Le 4e art de la wilaya de Mostaganem s’est, en dépit de la pandémie, distingué à la dernière édition du festival national du théâtre professionnel (FNTP) d’Alger, qui s ‘est tenu du 11 au 21 mars courant en remportant, avec sa dernière création «Khatini», le grand prix du festival, celui de la meilleure scénographie et de la meilleure interprétation masculine. Cette triple consécration non des moindres, a coïncidé avec la journée mondiale du théâtre, célébrée le 27 mars de chaque année. Les spécialistes du 4e art et les critiques considèrent que ce triple succès traduit la montée en force du mouvement culturel en général et théâtral en particulier dans la ville de Mostaganem, où l’activité du 4e art est bien ancrée et consacre une longue tradition et un passé glorieux incontestable. Le théâtre régional de Mostaganem «Djilali Benabdelhalim» (TRM), qui a ouvert ses portes en 2016, a gagné une place non négligeable dans le paysage culturel local. Il est devenu l’une des institutions permettant aux jeunes artistes et créateurs d’exprimer tout leur talent et de perpétuer la voie tracée par leurs ainés de la trempe des défunts Ould Abdelkader Kaki et Djilali Benabdelhalim. En dépit des restrictions et de la suspension de toutes les activités culturelles imposées par la pandémie du Coronavirus, l’établissement mostaganémois a organisé récemment, «les journées du théâtre pour enfant», manifestation coïncidant avec les vacances scolaires du printemps. Les journées ont connu un franc succès auprès des enfants, venus en grand nombre suivre dans la liesse les 5 pièces programmées à cette occasion. La directrice du théâtre de Mostaganem, Nabila Mohamedi, a rappelé que son établissement porte le nom d’une des figures les plus marquantes du 4e art et l’un des fondateurs du Festival national du théâtre amateur, la plus ancienne manifestation dédiée à l’art des planches à l’échelle arabe et africaine.
Le public est notre meilleure récompense
La directrice a souligné que le TRM s’est déjà distingué, ces dernières années, en remportant cinq prix lors des différents festivals nationaux. La dernière distinction a été pour la pièce «Khatini», mise en scène par Ahmed Rezzak qui a remporté le «Grand Prix» du Festival national du théâtre professionnel (FNTP), dont la 14ème édition s’est déroulée du 11 au 21 mars 2021 à Alger. La même pièce a décroché, lors de la même manifestation, le prix de la meilleure scénographie, alors que l’un des comédiens principaux de la pièce, Bouhdjer Boutechiche, a été gratifié du prix de la Meilleure interprétation masculine. du TRM ne se laisse pas griser par ces succès. Elle dit: «la véritable récompense à nos efforts est celle du public qui demeure fidèle à cet art et avide de suivre nos représentations et nos créations». Elle a encore estimé que l’intérêt que portent les spectateurs au 4e art est autant de signes d’encouragement et de marques de fidélité qui poussent les artistes et les créateurs à donner le meilleur d’eux-mêmes. Le TRM ambitionne de créer une école des arts dramatiques qui organisera différents ateliers de formation dans diverses spécialités. Ce projet n’a pu voir le jour faute de moyens de financements, a-t-elle ajouté. Pour sa part, le Commissaire du Festival national du théâtre amateur (FNTA), Mohamed Nouari, a souligné la nécessité d’accorder un intérêt particulier à la formation des jeunes artistes et d’encourager la création de troupes du théâtre amateur et multiplier leur nombre dans toutes les wilayas du pays. Mohamed Nouari a rappelé que le FNTA de Mostaganem, né en 1967, a organisé, pour la seule année 2020, quelque 28 sessions de formation au profit de jeunes comédiens, en dépit de la crise sanitaire qui a eu pour conséquence l’annulation de la 53e édition du FNTA.
Priorité à la formation et la numérisation
«Le Commissariat du festival œuvre à former de jeunes artistes en fonction des demandes exprimées et tout lieu, comme il déploie des efforts pour établir des passerelles entre l’université et le mouvement théâtrale et tirer profit des expériences menées à travers le monde», a-t-il indiqué. L’expérience arabe dans le domaine de la numérisation intéresse particulièrement le Commissariat qui ambitionne de numériser les archives du mouvement du théâtre amateur durant la période allant de 1967 à 2020. Comme ce fut le cas dans toutes les régions du pays, le théâtre est né il y a un siècle et irrigué par les sentiments de nationalisme et de patriotisme. Il a été à Mostaganem un moyen de mobilisation des masses autour de la question nationale et un moyen pour faire connaître l’identité et la culture nationales pour contrecarrer les tentatives d’aliénation et de déculturation menées par la France coloniale. A Mostaganem, des pionniers du 4e art, comme Ould Abderrahmane Kaki et Si Djilali ont recouru aux modes d’expression traditionnelles comme «El Halqa», «El Fordja» et «El Wâada», pour se rapprocher du public et servir la cause nationale, celle de l’indépendance et la libération du pays du joug colonial. Au lendemain du recouvrement de l’indépendance nationale, le théâtre s’est investi d’une double mission sociale et éducative comme il a été un creuset de militantisme culturel pour aller au diapason des transformations que connaît le pays à tous les niveaux. Le TRM est le premier établissement théâtral réalisé depuis l’indépendance du pays. A Mostaganem, de dizaines de troupes y ont vu le jour. Le festival national des arts dramatiques a été transformé, en 1967, en festival national de théâtre amateur, aujourd’hui plus que cinquantenaire. Il a également abrité, en 2019, la manifestation «Mostaganem, capitale du théâtre». Actuellement, l’équipe du TRM ambitionne de produire un travail dédié au poète Sidi Lakhdar Belkhelou, comme il prévoit de faire sortir le théâtre dans la rue pour aller vers le large public et toucher une grande frange de la population locale.(APS)