Les cinq candidats à la présidentielle du 12 décembre ont poursuivi, pour la troisième journée consécutive, leurs tournées dans les wilayas pour expliquer leurs programmes et leur vision de sortie de crise. La plupart des meetings ont été animés dans un climat de tension, marqué la multiplication de tentatives d’empêchement menées par des manifestants du Hirak.

Le candidat Ali Benflis a appelé, hier, depuis El Oued, ses opposants et les réticents à l’élection « à une parole commune et au dialogue pour parvenir à une solution à la crise que traverse le pays ».
Animant un meeting populaire à la Maison de la culture Mohamed-El Amine-Lamoudi », M. Benflis a déclaré que l’Algérie « ne peut être édifiée par les injures mais en étant à l’écoute des autres ». Par ailleurs, il a présenté son programme d’urgence nationale visant « la modernisation politique et économique », lequel prévoit, dans son volet politique, « la protection de l’opposition et l’activation de son rôle, la consécration de la liberté de la presse publique et la libéralisation de la presse privée.
Ce programme s’articule également autour de « la consécration du principe de reddition des comptes » et l’édification d’une économie nationale reposant sur « un nouveau modèle ».
A noter que pendant qu’Ali Benflis prononçait son discours, des dizaines de manifestants scandaient à l’extérieur de la salle des slogans hostiles aux élections. L’un d’eux a même réussi à s’infiltrer dans la salle pour critiquer à voix haute Benflis. Des arrestations ont été signalées parmi les protestataires.
De son côté, le candidat Abdelmadjid Tebboune a promis, à Béchar, la révision de l’actuelle Constitution et de la loi électorale en vue de « codifier les revendications du Hirak populaire et outrepasser l’économie basée sur l’exclusion ». « Si je suis élu président de la République, je procéderais à la révision de la Constitution pour codifier les revendications du Hirak populaire, éviter l’autocratie et outrepasser l’économie basée sur l’exclusion d’une partie au détriment d’une autre », a déclaré Tebboune lors d’un meeting tenu à la Maison de la culture de la wilaya.
Le prétendant à la magistrature suprême promet également la révision de l’actuelle loi électorale pour
« donner une chance aux jeunes et lutter contre le phénomène de l’utilisation de l’argent pour influer sur le processus électoral ». En outre, le candidat à la présidentielle s’est engagé à « remettre le flambeau aux jeunes, tout en leur accordant des postes de responsabilités dans tous les secteurs politiques et économiques ».

Bengrina s’attaque à l’ancien régime
Dans son meeting dans la ville de Boumerdès, le candidat Abdelkader Bengrina est revenu longuement sur les pratiques de l’ancien régime. Il a affirmé dans ce cadre que l’ex-président de la République Abdelaziz Bouteflika a instruit un Premier ministre à dire oui à toutes les demandes formulées par l’ex-président français Nicolas Sarkozy. Il a aussi critiqué la politique sociale de l’ancien régime qui réprime les jeunes pour avoir installé une table pour vendre des articles scolaires et offre en parallèle des avantages « monstres » à celui qui a 6 000 milliards. Des avantages qui ne sont pas inscrits dans la loi de finances, déplore-t-il. A signaler que la visite de Bengrina à Boumerdès a été contestée par des dizaines d’habitants de la ville qui ont tenu un rassemblement à l’extérieur de la Maison de jeunes pour exprimer leur refus à la tenue de l’élection présidentielle du 12 décembre prochain. Les services de sécurité présents en force sur les lieux ont empêché les manifestants d’accéder à la salle. Comme à El Oued, des activistes locaux signalent des arrestations.
En visite dans la ville de Relizane, le candidat Abdelaziz Belaïd a lancé des signaux en direction des chômeurs et des femmes au foyer. Détaillant son programme, il a affirmé qu’une fois élu président de la République, il créera une allocation chômage pour les demandeurs d’emploi et une pension pour les femmes au foyer. Ces deux mesures participeront à l’instauration de la justice sociale, selon lui. Des tentatives de perturbation du meeting ont été également signalées.

Plusieurs tentatives de perturbation des meetings
Du passage dans la ville de Médéa, le candidat du Rassemblement national démocratique (RND) Azzedine Mihoubi s’est engagé pour sa part à revoir la structure de l’économie nationale en donnant davantage d’importance au secteur de l’agriculture. Il estime que ce dernier peut devenir une alternative aux hydrocarbures qui vont, un jour, finir, a-t-il averti.

Aucun incident, mais des petits grabuges, selon l’Anie
L’Autorité nationale indépendante des élections (Anie) n’a constaté aucun incident lors des meetings populaires animés par les candidats à l’élection présidentielle du 12 décembre prochain dans le cadre de la campagne électorale, a affirmé hier son responsable de la communication, Ali Draâ.
La campagne électorale, qui a démarré dimanche dernier, se déroule dans de « très bonnes conditions », a indiqué M. Draà à l’APS, précisant qu’aucun signe de violence n’a été exprimé à l’encontre des candidats ou des citoyens qui les soutiennent de la part des personnes qui rejettent le processus électoral. « Jusqu’à aujourd’hui, il n’y a pas eu d’actes de violence enregistrés contre les candidats. Les candidats ont été acceptés par les populations locales lors de leurs meetings » qu’ils ont animés dans différentes wilayas, a-t-il dit. M. Draâ a relevé toutefois quelques « petits grabuges » constatés ici et là qui « ne peuvent pas être qualifiés d’affrontements ni d’incidents », a-t-il assuré.
Il a, par ailleurs, ajouté que les candidats « respectent totalement » leur engagement pris en vertu de la Charte d’éthique des pratiques électorales, élaborée par l’Anie.