Les hommes du feu étaient mobilisés hier pour maitriser une trentaine de sinistres, 39 au total, dans les régions d’El Tarf, Skikda, Guelma, Jijel, Tipasa, Tizi-Ouzou et Souk Ahras où quatre départs de feu se sont déclarés entre le chef-lieu et commune de Zaârouria. Dans cette partie du pays, quatre personnes ont été brûlées à divers degrés et 38 autres souffrent de difficultés respiratoires. Les unités de la Protection civile ont procédé à l’évacuation des habitants incommodés par la fumée. Malheureusement, on déplore deux morts à Sétif. Les incendies de forêt à répétition incitent à se poser de sérieuses questions sur la protection d’un patrimoine forestier national menacé et qui, sous l’effet néfaste et local de l’homme et du réchauffement climatique global, rétrécit d’année en année.

Par : Nadir Kadi
La situation sur le front des incendies de forêt s’est rapidement détériorée dans la journée d’hier et notamment dans la wilaya d’El Tarf et Souk Ahras où de fortes chaleurs sont toujours signalées.
En effet, alors qu’un premier bilan, établi à 10 heures par la Protection civile, laissait entrevoir une situation relativement stable, avec 8 incendies « actifs » et 2 autres « sous surveillance » au niveau national, la Protection civile, citée par la presse, a fait savoir à 16 heures que pas moins de 39 incendies étaient enregistrés au niveau de 14 wilayas.
Les incendies ont plus particulièrement touché les régions de l’est du pays, et notamment les zones frontalières partiellement boisées. La même source a précisé que 16 incendies étaient survenus dans la seule wilaya de Tarf et 3 à Souk Ahras, les wilayas de Sétif, Guelma Skikda ou encore Tizi-Ouzou, Mila, Tipasa, Annaba, Constantine Bordj Bou-Arréridj et Jijel enregistrent également entre 1 et 2 incendies « actifs » ou « sous surveillance ». A Sétif, deux femmes, une mère de 58 ans et sa fille de 31 ans, sont mortes dans des incendies où le feu a atteint de nombreuses habitations dans des villages, selon la protection civile. Et dans cette logique, l’ensemble des moyens humains et matériels disponibles, notamment une colonne mobile de Batna, ou encore des hélicoptères de l’unité aérienne de la Protection civile, sont actuellement dirigés vers les zones les plus touchées à Tarf et Souk Ahras où des images impressionnantes montrent des habitants fuyant leurs maisons face aux flammes. Des hélicoptères bombardiers d’eau sont intervenus à plusieurs reprise. La Protection civile de cette wilaya aurait lancé un appel à l’ensemble de ses agents actifs ou « en congé », les invitant à rejoindre leurs postes dans les plus brefs délais. Quant au premier bilan de ces incendies, il est noté que 45 personnes ont été victimes de blessures légères, 4 autres ont été hospitalisées suite à des intoxications par la fumée et des malades sont évacués par ambulance. Et par « mesure de prévention », la wilaya de Tarf, plus précisément, la Direction chargée de la distribution de l’électricité et du gaz a également coupé plusieurs de ses réseaux. 13 750 abonnés situés dans une quinzaine de communes seraient concernés.
Par ailleurs, interrogé dans l’après-midi, l’un des porte-paroles de la Protection civile a précisé que l’objectif était pour le moment d’entraver la progression des flammes vers des zones habitées ; une situation qui laisse entrevoir la difficulté d’intervention d’autant que la multiplication des zones touchées, les températures et les vents favorisent pour le moment les départs de nouveaux incendies : « Nous sommes présent partout, sur tous les feux (…) L’objectif le plus important est d’éviter que les feux aillent vers les populations. » Les foyers les plus inquiétants seraient situés dans la région de Hammam Beni Salah où des flammes ont été signalées dès la journée de mardi, ou encore à Aïn el Casbah et Guergour.
Lutte contre les incendies de forêts qui devra visiblement rester l’une des priorités de la Protection civile durant les prochaines semaines, ou même prochains mois ; la situation en Algérie, bien que largement moins grave que lors de l’été 2021, fait également écho aux informations venues de l’étranger. En ce sens, l’AFP précisait hier, en citant des « données satellitaires compilées par le Global Forest Watch (GFW), le World Resources Institute (WRI) et l’université du Maryland » que les incendies détruisent désormais deux fois plus de couverture forestière dans le monde qu’au début du siècle, en grande majorité au sein de la forêt boréale. Et sans avancer sur les raisons, le rapport déclare sans plus de preuve scientifique qu’il s’agit « probablement » d’une conséquence du « changement climatique ». Les chiffres montraient toutefois que 70% des surfaces dévorées par les flammes en 20 ans concernent les forêts boréales situées en grande partie en Russie, au Canada et en Alaska. Plus d’un quart de la perte totale du couvert forestier depuis le début du siècle serait en ce sens causé par des incendies, le reste étant causé par la déforestation ou suite à des tempêtes et inondations (lire également en Page 16). <