Dans l’attente de la conclusion des enquêtes ouvertes par les services de sécurité, la piste criminelle est de plus en plus privilégiée pour expliquer les départs de feu simultanés qui ont ravagé, durant la nuit de vendredi à samedi, plus d’un millier d’hectares du patrimoine forestier dans une dizaine de wilayas du Nord de l’Algérie.

Ces incendies ont endeuillé la wilaya de Tipasa avec la mort de deux hommes voulant sauver leur poulailler, ainsi que la destruction de nombreuses habitations et la perte d’importants cheptels au niveau de toutes les wilayas sinistrées.
Le colonel Farouk Achour, directeur de la communication et des statistiques à la Direction générale de la Protection civile, a déclaré, hier, à ce propos, que «la piste est d’autant plus plausible que ces incendies sont survenus durant la nuit».
Intervenant sur les ondes de la Radio algérienne, le colonel Achour a précisé qu’«en tant que spécialiste du feu, lorsque vous avez un schéma linéaire de plusieurs foyers d’incendie de nuit, c’est anormal, ce n’est pas un phénomène naturel».
Il explique ainsi que «les probabilités de départ de feu durant la nuit sont extrêmement faibles à cause notamment de l’humidité et de l’absence de photosynthèse et donc d’oxygène».
Il estime dans ce contexte qu’«il est plus que judicieux» d’entreprendre toutes les enquêtes nécessaires pour savoir où les départs de feu ont été déclenchés et comment pour, d’abord, écarter toute possibilité d’apparition d’un nouveau phénomène naturel et, ensuite, déterminer les responsabilités humaines.
Au cas où les enquêtes révéleraient les auteurs de ces départs de feu, le colonel Farouk Achour affirme que «tel que l’a annoncé le Premier ministre, la justice va sévir et les coupables seront sévèrement punis». Le responsable à la Direction générale de la Protection civile estime également que le résultat de ces enquêtes serait également un outil important pour «tirer des enseignements afin de mettre en place des moyens de prévention cohérents pour anticiper ce genre de phénomène».
A propos du phénomène de la pyromanie qui semble prendre d’inquiétantes proportions, le colonel Farouk Achour affirme que face à l’importance cruciale du couvert forestier, qui ne totalisait que 4% de la surface du territoire national, il faudrait des «sanctions sévères et exemplaires» contre les coupables.
D’autant plus que ces incendies criminels causent souvent la mort de personnes et entraînent des destructions d’habitations, des pertes de revenus, mais également, des graves atteintes à un écosystème demandant beaucoup de temps pour se régénérer.
Par ailleurs, réaffirmant que la totalité des incendies a été maîtrisée, le colonel Farouk Achour reste toutefois prudent sur le bilan définitif des dégâts occasionnés en soulignant qu’«il va falloir du temps pour évaluer, avec précision, l’ensemble des pertes».
43 554 hectares partis en fumée depuis juin
A ce sujet, le Directeur général des forêts, Ali Mahmoudi, a déclaré sur les ondes de la Radio nationale que «50 incendies ont été enregistrés, provoquant la destruction de 1 200 hectares de forêt». Détaillant l’ampleur des dégâts, il a précisé que «500 hectares de forêt ont été réduits en cendres dans la wilaya de Tipasa au niveau du massif forestier de Gouraya. Dans la wilaya de Chlef ce sont 60 hectares et à Oran 400 hectares, dont 100 hectares de forêt, 200 hectares de maquis et 100 hectares de broussailles. A Sidi Bel Abbès environ 80 hectares et à de Tlemcen 180 hectares dont 10 hectares de forêt et 120 hectares de couvert végétal. Dans la wilaya de Mostaganem 5 hectares de forêt ont été détruits tandis qu’à Aïn Témouchent ce sont 20 hectares de forêts, à Tizi Ouzou 7 hectares et dans la wilaya de Blida 14 hectares de forêt».
Concernant les fortes probabilités d’une piste criminelle qui est de plus en plus privilégiée, le Directeur général des forêts souligne qu’il faudrait attendre les conclusions de différentes enquêtes menées par les services de sécurité sur le terrain.
Ali Mahmoudi souligne toutefois que du
1er juin au 31 octobre dernier, environ 35 personnes ont été arrêtées par les services de sécurité qui avaient un lien direct et indirect dans le déclenchement de certains incendies. Il rappelle que «la justice algérienne criminalise l’acte d’incendie criminel et que la peine peut aller de 3 à 10 ans de prison et si des pertes humaines sont enregistrées, ce sera la peine capitale».
En ce qui concerne le bilan des incendies depuis le mois de juin à nos jours, le Directeur général des forêts a déclaré qu’environ 43 554 hectares ont été détruits par 3 342 incendies, dont 15 587 hectares de forêt, 13 570 hectares de maquis et 13 300 hectares de broussailles.
Finalement, face à l’ampleur de la destruction du patrimoine forestier, les différents services concernés redoublent d’efforts et œuvrent à anticiper et à réagir avec célérité. Parmi ces actions, la Direction générale de la Protection civile annonce l’introduction de nouveaux types de déplacements de renforts d’intervention dans chaque wilaya, appuyés par des moyens de surveillance satellitaires des zones forestières, ainsi que l’usage de drones.