La journée d’hier marquait exactement le quinzième jour depuis le pic enregistré en matière de contaminations au coronavirus (Covid-19). Le 25 janvier, l’Algérie avait recensé 2521 cas confirmés en vingt-quatre heures. Ce chiffre a commencé à baisser le lendemain jusqu’à atteindre 378 cas dimanche dernier, soit treize jours plus tard. Mais les contaminations ont repris leur hausse, passant à 502 cas confirmés lundi et à 610 cas avant-hier mardi.

PAR INES DALI
Le nombre d’infections au Covid-19 est, certes, bien loin du pic du 25 janvier, ce qui a permis de baisser la pression sur les hôpitaux qui ont pu reprendre les activités suspendues momentanément au plus haut de cette quatrième vague, ainsi qu’aux équipes des soignants ayant assuré le service pendant cette période de reprendre leur souffle après le retour au travail de leurs collègues infectés par le virus. Mais cela ne pourrait nullement être assimilé à une victoire lorsqu’on sait que le variant Omicron continue de circuler et représente quasiment la totalité des infections (95%). Même s’il est présenté moins dangereux que le Delta, il se propage à une vitesse exponentielle et pourrait, donc, infecter ou «réinfecter» – les spécialistes parlent d’une possible réinfection – un plus grand nombre. C’est ce qui pousse les professionnels de la santé à alerter sur les chiffres trompe-l’œil même si, d’une manière générale, ces chiffres reflètent la situation d’une tendance baissière réelle. En outre, les décès restent importants, autour de dix par jour, parfois un peu plus et parfois un peu moins.
Pour l’heure, la situation épidémiologique est stable mais il ne faut pas occulter que les services hospitaliers continuent de recevoir des consultants pour Covid, d’hospitaliser des malades et de mettre d’autres sous réanimation artificielle. C’est ce qu’indique le Pr Réda Malek Hamidi, chef de service réanimation au Centre hospitalo-universitaire (CHU) de Béni Messous (Alger). «Tous les indicateurs sont au vert puisque la situation semble se stabiliser et la dynamique de l’épidémie de Covid-19 est à la baisse. Cela veut dire qu’il y a moins de tension sur les hôpitaux et moins de malades en réanimation», a-t-il déclaré. Il ajoutera, toutefois, que «nous avons peut-être gagné la bataille mais surtout pas la guerre». C’est pourquoi, selon lui, «nous devons faire très attention par rapport à ce maudit virus qui n’arrête pas de surprendre avec ses nouveaux variants».
C’est ainsi, qu’il revient sur la vigilance qui ne doit pas faiblir, affirmant que «nous devons continuer à respecter les mesures barrières, notamment le port du masque, et surtout aller à la vaccination, c’est le meilleur moment». Cette situation d’accalmie devrait, selon lui, pousser les gens à aller se faire vacciner, car c’est en temps d’accalmie qu’il est recommandé de le faire.
C’est un avis que partage entièrement le Pr Réda Djidjik, chef de service immunologie au même CHU. «La situation épidémiologique est rassurante. Nous avons entamé la décrue de cette quatrième vague», mais «il faut rester prudent : on peut avoir des phénomènes rebonds, des redémarrages à la hausse ou une stabilisation des cas», a-t-il affirmé, tout en recommandant la prudence par le respect des gestes barrières et «surtout la vaccination».
Ce serait donc faire preuve d’un trop plein d’optimisme que de croire à un éloignement de l’épidémie. Les professionnels de la santé ne cessent d’émettre cette mise en garde, expliquant que le Covid-19 a démontré, à travers les différentes vagues qu’il a fait vivre à tous les pays du monde, sa capacité à surprendre. Et s’ils insistent sur la vaccination, c’est qu’ils ont pu constater qu’elle a pu réduire la gravité de la maladie chez les sujets atteints. Sur 5000 malades hospitalisés dans les hôpitaux du pays, a indiqué le Pr Djidjik, pratiquement 80% n’étaient pas vaccinés, 100% des intubés n’étaient pas vaccinés et 96% des décédés ne l’étaient pas non plus. D’où «l’intérêt de la vaccination contre le Covid-19», a-t-il affirmé, comme bon nombre de ses confrères. D’ailleurs, les pays qui ont un fort taux de vaccination ont pu passer le cap de la vague Omicron sans trop de dégâts et sont en train de lever les mesures de restriction.

500.000 morts dans le monde depuis l’Omicron
L’Algérie n’arrive toujours pas à faire décoller la vaccination qui s’est cantonnée à un taux très faible, dépassant à peine 32%. Le constat que la vaccination a sauvé des vies n’est pas seulement fait en Algérie, mais d’abord dans les autres pays du monde qui ont relevé le même taux de non-vaccinés pour les décès. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a, quant à elle, déploré qu’il y ait eu un demi-million de morts dus au Covid depuis la découverte du variant Omicron bien que des vaccins existent, qualifiant ce bilan de «plus que tragique».
«Alors que tout le monde disait que le variant Omicron était plus bénin, on est passé à côté du fait qu’un demi-million de personnes sont mortes depuis qu’il a été détecté», a déclaré le gestionnaire des incidents de l’OMS, Abdi Mahamud.
«A l’ère des vaccins efficaces, un demi-million de personnes qui meurent, c’est vraiment quelque chose (…) C’est plus que tragique», a-t-il ajouté, cité par l’AFP. 130 millions de cas confirmés et 500.000 décès ont été enregistrés dans le monde depuis qu’Omicron a été jugé «préoccupant» par l’OMS fin novembre, selon ce responsable.
Le nombre de cas d’Omicron est «stupéfiant», «les pics précédents paraissent presque plats», alors même que le nombre réel de cas et de décès serait bien plus élevé que celui officiel, a commenté une autre responsable de l’OMS, Maria Van Kerkhove.
«Nous sommes encore au milieu de cette pandémie. J’espère que nous nous rapprochons de sa fin» mais «de nombreux pays n’ont pas encore dépassé leur pic d’Omicron» et «ce virus continue d’être dangereux», a-t-elle averti.