Un mois après les dramatiques incendies qui ont ravagé nos forêts, c’est encore le temps d’honorer les victimes qu’on n’oubliera jamais, de reverdir, reconstruire et savoir pourquoi et comment des feux aussi sinistres ont ravagé le pays…

PAR NAZIM BRAHIMI
Si les populations touchées par les incendies, qui ont ébranlé, il y a juste un mois, plusieurs territoires du pays, notamment la Kabylie, tentent de surmonter la douleur et leurs effets, il ne fait point de doute que la vie peine à reprendre son rythme d’avant le sinistre.
Tout a commencé à partir de l’après-midi du lundi 9 août quand un total de 19 départs de feu importants a été enregistré à travers la wilaya de Tizi-Ouzou, avant que la situation ne se corse avec le déclenchement de nouveaux foyers. Aujourd’hui, un mois plus tard, c’est un décor et un paysage de désolation et de ruine qu’offrent plusieurs sites montagneux de Tizi Ouzou, Béjaïa et d’autres wilayas de l’Est, El Tarf, Jijel, Sétif, Annaba…
Pour se rendre compte du poids du sinistre, un regard sur les massifs montagneux dévastés suffit pour mesurer l’ampleur des incendies qui ont effacé un énorme patrimoine de végétation. Dans les méandres des villages de Tizi Ouzou – la wilaya la plus touchée -, le temps est encore au deuil en dépit des efforts individuels et collectifs que ne cessent de fournir les populations locales dans l’objectif de reprendre la vie d’avant les incendies. Pour y arriver, les villageois, notamment des villages les plus touchés, n’ont pas arrêté, depuis, d’initier des actions de nettoyage et de travaux d’intérêts communs afin d’effacer les conséquences du sinistre. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, les populations, après avoir porté secours aux plus sinistrés se sont attaquées ces deux dernières semaines à la réhabilitation des établissements scolaires touchés par les flammes pour les préparer en vue de la rentrée scolaire.

Solidarité exemplaire
Dans ces moments de douleur, les Algériens, de toutes les régions du pays, ont fait preuve d’une solidarité exemplaire en venant apporter diverses aides et assistance aux sinistrés.
Valeur ancrée dans la société en pareilles circonstances, la solidarité ne s’estompe pas un mois l’embrasement, puisque des convois d’aide en denrées alimentaires essentielles continuent d’affluer vers les villages de Tizi Ouzou et les villes de l’Est algérien Skikda, El Tarf, Jijel… touchées, elles aussi, par les incendies.
En direction de la Haute-Kabylie, ils étaient en effet des centaines de citoyens venus de l’Algérois, de l’Est et de l’Ouest du pays, apporter soutien et assistance à des villageois menacés par les flammes comme c’était le cas à Ath Yenni, Ath Ouacifs, Beni Douala… C’est ainsi que les citoyens auront fait preuve d’une solidarité agissante et sans faille en dépit du manque de moyens pour porter secours à des individus et des familles en situation de détresse devant l’avancée des flammes, qui ont atteint les habitations et fait malheureusement des victimes.

Economie localeà rétablir
En plus des dégâts humains et des conséquences écologiques, les feux ont eu un impact économique lourd à supporter dans des zones montagneuses où il n’a jamais été facile de garantir la pérennité d’une activité. Il s’agit ainsi, à l’heure actuelle, d’œuvrer pour le rétablissement des ressorts de l’économie locale.
«Seul un plan spécial pourrait remettre sur rail l’activité dans ces régions», a indiqué à Reporters l’économiste Brahim Guendouzi, lequel considère que «le retour à l’activité ne nécessite pas seulement de l’argent, mais aussi du temps». Ce sont surtout des familles dont «le seul revenu provient de leurs champs d’oliviers, qui sont les plus impactées, car les oliviers affectés par les flammes ne sont pas près de donner leurs fruits de sitôt. Il faudra au minimum deux ou trois ans pour que leur cycle végétatif redémarre», a relevé l’économiste.
Pour sa part, le président de l’APW de Tizi Ouzou, Youcef Aouchiche, a plaidé pour que les autorités du pays déclarent la wilaya «zone sinistrée». «Les pertes sont immenses et elles vont avoir un impact direct sur le vécu quotidien de nos concitoyens, à court et même à long terme. Nous craignons des retombées dévastatrices sur le revenu de toutes ces familles qui vivent de l’agriculture de montagne et qui vont créer une crise sociale sans précédent dans notre wilaya», a-t-il déclaré. «C’est pour cela que nous avons demandé de déclarer la wilaya zone sinistrée, d’allouer les recettes budgétaires et d’accélérer les modalités d’indemnisation de ces familles, a expliqué M. Aouchiche.

Le nécessaire inventaire
Par ailleurs, si les populations s’efforcent à reprendre vie au moment où les pouvoirs publics procèdent à l’opération d’indemnisation des familles touchées, à l’image de celle enregistrée hier par la Caisse nationale de logement (CNL) au profit de 1 983 familles à Tizi Ouzou, dont les habitations ont été touchées par les flammes, force est de constater que le bilan final et définitif du drame n’est pas encore établi. Notamment en ce qui concerne les pertes humaines.
Nous pouvons relever en termes de bilan que si le département de l’Agriculture n’a pas été avare en matière de communication, ce n’est pas le cas de l’Intérieur et des Collectivités locales. Le ministre de l’Agriculture, Abdelhamid Hemdeni, a fait savoir, le 1er septembre, que le recensement des dégâts matériels a été réalisé à plus de 95%. L’opinion nationale méconnaît cependant le nombre de décès et de blessés suite à ces incendies qui resteront gravés dans la mémoire collective. Par ailleurs, la question des anticipations contre ce genre de drame ne semble curieusement pas intéresser les autorités publiques, alors que ce sont les enseignements à tirer de l’ampleur des feux.
La gestion des forêts est une problématique sur laquelle devrait également se pencher le gouvernement tout comme le nécessaire renforcement de la lutte contre ce genre de catastrophes. Le temps de compter sur une unité de la Protection civile dans une région montagneuse semble révolu.