La forte propagation d’Omicron a fini par donner plus de vigueur à la quatrième vague de Covid-19 en Algérie en un laps de temps court. L’épidémie s’est accélérée dans le pays et le nombre de cas confirmés a grimpé au pic historique de 2211 cas samedi 22 janvier, soit bien au-dessus du désormais précédent pic de 1927 cas enregistré en juillet 2021, au plus haut de la troisième vague.PAR INES DALI
L’une des conséquences de cette situation, qui s’aggrave de jour en jour, est l’afflux important dans les structures hospitalières qui sont désormais sous pression et enregistrent quasiment une saturation, à telle enseigne que nombre d’entre elles ont dû avoir recours à l’ouverture de nouveaux services Covid, comme c’est le cas dans la capitale. D’autres encore affichent complet. La situation est bien plus grave au niveau des services de réanimation qui sont saturés depuis plusieurs jours déjà et des Urgences. Ce qui fait courir le risque d’ébranler le système de santé et de le mettre à rude épreuve, selon les spécialistes. La menace est réelle.
Le nombre de malades Covid hospitalisés qui était autour de 5000 il y a quelques jours a dû être dépassé au vu du nombre croissant des contaminations, le cumul se chiffrant à des milliers de nouveaux cas quotidiennement. Les témoignages des spécialistes en charge des patients sont nombreux et convergent que la situation est inquiétante face à la hausse exponentielle qui se poursuit en cette période de l’épidémie dominée par le variant Omicron qui est venu se greffer au Delta. La capitale, à elle seule, compte environ un millier d’hospitalisations et Béjaïa comptabilise un total de «3000 malades durant les trois derniers mois avec 450 décès», a écrit sa direction de la santé et de la population, qui a fait savoir que les hôpitaux de cette wilaya totalisent 197 patients hospitalisés, dont la majorité se trouve au CHU de Béjaïa avec 83 hospitalisés, suivi par les EPH d’Amizour (46) et Khellil-Amrane (43).
Au niveau de l’EPH de Boufarik (Blida), «il y a 70% des lits d’hospitalisation occupés par les malades Covid. C’est toujours le variant Delta qui continue de faire des ravages avec des malades graves qui nécessitent de l’oxygénothérapie», a affirmé le Dr Yousfi, chef de service infectiologie, dans un entretien publié hier par Reporters, ajoutant que la véritable problématique de la propagation d’Omicron est «cette pression importante au niveau des Urgences», et redoutant «l’impact important sur le système de santé d’autant plus que le pic n’est pas encore atteint».
La même appréhension se dégage au niveau d’un autre établissement de santé à Blida, à l’hôpital Brahim-Tirichine (ex-Faubourg), où le Pr Yacine Kheloui, chef de service pneumologie, a fait état d’un «débordement» des services dédiés à la prise en charge des personnes atteintes par la Covid19. «On a pris la décision d’ouvrir le maximum de structures pour accueillir le flux de malades Covid qui ne cesse d’augmenter», a-t-il affirmé sur les ondes de la Radio Chaine 3. Cette flambée des cas est «due essentiellement à la propagation du variant Omicron», a expliqué, pour sa part, Merzouk Ghernaouat, chef de service pneumologie au CHU de Beni Messous (Alger) à la même source.
Au niveau du CHU Mustapha-Bacha, le Pr Rachid Benhadj a également tiré la sonnette d’alarme il y a quelques jours, révélant que cet hôpital enregistre «5 à 7 décès par jour» et que «de nombreux cas graves parmi les personnes non vaccinées sont traités dans les services de réanimation».
La vaccination revient dans chacune des déclarations des professionnels de la santé qui continuent d’expliquer que c’est «le seul moyen» disponible pour affronter la pandémie de Covid-19, notamment en cette vague dominée par l’Omicron, dont la forte propagation a non seulement provoqué une ascension fulgurante des cas, mais saturé les hôpitaux et les services de réanimation, sans oublier les décès quotidiens. Cette hausse pourrait-elle alors être le déclic qui aidera à booster la vaccination et à faire augmenter le taux national d’un peu plus de 30% seulement ? Les prochains jours le diront. Mais pour l’heure, il semble que «la bonne formule qui inciterait la population à aller se faire vacciner en masse n’est pas encore trouvée, alors que seule la vaccination peut les protéger contre les formes graves de la maladie de Covid-19 et ses variants», de l’aveu du Pr Ryad Mehyaoui, membre du Comité scientifique de suivi de la pandémie de Covid-19.

Le nombre de vaccinés toujours bas
Après avoir affirmé, à son tour, que c’est l’Omicron qui prédomine en cette 4e vague, il a donné, hier, les derniers chiffres de la vaccination, indiquant que l’Algérie compte «plus de 6,7 millions de personnes ayant reçu deux doses de l’anticoronavirus», tandis que «7,5 millions d’autres ont reçu la première dose», tout en espérant que la fermeture des établissements scolaires pour dix jours et le lancement de la quatrième campagne de vaccination au profit des enseignants et employés ait un résultat satisfaisant comparativement aux précédentes.
Le membre du Comité scientifique a, par ailleurs, soutenu que «les chiffres actuels sur les hausse des cas Covid sont préoccupants», cela d’autant que «l’Omicron se transmet 70 fois plus que le Delta et a une grande capacité de s’introduire dans l’appareil respiratoire». Selon le Pr Mehyaoui, en dépit de l’inquiétude que cause le nouveau variant, il demeure que «ses symptômes sont légers par rapport au Delta». Mais cela ne veut pas dire qu’il faille céder au relâchement, a-t-il souligné, tout en rappelant la nécessité de respecter les gestes barrières et autres mesures de prévention. Mais, a-t-il insisté, «il faut se faire vacciner, car les malades qui sont dans un état grave et ceux qui décèdent ceux dans leur écrasante majorité les personnes non vaccinées».
Pour sa part, le Pr Idir Bitam, spécialiste en maladies transmissibles et pathologies tropicales, a mis en garde contre le fait qu’une personne puisse attraper les «deux virus en même temps, le Delta et l’Omicron» et appelé également à la vaccination, estimant que le pic de cette vague serait atteint la fin du mois en cours ou durant les deux premières semaines de février. Un autre praticien, Djamel Zoughaileche, spécialiste au service d’épidémiologie et de médecine préventive au CHU Benbadis à Constantine, a précisé que «si le porteur du variant Delta contamine environ 6 personnes, le malade atteint d’Omicron peut contaminer entre 8 et 10 personnes». Pour lui aussi, la vaccination «doit d’abord cibler les catégories vulnérables, à savoir les personnes âgées et les malades chroniques, ou encore les personnels des secteurs les plus exposés au risque, et à leur tête celui de la Santé».