Tout a commencé le 3 mai au soir. Des heurts sont enregistrés dans le quartier de Cheikh Jarrah, proche de la Vieille ville à Jérusalem-Est, en marge d’une manifestation de soutien à des familles palestiniennes menacées d’éviction au profit de colons juifs, après que le tribunal de district de Jérusalem ait rendu en début d’année une décision favorable aux familles juives qui briguent des droits de propriété dans ce quartier. Un autre «fait divers» dans Jérusalem occupé. Dix personnes sont blessées. Depuis, c’est l’escalade.

Par Hamid Bellagha
Des manifestations, d’abord dans la vieille ville, entraînant des affrontements avec les forces de l’ordre, puis des agressions de colons et des forces d’occupation sur l’esplanade des mosquées. Et de l’escalade, à l’embrasement.
Le mouvement islamiste Hamas, depuis Ghaza, et Israël poursuivaient hier mardi leur échange de tirs depuis et vers la bande, où plus de 20 personnes ont été tuées dans des frappes israéliennes, -25 selon un autre bilan- dans la pire escalade depuis des années, en plus de centaines de blessés, toujours à Gaza, et près d’un millier sur l’esplanade des mosquées, après des tirs de grenades assourdissants, de lacrymogènes et de balles en caoutchouc. «Nous sommes dans la phase initiale de notre riposte contre des cibles militaires à Ghaza», a prévenu hier matin le porte-parole de l’armée Jonathan Conricus, rapportant la mort de 15 membres du Hamas et du Jihad islamique, après que l’armée israélienne ait frappé «130 cibles militaires,» en attendant de mobiliser 5 000 réservistes. Comme bruit de bottes, on ne fait pas mieux.
Pour sa part, la branche armée du Hamas a promis de faire d’Ashkelon un «enfer» si les frappes israéliennes faisaient des victimes civiles à Gaza. «Les Palestiniens finiront par gagner», a certifié le chef du mouvement islamiste, Ismaïl Haniyeh, bien que les frappes israéliennes sur Gaza sont les plus importantes depuis novembre 2019. Toutefois, mardi matin, un calme précaire semblait être revenu dans la Vieille ville de Jérusalem et ses abords.
Et comme toujours, la situation a provoqué de nombreuses réactions à l’étranger, comme celle du chef de la Ligue arabe, Ahmed Abul Gheit, qui dénonce une «démonstration de force au prix du sang d’enfants».
Washington, dont on attendait la réaction de la nouvelle administration de l’après-Trump, a appelé à la «désescalade» et à un arrêt de la violence. «Réduire les tensions, prendre des mesures concrètes pour calmer le jeu», a proposé le secrétaire d’Etat américain Anthony Blinken.

Timide réaction de la communauté internationale
Même son de cloche à Londres, où le ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab, a déclaré : «Nous avons besoin d’une désescalade immédiate de tous les côtés et d’arrêter de cibler les populations civiles.»
Même chose aussi du côté de l’Elysée, qui met en garde contre une «escalade de grande ampleur».
Pour le porte-parole du chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, «la flambée de violence significative en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est, ainsi qu’à Gaza et ses environs, doit cesser immédiatement».
Berlin, qui ne doit pas regarder par le bon bout de la lorgnette, par la voix de son chef de la diplomatie, a appelé «toutes les parties» à «éviter de nouvelles victimes civiles», et «rien ne justifie le tir de roquettes sur la population civile israélienne».
Le président turc Recep Tayyip Erdogan pense autrement et a condamné ce qu’il a qualifié de «terrorisme» israélien à Jérusalem, en promettant qu’il ferait «tout ce qu’il peut pour mobiliser le monde, notamment musulman, pour mettre fin au terrorisme et à l’occupation israéliens», suivi par l’Iran qui affirme qu’«il n’a pas suffi au régime israélien de voler les terres et les maison des gens, de créer un régime d’apartheid et de refuser de vacciner les civils sous occupation illégale. Il a dû tirer sur des fidèles innocents à l’intérieur de la troisième mosquée la plus sacrée de l’Islam», tandis que le ministère égyptien des Affaires étrangères a condamné «fermement la nouvelle incursion des forces israéliennes dans la mosquée El-Aqsa».
D’autres pays arabes, à leur tête l’Algérie, qui a déjà condamné les «attaques racistes et extrémistes enregistrées dans la ville occupée d’El-Qods», et même plusieurs ayant récemment normalisé leurs relations avec Israël, comme le Soudan, le Maroc, les Emirats arabes unis et Bahreïn, ont réitéré leur appui inconditionnel de la cause palestinienne, tout en dénonçant les agissements de l’Etat hébreu.
Enfin, le pape François a déclaré que «la violence engendre seulement la violence. Arrêtons ces heurts», dans un message dominical après la prière, tout en demandant que «l’identité multi religieuse et multiculturelle de la ville sainte puisse être respectée et que la fraternité puisse prévaloir».