Ya sarakin » (Vous avez siphonné les richesses du pays bande de voleurs !).
Exigence de la libération des détenus
Les manifestants n’ont pas oublié les prisonniers en exhibant leurs portraits. Celui qui revenait le plus souvent parmi la foule, c’est incontestablement celui de Karim Tabbou qui croupit dans la prison de Koléa depuis le 26 septembre dernier. Les pancartes à son effigie défilaient parmi les manifestants. « Liberté pour Karim », peut-on lire sur une banderole portée par une vieille dame. Juste derrière, c’est un jeune du Comité de jeunes de Tazmalt (CJT), qui portait une pancarte réclamant « la liberté pour Tabbou». D’autres portraits de détenus d’opinion étaient portés également par les manifestants de ce 53e vendredi. C’est le cas de Fodhil Boumala arrêté, lui aussi, depuis le 18 septembre 2019. La manifestation de l’an I du Hirak a été également celle qui a vu le drapeau amazigh flotter sans que ses porteurs ne soient inquiétés par les policiers. Le vice-procureur du Parquet de Sidi M’hamed, Mohamed Belhadi a eu, lui aussi, les hommages des marcheurs pour avoir relaxé des manifestants et surtout pour avoir plaidé l’autonomie de l’appareil judiciaire.
« Nous n’oublierons pas ton geste ! », peut-on lire sur un écriteau. Des manifestants ont porté aussi des portraits de quelques figures de l’ex-FIS, à l’image de son deuxième homme, Ali Benhadj, et de son ex-responsable politique, Abdelkader Hachani, assassiné le 22 novembre 1999. Les disparus des années de la guerre civile étaient également au rendez-vous à l’image de cette pancarte réclamant « la vérité sur l’enlèvement en 1995 de Mohamed Madani, enseignant dans une école à Sidi Aïssa dans la wilaya de M’sila».
Déroulée dans le calme, la marche-anniversaire du mouvement populaire pour le changement a été entachée de quelques moments de tension entre les forces de l’ordre et les manifestants qui semblent s’inscrire dans la durée leur engagement.
Interpellée la matinée en compagnie de trois autres personnes, l’avocate Alili Yamina a été libérée quelques heures plus tard. Le mot a été donné pour se retrouver vendredi prochain. Pour signer le vendredi I de l’an II du Hirak…<