Par Sihem Bounabi
La 4e édition Ali-Boudoukha s’est déroulée samedi en fin de journée par la remise des prix aux lauréats avec la particularité que le jury a décidé de ne pouvoir récompenser la catégorie «Article d’Investigation», en raison du «flux en baisse des enquêtes de presse obéissant à ses critères».
C’est ainsi que Lotfi Madani, le président du jury, a demandé de reformuler les critères du Prix du journalisme d’investigation afin de le décerner à un journaliste qui se serait «personnellement» impliqué pour faire «éclater la vérité et défendre la liberté du journalisme». Raison pour laquelle le jury a remis la main à l’organisateur, le journal électronique Maghreb Emergent, pour délivrer le palmarès 2021 avec comme nouveauté l’instauration du Prix du meilleur lanceur d’alerte.
Ainsi, le Premier prix dans la catégorie «enquête de presse» a été décerné à Saïd Oussad, journaliste au quotidien Liberté, pour ses articles et reportages sur les harragas. Lors de la réception du prix, le journaliste est revenu sur le phénomène affirmant qu’«il faut continuer de parler de ces jeunes et ne pas les oublier, ce sont les enfants de l’Algérie». Se désolant de la mort en mer de ces jeunes harraga dans «l’indifférence totale», il espère que ce prix va encourager d’autres journalistes à approfondir le sujet de l’émigration clandestine des Algériens et «alerter sur les raisons de leur désespoir».
Un prix spécial a été décerné à la journaliste Samira Mouaki pour ses nombreux reportages sur le terrain, que cela soit en Irak, au Mali ou en Libye.
La lauréate, qui a survécu à une balle dans la tempe lors de sa couverture de la guerre en irak, était très émue : «Le véritable journalisme est le journalisme de terrain où le journaliste met en danger sa vie pour le devoir de la vérité, malgré toutes les conséquences que cela peut engendrer», a-t-elle confié. Pour ce qui est de la nouvelle catégorie «lanceurs d’alerte», les organisateurs ont souligné à ce propos que «les réseaux sociaux ont pris une grande importance dans la divulgation des premières informations». Ainsi, le Premier prix de lanceur d’alerte a été décerné à Noureddine Tounsi, qui a dénoncé la corruption au port d’Oran. Emprisonné durant une année, il a été libéré le 23 septembre 2021. Très touché par le prix, Noureddine Tounsi, ancien cadre au port d’Oran, a dénoncé «l’injustice» qu’il a subie pour avoir dénoncé «les magouilles et la corruption» au port d’Oran qui sont un «véritable crime contre l’Algérie». Le deuxième prix de lanceur d’Alerte a été décerné à Zaki Hannachi pour son grand «travail de collecte d’informations» au bénéfice des familles de détenus du hirak, des avocats et de la presse.
Le lauréat confie : «C’est pour moi une manière de militer en continuant à alerter sur le nombre de détenus d’opinion. Il ne faut pas les oublier et continuer de militer chacun à sa manière malgré les intimidations et les pressions».
Une dotation de 500 000 dinars a été partagée entre les quatre lauréats, même si la campagne de levée de fonds se poursuit toujours sur la plateforme Kisskissbankbank pour les 20 prochains jours.
Notons que le jury a recommandé à l’organisateur du prix d’engager une réflexion pour réformer le prix biennal pour sa prochaine édition en 2023 afin de faire face au tarissement des travaux d’investigation dans les médias algériens.
Pour rappel, lors de la précédente édition, en 2019, le Prix Ali-Boudoukha a été attribué au journaliste Lyas Hallas pour sa série d’articles d’investigations en rapport avec le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ).