« La place du personnage féminin dans le roman africain» est la thématique centrale de la rencontre animée, vendredi dernier, par  Marie-Julie Nguetsé,  Maysa Bey, Ousmane Diarra, Sami Tchak, Anouar Ben Malek, Ismaïla Samba Traoré des Editions la Sahélienne, dans le cadre des cycles de conférences organisée, par l’Onda (Office national des droits d’auteur) en marge de la 4ème édition du Salon international de la créativité au palais de la culture.

Le romancier et conteur malien Ousmane Diarra, est remonté  au XIIIe siècle, pour parler de l’ancrage du personnage féminin  à travers l’épopée de Soundiata Keita un poème épique en langue mandingue, relatant la fondation de l’Empire du Mali par le roi Soundiata Keïta au XIIIe siècle. Fondée sur une base historique à laquelle elle ajoute des éléments merveilleux, l’épopée a été transmise par tradition orale. Le romancier affirme que le personnage du roi Soundiata Keita est en réalité une femme, lorsque, on analyse le texte de l’épopée, il assure qu’il avait publié un article  à ce propos  et personne n’avait pu le contredire et a même été félicité par de hautes personnalités politiques.
Dans le même sillage de  l’ancrage  du personnage féminin dans la construction du récit africain, Ismaïla Samba Traoré souligne  que même au XIXe siècle , le personnage de la mère  ou de la sœur tient un rôle essentiel dans la construction des contes et des imaginaires, soulignant qu’« il y a toujours  une dame au centre du récit fondateurs et dans la mémoire collective ».  Il ajoute que plus tard  dans les histoires politiques de la région sahélienne, il y a eu un phénomène  assez important, qui est que dans  toutes les luttes menées  pour les indépendances, la clef des mobilisations de ces mouvements était toujours une femme. D’autres part  lorsque les  indépendances ont été acquises, les femmes étaient toujours au premier plan de la vie politique.   Plus tard avec l’explosion de l’écriture féminine,  des années 2000 , à nos jours, les femmes ont pris le relais dans la construction du récit en posant des  préoccupations d’une manière plus spécifique  à l’instar de   la dénonciation de l’excision ou  de la polygamie. Pour sa part, la romancière et poétesse Marie-Julie Ngutesé  estime que la femme est la mieux placée pour parler de la femme et des maux de la femme. Ainsi  dans son écriture les personnages féminins sont des personnages de revendications a l’instar de son dernier roman «Pour toi je porterais le voile « Le personnage est un personnage de revendication Elle précise à ce sujet « Dans ce roman je suis entrée dans le fondement de la société traditionnelle africaine  afin de montrer le rôle  crucial de la femme. Dans un autre roman, je démontre comment les grands hommes ont été faits par des femmes que l’on a condamnées à rester dans  l’ombre. Cet homme   a trouvé  une femme qui va lui inspirer des conseils cruciaux. A travers l’écriture de ce roman, j’ai voulu montrer que  sans la femme l’homme ne peut pas voler si haut. »

Déconstruction du personnage féminin sacré
La romancière Mayssa Bey précise au présents  que « quand on parle de l’écriture masculine des personnages féminins, c’est tout naturellement que l’on pense à ce personnage féminin qui a marqué la littérature algérienne et qui la marquera à jamais, celui de  Nedjma de Kateb Yacine » en confiant que cette étoile a marqué  profondément sa relation à l’écriture.  Ensuite il y a eu Rachid Boujedra, qui dans un roman «flamboyant et extraordinaire» : «Le journal d’une femme insomniaque» raconte «la vie   d’une femme de l’intérieur. Ce qui est une performance extraordinaire dans la dissection de l’intérieur de la féminité. Un texte qui m’a éblouie » confie l’écrivaine algérienne. Elle citera également, la trilogie de Mohamed Dib et de Feraoun  où la mère est au centre de l’œuvre. Mayssa Bey mettra toutefois en exergue le fait que l’on parle souvent de « père fondateur de la littérature algérienne  mais jamais de mère fondatrice de la littérature algérienne».  Car il y a eu des femmes qui se sont emparées des personnages féminin dont la plus grande est  Assia Djebbbar « oser dire « je »  dans une société comme la  nôtre une très grande avancée dans la littérature algérienne; c’est elle qui m’a ouvert le chemin de l’écriture. Toutefois la romancière algérienne se désole aujourd’hui  que  « les critiques considèrent qu’une femme ne peut écrire que pour dénoncer. On ne dis pas qu’une femme  raconte , qu’ une femme essaye de partager aussi bien la violence que l’espoir » elle conclut à ce sujet   que   lorsque qu’ « on  réalisera que les femmes peuvent  raconter , dire  leur propre réalité de la société, leurs sentiments et  leurs vissons,  je pense que l’on aura gagné »  Pour sa part, Sami Tchak ,  considère que la plus grande erreur  est de considéra qu’il n’y a que les femmes qui peuvent parler des femmes. Il s’agit avant tout d’avoir le talent d’écriture d’exprimer l’intériorité d’une femme, qui est une variante construite d’une manière différente de notre condition humaine  qui nous renvoie   à notre intériorité de façon  saisissante.
 Il estime que «  s’il est si délicat d’aborder cette question-là du personnage féminin  c’est que la littérature a d’abord été une construction littéraire  masculine.
Quand les femmes ont commencé à écrire,  il leur a fallu s’affirmer comme étant  capable  de parler d’elles-mêmes et de la société»  Sami Tchak précise que le point commun dans cette affirmation,  c’est que les femmes ont dû déconstruire les carcans construits autour des personnages féminins  qui sont souvent idéalisé dans le personnage respectable de la mère  ou femme de lutte soit  une vision réductrice de la projection masculine sur le corps de la femme.   Il conclut que « La femme est un sujet tellement complexe, que c’est un sujet  sur lesquel tous les écrivains peuvent écrire,  pour peu qu’ils aient les capacités et le talent de montrer une part assez profonde de nous-mêmes,  en tant qu’individus et humains, car les femmes  mènent  tellement de grands  combats ».