Le musicien français Manu Katché a animé un concert, jeudi passé, au 33e Fajr Music Festival de Téhéran. Un événement impensable, il y a quelques années, marquant ainsi un assouplissement du régime iranien dans le domaine musical.

Le batteur et compositeur Manu Katché qui est passé du Jazz à l’électro-soul avec un groupe réduit, a choisi l’Iran pour dévoiler son futur album. «J’ai fait beaucoup de jazz pendant plusieurs années et puis tout d’un coup, prenant de l’âge, j’ai juste eu envie de m’amuser un peu et je me suis dirigé vers ce que vous venez d’entendre et qui est en train d’être enregistré en studio » a lancé – en anglais – le musicien français au public, venu l’écouter jeudi soir au 33e Fajr Music Festival de Téhéran.
Pour ce concert unique, joué à guichet fermé au Vahdat Hall, Manu Katché présente le nouveau groupe qu’il forme avec le bassiste Jérôme Regard et le guitariste Patrick Manouguian : « The Scope ». Le programme de la soirée n’a été joué «nulle part ailleurs, c’est une grande première, donc ça va être intéressant», a confié Manu Katché dans un entretien accordé à l’AFP avant de monter sur scène. «Pour moi, c’est un vrai privilège parce que je ne suis pas certain qu’il y ait beaucoup de musiciens français qui soient venus ici jouer. J’espère que ça va monter, que la sauce va prendre et qu’il y aura un bel échange », dit-il.
La sauce prend rapidement, sous les portraits du fondateur de la République islamique, l’ayatollah Rouhollah Khomeiny, et de son successeur l’ayatollah Ali Khamenei, actuel guide suprême iranien, les quelque 750 spectateurs se laissent emporter par une musique entêtante, envoûtante, virant à l’électro-pop avec par moments des accents psychédéliques.
Impensable il y a quelques années, la venue d’un musicien comme Manu Katché à Téhéran est le signe d’une certaine ouverture entamée depuis l’élection en 2013 du président Hassan Rohani, conservateur modéré.
L’interdiction de la musique décrétée rapidement après la victoire de la révolution islamique de 1979 a été progressivement levée. Ce fut d’abord l’autorisation de la musique « révolutionnaire », qui permettait de galvaniser les combattants, pendant la guerre entre l’Irak et l’Iran (1980-1988). Puis l’accent fut mis sur la musique traditionnelle iranienne, la musique occidentale, qu’elle soit classique, pop, rock ou jazz, restant toujours interdite, jugée « décadente ».
Après l’ouverture du président Mohammad Khatami (1999-2005) annulée par le tournant ultraconservateur de son successeur Mahmoud Ahmadinejad, la promotion d’événements musicaux est plus facile depuis 2013, mais les restrictions restent nombreuses et tout concert reste soumis à une autorisation du ministère de la Culture et de la Guidance islamique. «Ce concert n’a pas dépassé les lignes rouges iraniennes et il a pu se tenir; c’était super et cela nous a beaucoup plu », dit Elnaz Ghajar, une spectatrice. Resté trop peu à son goût à Téhéran Manu Katché dit repartir avec le souvenir d’«une très, très belle lumière» et l’envie de revenir. « L’accueil était très chaleureux », a-t-il lancé au public, « je vais passer le message à l’étranger ».