Sorti de prison en juillet dernier, Karim Tabbou a été auditionné hier par le Tribunal de Koléa (Tipasa) dans la première affaire dans laquelle il avait été arrêté le 11 septembre 2019, avant sa remise en liberté le 25 du même mois pour un chef d’inculpation d’«atteinte au moral de l’armée».
A l’étonnement général, notamment du collectif d’avocats, le Procureur de la République a requis 3 ans de prison à l’encontre du militant politique qui s’est montré, avant le début du procès, confiant comme le laisse comprendre sa déclaration devant la juridiction de Koléa. Le représentant du Parquet a, également, requis une amende de 100 000 DA, considérant que «les déclarations de l’accusé, en mai 2019, étaient dangereuses et destinées à l’opinion publique nationale avec toutes ses composantes dans un contexte politique sensible traversé par l’Algérie». Il a, aussi, annoncé que «le procès et le réquisitoire sont fondés sur des faits dangereux, loin de toute surenchère et que l’accusé sera jugé sur ces faits».
S’appuyant sur la dynamique du mouvement populaire, Tabbou reprochait aux autorités une «lecture policière» des manifestations pour le changement, soulignant le caractère «infondé» des poursuites contre les militants. Dans ses réponses à la juge du Tribunal, l’ancien cadre du FFS a plaidé l’innocence mettant en avant son statut de «militant politique». Ajoutant que «accuser un militant politique d’atteinte à l’unité nationale est éthiquement inacceptable». Tabbou a répondu qu’il «accepte toutes les accusations à l’exception de l’atteinte à la défense nationale, menace de l’unité nationale et atteinte au moral de l’armée», soulignant qu’«en militant politique, je me fixe des limites morales, dont notamment le principe de ne pas toucher à l’Institution militaire qui est comme une couronne sur nos têtes».

La défense demande «la nullité des procédures»
Le procès a été, au-delà de ce que peut être sa face politique, une vraie bataille menée par le collectif de défense de Tabbou, qui a demandé, dans la forme, la nullité des procédures de poursuite judiciaire et du procès lui-même, estimant que le prévenu «a été déjà jugé dans cette affaire», outre une requête pour la nullité de la mesure de mise sous contrôle judiciaire. Ce à quoi la présidente de la chambre correctionnelle du Tribunal de Koléa a déclaré : «Le procès d’aujourd’hui fait office de dernière instruction judiciaire avant la prononciation du verdict», déclarant «rejeter» la requête de la défense relative à la nullité des mesures. Elle a annoncé, en revanche, avoir accepté la requête relative à la non-constitutionnalité des articles 74 et 79 du code de procédures pénales sur lesquels s’est appuyé le Parquet pour poursuivre Karim Tabou, avant son interrogatoire et la vérification de ses déclarations consignées dans l’acte de renvoi émis par la chambre d’accusation. Elle a informé, à ce propos, qu’une requête «sera introduite par le Tribunal de Koléa pour présenter cette question juridique (article 74 et 79 du code de procédures pénales) à la Cour suprême, afin d’être exposée devant le Conseil constitutionnel, pour examiner la conformité des deux articles à la Constitution».
Le procès se poursuivait hier en fin de journée avec les plaidoiries des avocats qui mettaient en avant l’innocence de leur client tentant de déconstruire l’accusation jugée «infondée» et selon laquelle Tabbou a porté atteinte au moral de l’Armée. n