Le ministre de la Culture Azzeddine Mihoubi a réuni, hier, au Palais de la culture Moufdi-Zakaria l’ensemble des directeurs de ces institutions théâtrales pour tenter d’apporter des réponses aux problèmes et d’apaiser les tensions, notamment après la réduction du budget de fonctionnement des théâtres de 50%.


Les responsables des dix-huit théâtres régionaux ont répondu présents à cette rencontre très attendue pour faire part des obstacles auxquels ils font face et la difficulté actuelle de jongler avec les salaires des travailleurs et la production théâtrale aujourd’hui au point zéro avec un budget réduit.
Le cas du Théâtre régional de Béjaïa est le plus éloquent. Le TRB emploie aujourd’hui une soixantaine de travailleurs qui n’ont pas touché leurs salaires depuis déjà trois mois alors que 25 contractuels sont menacés de se retrouver au chômage d’ici à la fin du mois. « Notre situation est très particulière car, quand je suis arrivé au poste de directeur il y a six mois, je me suis retrouvé face à des dettes estimées à plus de 4 milliards de dinars entre la sécurité sociale et les différents fournisseurs. Nous avons payé l’assurance au risque de voir nos comptes gelés, mais cela nous a coûté trois mois de salaire », a fait savoir le directeur du TRB, Sofiane Boukemouche. Tout en ajoutant : « J’ai tenté de trouver des solutions en louant les deux salles dont dispose le TRB mais aussi la terrasse pour les opérateurs de téléphonie mobile ainsi que notre studio d’enregistrement mais cela n’est pas suffisant. »

L’ONDA tend la main  au TR Béjaïa
Pour sa part, le ministre a rejeté la responsabilité de son département en ce qui concerne la gestion des salaires en affirmant que cela n’est pas de son ressort. « Le budget alloué aux théâtres est d’abord destiné à la production », a affirmé le ministre. Néanmoins, il a reconnu les efforts entrepris par la nouvelle direction du TRB et a tenu à rassurer ses employés en promettant de régler la situation car « des accords vont être signés avec d’autres institutions relevant du secteur de la culture pour parrainer certaines œuvres théâtrales de Béjaïa afin de les aider à remonter la pente, à l’image de l’Office national des droits d’auteur et droits voisins (ONDA), qui va sponsoriser quelques productions, mais cela n’exclut pas la nécessité d’aller vers d’autres sources de financement ultérieurement. Ceci est valable pour l’ensemble des théâtres régionaux », a affirmé Mihoubi.

Un nouveau cahier des charges pour la gestion des théâtres

En plus de préconiser aux directeurs de théâtre d’aller vers le sponsoring, le ministre a annoncé une réforme globale dans la gestion de ces institutions qui, selon ses propos, doivent vêtir un caractère commercial. « Nous avons longuement étudié et évalué les différents aspects du théâtre algérien tels que le financement, la distribution, la formation et les contenus. Et ce que nous avons constaté est que chaque directeur gère son établissement à sa manière.
Cela est fini », a déclaré Mihoubi. Avant d’ajouter : « Nous avons décidé de créer des groupes de travail pour trouver des solutions et fixer des barèmes de paiement ainsi que la gestion des théâtres qui sera unifié. Il s’agira aussi de restructurer les établissements, car nous n’avons plus besoin d’un grand nombre de travailleurs pour assurer leur bon fonctionnement », a-t-il fait savoir, en citant l’exemple de la Directrice du Théâtre régional de Mostaganem, qui a décidé de ne pas recruter de comédiens ou de metteurs en scène comme salariés mais en qualité de collaborateurs suivant un cahier des charges. « Il faut penser à élaborer un cahier des charges qui définit la relation de travail entre le théâtre et les artistes. On ne paie pas selon son budget, mais selon un barème unifié. Il y a des expériences qui ont réussi et cela devrait se généraliser », a fait savoir Mihoubi. D’après le ministre, le secteur du quatrième art souffre de l’absence de lois qui le régulent. « D’ici quatre semaines, nous allons présenter notre projet de réforme qui inclut aussi des lois qui permettront de mieux gérer les théâtres et d’optimiser leur rendement », a fait savoir le ministre.

Vers la fin  de l’assistanat
Par ailleurs, d’autres directeurs de théâtre régional n’ont pas manqué de parler de leurs préoccupations, à l’image de celui de Mascara qui fonctionne, depuis 2014, avec un budget réduit à 75%. « Pour l’instant, nous n’avons pas de soucis pour les salaires, mais le problème réside dans la livraison du théâtre régional dont les travaux de rénovation sont achevés, mais ce dernier n’est toujours pas équipé », a-t-il fait savoir. Pour sa part, la directrice du Théâtre régional de Mostaganem a exprimé sa difficulté à rentabiliser les dépenses de son établissement. « J’ai tenté de louer la caféteria à un opérateur privé mais les services des domaines m’ont affirmé que le prix ne pouvait dépasser les 30 000 DA/mois, ce qui est complètement dérisoire », a-t-elle déclaré. A ce propos, le ministre a affirmé que les directeurs de théâtre peuvent louer les espaces à leur guise et leur a donné instruction d’aller à la chasse d’investisseurs pour assurer les jours à venir. n