En plus de la situation sanitaire dans le Continent, les travaux du Sommet panafricain restent dominés par la question de l’instabilité politique, des coups de force anticonstitutionnels dans quatre pays membres de l’UA, ainsi que par le controversé statut d’observateur accordé par la commission exécutive de l’Union à Israël.

PAR NAZIM BRAHIMI
En dépit d’un agenda chargé, les regards seront plutôt braqués vers le deuxième jour, ce dimanche, du Sommet de l’Union africaine (UA) dont les travaux ont débuté hier dans la capitale éthiopienne, Addis-Abeba.
Malgré des situations de graves crises politiques dans le continent, notamment avec les coups d’Etat ou de tentatives de putsch survenus ces dernières semaines, c’est le point relatif à l’octroi de statut d’observateur au sein de l’UA à l’entité sioniste qui constitue la focalisation de ce rendez-vous, sans oublier, contexte oblige, l’évolution et les conséquences de la pandémie de la Covid-19 sur les peuples d’Afrique.
La fin de ce sommet reste manifestement plus qu’attendue au vu de plusieurs indicateurs dont le discours d’ouverture de ses travaux par Moussa Faki, président de la Commission de l’UA, qui a défendu bec et ongles son choix d’accorder à Israël le statut d’observateur au sein de l’organisation panafricaine. Dans un discours ambivalent et empreint d’ambiguïté, M. Faki a appelé à «un débat serein» sur cette «question», assurant que «l’engagement de l’UA dans la quête d’indépendance des Palestiniens était immuable et ne peut que continuer à se renforcer», mais ajoutant que «l’accréditation d’Israël peut constituer un instrument au service de la paix».
La contradiction est plus que frappante dans le propos de M. Faki qui tient visiblement à parvenir à sa finalité, lui qui a déjà pris, en juillet 2021, la décision d’accueillir l’Etat hébreu en tant qu’observateur au sein de l’organisation panafricaine.
La démarche unilatérale et contradictoire aux fondements de l’UA avait suscité la désapprobation et l’indignation de nombreux pays du continent, dont l’Algérie, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra, qui avait déclaré que Faki «n’avait pas le droit de mettre en péril l’unité de l’organisation sur une question politiquement sensible sans le bénéfice de consultations préalables».
Le chef de la diplomatie algérienne avait soutenu qu’il s’agissait «d’Israël dont le comportement n’est pas conforme aux buts et principes de l’Union africaine», faisant remarquer, par la même occasion, «tous les pays arabes et africains membres de la Ligue arabe et de l’UA, de la Mauritanie jusqu’à l’Egypte, ont été contre l’octroi du statut d’observateur à Israël à l’exception du Royaume du Maroc qui a mené campagne en faveur de ce statut».
Pour leur part, l’Afrique du Sud et la Namibie ont estimé que «le fait d’accorder le statut d’observateur à une puissance occupante est contraire aux principes et objectifs de l’Acte constitutif de l’Union africaine». Pour de nombreux analystes, un vote sur cette question pourrait marquer une scission sans précédent dans l’histoire de l’organisation.
«Israël ne devrait jamais être récompensé»
Hier, à Addis Abeba, et dans un discours devant les dizaines de dirigeants africains réunis au siège de l’UA, le Premier ministre palestinien Mohammed Shtayyeh a demandé le retrait de l’accréditation accordée à l’Etat hébreu. «Israël ne devrait jamais être récompensé pour ses violations et pour le régime d’apartheid qu’il impose au peuple palestinien», a-t-il déclaré, ajoutant que «la situation du peuple palestinien n’est devenue que plus précaire».
Par ailleurs, et loin de ce point polémique relatif au statut d’observateur au sein de l’UA à l’Etat hébreu, le Sommet compte dans son tableau de bord «la vague funeste», selon les mots de M. Faki, de coups d’Etat sur le continent, le dernier au Burkina Faso il y a moins de deux semaines.
Quatre Etats membres, Burkina Faso, Mali, Guinée, Soudan, ont été suspendus par le Conseil de paix et de sécurité de l’UA depuis juin en raison de changements anticonstitutionnels de gouvernement. Mais l’UA est fortement critiquée pour son «manque de cohérence» notamment après n’avoir pas suspendu le Tchad, où un conseil militaire a pris le pouvoir après la mort du président Idriss Deby Itno en avril, soulignent des observateurs de l’actualité de l’organisation panafricaine. En ce qui concerne la succession des putschs en Afrique, le président sortant de l’UA et président de la République démocratique du Congo, Felix Antoine Tshisekedi, a appelé, hier, à assurer «l’opérationnalisation générale et totale» de la Force africaine en attente (FAA), en vue de consolider la paix et la sécurité dans le continent. Il a affirmé qu’il était «grand temps de consolider l’Architecture africaine de la paix et de la sécurité et d’assurer l’opérationnalisation générale et totale de la Force africaine en attente (FAA)», estimant qu’il était «impératif et vital de faire taire les armes sur notre continent» (…) et qu’il est «impérieux d’arriver à mettre en place un véritable état-major intégré». S’agissant de l’accession au pouvoir par des voies non constitutionnelles, le président sortant de l’UA a indiqué qu’il convenait de «rappeler avec insistance que l’Acte constitutif de l’UA, en son article 4, condamne et rejette les changements anticonstitutionnels de gouvernement». Pour lui, il devient «impératif de réfléchir et d’évaluer les principes, règles et mécanismes de notre Déclaration adoptée à Lomé en 2000 sur les changements anticonstitutionnels des pouvoirs». <