Il a fallu une injonction du président Tebboune, à partir de son lieu de soin et de repos, pour que Djerad et le Comité scientifique fassent bouger les lignes et optent, enfin, pour un vaccin antisars-covid-2, faisant taire toutes les critiques et les appréhensions du corps médical et de la population.
«Si jamais l’Algérie choisit un vaccin à messager ARN, je ne me vaccinerais pas.» Les propos sont du docteur Omar Saïd Mehsas, un spécialiste en pneumologie. «Je ne pointe pas un doigt accusateur, je ne fais pas partie de la sphère de la théorie des complots, mais qu’un ARN étranger au corps humain permette de faire parvenir un message à mon ADN, non. Je ne critique pas l’efficacité du vaccin ni ses concepteurs, je veux juste dire que l’on n’a pas assez de recul pour en prendre.»
«Dieu merci, notre pays et le Comité scientifique ont fait preuve de sagesse en optant pour un vaccin russe. Un vaccin innovant, mais dont on maîtrise un tant soit peu la technique, d’autant que l’Algérie est très performante quant aux campagnes de vaccination. Et là, sans ambages, j’adhère et je me ferai vacciner sans hésiter.»
Le professeur Foudil Khelifa, virologue, un habitué de nos colonnes, ne cache pas non plus sa satisfaction concernant le choix du Spoutnik V. «Contrairement à ce qui est rapporté par certains médias européens, les Russes maîtrisent la confection de ce genre de vaccin». «Ce n’est pas un vaccin ‘classique’ comme celui de la grippe, mais il n’est pas aussi compliqué que celui développé par Pfizer-BioNtech ou Moderna. Il comporte des ‘vecteurs’, une sorte d’attelage qui peut inférer un matériel génétique d’un autre virus dans une cellule. Le gène de l’adénovirus, à l’origine de l’infection, est éliminé tandis qu’un gène avec le code d’une protéine d’un autre virus est inséré. Cet élément injecté est sans danger pour le corps, mais aide toujours le système immunitaire à réagir et à produire des anticorps, qui nous protègent de l’infection. Ces vaccins provoquent une excellente réponse du système immunitaire humain afin de consolider l’immunité». Pour essayer d’être plus clair, les chercheurs russes ont tiré un fragment du matériel génétique du nouveau coronavirus Sars-COV-2, qui règle des informations sur la structure de la protéine S (la protéine qui figure la «couronne» du virus et est garante de se lier aux cellules humaines). Ils l’ont inséré dans un vecteur adénovirus déjà courant afin de l’introduire dans une cellule humaine, concevant ainsi le premier vaccin au monde contre le coronavirus Sars-COV-2, au mois de mai 2020. Puis, pour assurer une immunité durable, les scientifiques russes ont également présenté une conception consistant à utiliser deux types différents de vecteurs d’adénovirus (rAd26 et rAd5) pour la première, et la deuxième vaccination, renforçant l’effet du vaccin. L’utilisation d’adénovirus humains comme vecteurs est sans danger car ces virus, qui causent des rhumes, vivent depuis des milliers d’années et sont déjà bien éprouvés. «De plus, le mode de conservation entre + 2 et 8, nous accordera une certaine aise pour le transport et l’emmagasinage du produit. Ce qui n’aurait pas été possible avec les vaccins à conserver à des températures avoisinant les -70.» Le début de la campagne de vaccination le sera donc avec le Spoutnik V, en référence au premier satellite spatial soviétique. Le lancement de Spoutnik-1, en 1957, «qui a donné un nouvel élan à l’exploration spatiale dans le monde entier».
Spoutnik V, premier de cordée
Le Spoutnik-V, le premier vaccin anti-Covid-19 au monde, a été homologué en Russie en août dernier, sachant qu’il existe actuellement quelque 200 vaccins produits ou en phase de l’être. Le directeur du Fonds russe d’investissements directs (RFPI), Kirill Dmitriev, avait révélé, à la mi-décembre, que la troisième phase des essais accédait à une efficacité de 91,4 %.
L’Algérie a concédé une enveloppe de 1,5 milliard de dinars (environ 9,2 millions d’euros) pour l’achat d’une première tranche de 500 000 doses de vaccin, pour atteindre les 20 milliards de dinars (soit 122 millions d’euros) pour la poursuite des acquisitions de vaccins. Il faut aussi savoir que plus de 50 pays ont passé commande pour le Spoutnik V pour plus de 1,2 milliard de doses. Le vaccin destiné aux marchés étrangers ne sera probablement pas le résultat de fabrication en Russie mais par des labos partenaires internationaux en Inde, au Brésil, en Chine, en Corée du Sud, et peut-être aussi l’Algérie et le Maroc. Le 8 décembre dernier, l’ambassadeur russe à Alger, Igor Beliaev, avait exprimé que son pays était «prêt à coopérer avec l’Algérie pour lancer la production au niveau local» du Spoutnik V. D’autres sources russes avancent que le vaccin pourrait être produit dans… 55 pays, dont l’Algérie, l’Azerbaïdjan, la Biélorussie, la Corée du Nord, l’Égypte, l’Inde, l’Ouzbékistan, le Qatar, Singapour, la Syrie, le Tadjikistan et la Thaïlande.
Cerise sur le gâteau, le vaccin russe «s’est révélé efficace contre la nouvelle souche du coronavirus, apparue en Europe», a annoncé le Directeur général du Fonds russe d’investissements directs Kirill Dmitriev. Le Spoutnik V, en plus de la Russie, a été adopté et injecté à plusieurs habitants du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Amérique du Sud. C’est dire que l’Algérie ne s’avance pas en terrain inconnu. Reste à connaître le timing de l’arrivée du vaccin russe en Algérie, le début de la vaccination et les franges de la population prioritaires. <