La nationalisation des hydrocarbures opérée en 1971 a permis à l’Algérie de reprendre le contrôle de ses ressources naturelles et de récupérer sa manne pétrolière.


Pour autant, l’objectif assigné à la nationalisation, celui de faire de la rente pétrolière un levier stratégique puissant pour mettre en place une économie diversifiée, n’a pas été atteint. Ainsi, 46 ans après la nationalisation, l’Algérie est toujours un pays monoexportateur. Et 46 ans après, la question du développement économique en dehors des hydrocarbures se pose toujours, a fortiori dans le contexte actuel marqué par l’amenuisement des ressources de l’Etat et de l’érosion du pouvoir d’achat des ménages. Au creux de la vague, le pays remonte le temps, à l’occasion de la célébration du 46e anniversaire de la nationalisation, et fait le bilan de 46 ans de nationalisation. Et, toutes proportions gardées, le bilan fait apparaitre plus de bas que de haut. La compagnie pétrolière, Sonatrach, a certes réussi à prendre en main la situation, après le départ des étrangers, au lendemain de la nationalisation des hydrocarbures, de mener une multitude de projets dans le secteur pétrolier. Mais, elle n’est pas encore arrivée à fonctionner au mieux de ses capacités, et à faire jeu égal avec les compagnies pétrolières étrangères, sur le terrain de la concurrence. La compagnie nationale a pompé énormément de brut depuis la nationalisation. Selon des estimations établies par Nordine Ait Laoussine, ancien ministre de l’Energie, notre pays a produit (depuis l’Indépendance), 18 milliards de barils de pétrole brut (soit 2.3 milliards de tonnes), 9 milliards de barils de condensats et GPL (soit 800 millions de tonnes), et près de 3 000 milliards de m3 de gaz naturel, dont la moitié a été exportée. L’ex-ministre avait inséré ces données et autres dans une longue communication qu’il a présentée à l’Ecole supérieure de Commerce d’Alger, en 2016. Nordine Aït Laoussine a également expliqué que l’Algérie a obtenu les meilleurs prix pour l’exportation des produits grâce, notamment, à son militantisme sans relâche au sein de l’Opep. Avec l’augmentation des prix sur le marché international, les revenus pétroliers annuels ont été multipliés par quinze par rapport à la moyenne de la première décennie de notre indépendance. Ils se sont élevés à un montant cumulé de l’ordre de 1000 milliards de dollars. Le flux financiers était ainsi là. Mais, le pays n’a pas su en tirer profit. Et à ce jour, il n’a pas pu pleinement réformer son environnement des affaires, restructurer son économie, dans le but de se libérer de l’addiction pétrolière. En crise aujourd’hui, avec des coupes drastiques dans les dépenses publiques, notamment, le pays change de vision et voit désormais sur le long terme, car un des objectifs de la nationalisation, celui de générer les revenus nécessaires au financement, tant des infrastructures publiques, pour assurer le progrès social, que des investissements productifs pour créer une économie suffisamment diversifiée capable de prospérer par elle-même dans «l’après-pétrole» a été rattrapé par la crise. Nordine Ait Laoussine, qui connait le secteur pétrolier pour y avoir travaillé pendant de longues années, rappelle qu’en dépit des revenus considérables que nous avons accumulés, nous avons réalisé des performances décevantes en termes de croissance économique du secteur «hors hydrocarbures» malgré les nombreuses mesures d’incitation dont il a fait l’objet. L’expérience passée, ajoute-t-il, démontre, en effet, que ce secteur ne peut être déclenché par la seule abondance des ressources budgétaires. Il nécessite, selon lui, la présence concomitante d’un dispositif élaboré de telle sorte que le secteur pétrolier puisse jouer son rôle de levier. Ce sont les entreprises, soutenues par un encadrement de haut niveau et la recherche scientifique et technique, qui stimulent la croissance et créent des emplois, et non la fiscalité pétrolière.