Le Tribunal de Sidi M’hamed a prononcé, hier, son verdict dans le procès du journaliste Khaled Drareni et des deux activistes, Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le Parquet a eu la main lourde contre les trois accusés au vu des peines retenues.

Le journaliste Khaled Drareni a été condamné à 3 ans de prison ferme, tandis que les activistes Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche ont écopé de 2 ans d’emprisonnement, dont 4 mois fermes pour «atteinte à l’unité nationale» et «incitation à un rassemblement non armé». Le journaliste Drareni a été également condamné à une amende de 50 000 DA.
L’annonce du verdict par la juge Wassila Ziouche, hier, au niveau du Parquet de Sidi M’hamed, a suscité une vague d’indignation et de colère chez les journalistes et autres militants politiques et associatifs venus exprimer leur solidarité au journaliste, alors que sur la toile, c’est un véritable tollé qui a suivi le verdict.
Ce dernier a été prononcé, une semaine après le réquisitoire du Procureur de la République près le Tribunal de Sidi M’hamed, qui avait requis une peine de 4 années de prison ferme à l’encontre des trois accusés. Il avait également requis une amende de 100 000 DA à l’encontre de chacun des trois accusés avec une déchéance des droits civiques pour une durée de 4 ans. Les avocats de la défense, choqués eux aussi par le verdict, ont annoncé qu’ils vont faire appel, ce qui ouvre la possibilité d’une révision de la sentence.
Nourreddine Benissad, membre du collectif de défense et président de la Ligue algérienne de la défense des droits de l’Homme (LADDH), qui souligne des «poursuites infondées», fait part d’un appel à introduire de la part des avocats. «Nous allons évidement faire appel de ce jugement très sévère. Les poursuites étaient infondées aussi bien pour Hamitouche, Benlarbi que pour Drareni. Pour les deux premiers, leur seul tort est d’avoir été présents à une manifestation parmi des milliers de personnes. Drareni n’a fait que couvrir la manifestation en tant que journaliste», a soutenu M. Benissad. «Le concept d’attroupement est mis en avant pour ne pas leur reprocher le droit de manifester et l’atteinte à l’intégrité du territoire national est une infraction politique, d’ailleurs contraire au principe constitutionnel de légalité qui consiste à définir une infraction d’une manière précise pour éviter toute interprétation élastique et abusive», a expliqué l’avocat.
«Dans le cas de Drareni, on ne lui a pas appliqué la loi organique sur l’information, car tous les faits qu’on lui reproche sont régis par cette dernière qui, au demeurant, le protège et ne prévoit aucune sanction pénale. On a contourné la loi sur l’information pour lui appliquer le code pénal. Nous continuerons nos plaidoyers jusqu’à sa libération», a fait remarquer M. Benissad.
Pour sa part, Zoubida Assoul, membre du collectif de défense, dénonce ce qu’elle qualifie d’«acharnement» contre le journaliste Drareni. «On est sous le choc. Dans le pire des cas, on s’attendait à une requalification, parce que la loi interdit de donner plusieurs qualificatifs à un seul fait. Ensuite, étant journaliste, Khaled Drareni n’a commis aucune infraction. Il n’a fait que son métier de journaliste en couvrant les manifestations pacifiques. Il l’a dit pendant l’audience, il couvrait même les manifestations qui appelaient aux élections. C’est un acharnement particulièrement contre Khaled Drareni», a réagi l’avocate. Relevant que c’est la première fois depuis le début du Hirak qu’une peine aussi lourde est prononcée, Assoul a estimé que «la justice est aujourd’hui mise à mal parce qu’elle fait tout sauf dire le droit».
Pour Maître Assoul, «il n’y a rien qui fait que le journaliste Khaled Drareni mériterait d’être en détention depuis plus de quatre mois et encore moins de le condamner à trois ans fermes».
Du côté de l’autre aile de la LADDH, son vice-président, Saïd Salhi, pointe des «condamnations choquantes et disproportionnées» pour des poursuites «infondées et un dossier vide». La LADDH a tenu à réitérer sa «demande urgente» de libération du journaliste Khaled Drareni et de l’ensemble des détenus d’opinion du Hirak et le respect des droits humains et «des engagements de l’Algérie auprès des mécanismes internationaux et régionaux de protection des droits humains et des défenseurs des droits humains».
Au sein des partis politiques, le président du RCD Mohcine Belabbas a indiqué que «l’instrumentalisation de la justice et des magistrats a atteint le summum de l’intolérable et de l’entendement avec la condamnation du journaliste Khaled Drareni à trois années de prison ferme pour des accusations farfelues».