Dans un contexte marqué par une pénurie de médicaments qui s’inscrit dans la durée depuis plusieurs mois, un mouvement de contestation a été lancé dimanche dernier par des pharmaciens adhérant au Syndicat national des pharmaciens d’officine (Snapo) de la région de Constantine, qui ont décidé de boycotter durant une journée les distributeurs en ne passant pas commande, souligne un communiqué du Snapo parvenu à la rédaction.

Suite au succès de ce mouvement de protestation, marqué avec l’adhésion de près de 70 % des officines constantinoises, il est annoncé que ce mouvement risque de s’étendre à tout le territoire national et sera reconduit une journée par semaine durant les prochaines semaines. Il est souligné à ce sujet dans le communiqué que «de nombreux pharmaciens appartenant aux autres régions ont salué l’initiative de leurs confrères et les appels se multiplient pour que cette action, qui a tout l’air d’une grève blanche, se généralise à tout le territoire national».
Cette action est venue selon les organisateurs «en protestation aux problèmes d’approvisionnement que connaissent les pharmaciens et aux multiples dérives constatées dans le secteur de la distribution : rétention des stocks, dissimulation des produits, ventes conditionnées, ventes concomitantes, ségrégation entre pharmaciens, pratiques anti-déontologiques», mais «surtout une expression de colère contre les ruptures», souligne le communiqué.
Ainsi, selon le Syndicat national des pharmaciens d’officine au 31 décembre 2020 pas moins de 335 spécialités de médicaments sont en rupture de stock.
Les conséquences directes de cette situation sont que depuis des semaines, «les pharmaciens d’officine vivent une situation insupportable, et que le marché du médicament n’arrête pas de se dégrader, surtout concernant la disponibilité des médicaments et l’approvisionnement des officines». Il souligne que «les pharmaciens sont, dans la plupart des cas, incapables de répondre à la détresse des malades face à ces ruptures récurrentes et dont la liste ne cesse de s’allonger», affirme le Snapo en se désolant du fait que «les pharmaciens sont dans la plupart des cas incapables de répondre à la détresse des malades face à ces ruptures récurrentes et dont la liste ne cesse de s’allonger».
Par ailleurs, le SNAPO rappelle que le décret portant organisation et fonctionnement des établissements pharmaceutiques a été présenté au gouvernement sans concertation avec les pharmaciens d’officine, notamment le Snapo, alors que ce texte était très attendu depuis des années.
Là où le bât blesse, souligne le Snapo, c’est que ce décret «ne comprend en son sein aucune disposition déontologique pour les établissements de distribution, ce qui donne au fonctionnement de ces entreprises un caractère purement commercial et lucratif».
Au fil des mois, de multiples raisons sont évoquées pour expliquer la problématique de la rupture de stock de médicaments. Parmi les raisons évoquées par le président de Snapo, Messaoud Belambri, «le manque de surveillance, de suivi, ainsi que de transparence en raison du manque de numérisation du secteur». Il avait ainsi appelé à la nécessité de la mise en place par les autorités concernées d’une cellule de vigilance pour mener «des enquêtes sur le terrain afin de diagnostiquer le problème avec les distributeurs et de trouver des solutions».
De son côté, le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Benbahmed, avait affirmé que «c’est un problème de régulation», soulignant que «les premiers constats, établis auprès des officines, des hôpitaux et des distributeurs, indiquent que la rupture concerne toujours les mêmes produits, qui ne sont souvent pas des produits chers». Il avait ainsi affirmé qu’«il n’y a pas de bonnes raisons pour qu’il y ait des ruptures de médicaments qui sont vitaux pour certaines personnes, que ce soit des médicaments du cancer ou d’autres pathologies. Donc, nous attirons l’attention de l’ensemble des opérateurs. Il y a des obligations de déclaration, lorsque vous n’êtes pas à même d’assurer la disponibilité d’un produit, vous devez absolument le déclarer.»
Pour rappel, ces derniers mois, ont été marqués par plusieurs alertes, lancés par le Snapo sur la pénurie de médicaments dont certains sont «vitaux et essentiels» tels que les anticoagulants et les traitements des cancéreux. Cette situation, la plus grave qu’a connu l’Algérie depuis 30 ans, a poussé plusieurs médecins spécialistes et pharmaciens à lancer de véritables appels de détresse face à la situation dramatique que subissent les malades chroniques et les cancéreux.

Arguments et contre arguments
Suite à ces nombreux appels, le ministre de l’Industrie pharmaceutique est monté au créneau pour assurer que cette situation serait en amélioration dès le mois de janvier 2021.
Parmi les mesures misent récemment en action, l’installation d’un Observatoire et d’une plateforme numérique ayant pour objectif une meilleure visibilité du marché du médicament afin d’identifier les besoins. L’objectif étant d’arriver à plus de transparence et à une réelle régulation du marché qui permettrait ainsi l’amélioration de la disponibilité des médicaments.
Notons que récemment, le Syndicat national des pharmaciens algériens agréés (SNPAA) avait annoncé le lancement d’une application sur Smartphones permettant aux pharmacies d’officine de signaler, en temps réel, les médicaments sous tension ou en rupture, afin d’élaborer des rapports qui seront soumis périodiquement au ministère de l’Industrie pharmaceutique.
Baptisée «Med-rupture», cette application développée par le SNPAA s’inscrit dans le cadre d’un programme de lutte contre la pénurie en collaboration avec le ministère de l’Industrie pharmaceutique et «vise à établir des statistiques réelles, basées sur la réalité du terrain, loin de toute déclaration irréfléchie et mensongère», selon le SNPAA.
Au final, malgré les différentes initiatives et les promesses de la tutelle quant à l’amélioration de la situation, l’épineuse problématique de la disponibilité des médicaments est toujours d’actualité. Sur le terrain, la colère gronde dans les rangs des pharmaciens d’officine qui eux sont confrontés sur le terrain à la détresse et aux réclamations des malades.