Le journaliste indépendant Lyas Hallas a remporté, hier, le Prix Ali-Bey-Boudoukha, destiné à récompenser les meilleurs articles d’investigation en Algérie, pour l’ensemble de ses enquêtes. Le lauréat de cette troisième édition du Prix Ali-Bey-Boudoukha a essentiellement réalisé des «enquêtes économiques» qui traitent de la corruption, la fraude, l’évasion fiscale et a, notamment, contribué à révéler l’implication de responsables algériens dans les fameuses affaires «Swisses Leaks» et «Panama Papers».

Le journaliste primé a commencé sa carrière en 2006 au Soir d’Algérie. Il a ensuite travaillé au quotidien Liberté et le site électronique «Maghreb Émergent». Depuis février 2019, il est journaliste indépendant et a notamment publié ses enquêtes sur des médias algériens mais aussi étrangers, notamment le Monde, «Mediapart», et le journal libanais en langue arabe Daradj. Lyas Halas confie à propos de sa démarche journalistique sur le site de «Radio M» que «l’enquête n’est pas un genre en soi mais une vocation. C’est un travail de longue haleine. Il faut être passionné pour réussir. Quand on réalise des enquêtes économiques, on trouve 90% de l’information dans des sources ouvertes. Beaucoup d’entreprises cotées en Bourse sont obligées de publier des rapports où on peut trouver des informations. Il y a également des appels d’offres qui contiennent des éléments d’informations. Il suffit de savoir donner du sens à ces éléments éparpillés». Lyas Halas explique également le manque d’enquête dans la presse algérienne par «une évolution négative de la presse algérienne» qui «a abandonné son rôle d’informer pour devenir une presse militante».
Le journaliste primé est également membre du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ). En 2017, il marquera une première dans l’histoire de la presse algérienne, en étant le premier journaliste algérien retenu parmi les lauréats du prestigieux prix international de presse, le très convoité «Pulitzer» attribué au Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ). Son nom a été cité parmi les dix enquêtes primées par le Pulitzer sur plus d’une centaine d’articles publiés à travers toute la presse mondiale par le consortium.

Une démarche citoyenne pour l’indépendance du prix
Notons que le prix Ali-Bey-Boudoukha est institué depuis 2013 par l’entreprise médiatique Interface Médias, qui édite les deux sites d’informations en ligne «Radio M Post» et «Maghreb Emergent» ainsi que le web radio «Radio M», en mémoire au défunt journaliste Ali Bey Boudoukha, membre fondateur de l’entreprise interface Médias.
Lors de la première édition de ce concours, le jury avait attribué trois prix d’encouragement aux journalistes Meziane Abane et Hacen Ouali d’El Watan Week-End et Mohamed Koursi d’El moudjahid. La deuxième édition en 2017 a récompensé le journaliste indépendant Tarik Hafid pour son enquête intitulée «Industrie de phosphate – un engagement de 15 milliards de dollars avec une entreprise fantôme», publié au Soir d’Algérie.
Les organisateurs avaient souligné dans un communiqué que «nous avons choisi de donner son nom au Prix du meilleur article d’investigation algérien parce que Ali Bey Boudoukha cherchait toujours à en savoir plus. Il a beaucoup travaillé dans les situations d’urgence avec l’intuition et l’énergie de l’enquêteur de presse. Ce prix est un hommage à son engagement professionnel exemplaire pour la vérité des faits et la liberté de l’information». Afin de financer cette 3e édition du prix, un appel avait été lancé, sur la plateforme de financement participatif, «Kisskissbankbank», pour la souscription de 5 000 euros qui correspond à la dotation des prix que recevra le lauréat. Les organisateurs du prix avaient confié à ce propos que «nous voulons que la récompense vienne de vous, lecteurs-citoyens sensibles à l’émergence d’une presse d’investigation en Algérie. Le recours au financement participatif est une manière d’assurer l’indépendance du prix et sa crédibilité». n